Littérature

Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes : résumé, personnages et analyse

Ecrit par lesresumes
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Résumé de Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley

Résumé chapitre par chapitre de l’oeuvre

Chapitre 1

Le meilleur des mondes débute par une visite guidée d’étudiants au Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. Le directeur de l’Incubation parcourt les longs couloirs suivis par des jeunes studieux qui interrompent ses explications, de temps à autre, par des questions. Le directeur fournit des détails très techniques sur les modes de fécondation ainsi que sur l’objectif poursuivi par le Centre. Cinq catégories d’êtres sont produites dans les tubes à essai : Alfas, Bêtas, Gammas, Deltas, Epsilons. Le but est de fabriquer des créatures utiles à la société qui aiment ce qu’elles sont obligées de faire.

Chapitre 2

Le DIC (directeur de l’incubation et du conditionnement) invite les étudiants à monter d’un étage. Là, ils visitent les pouponnières. Il poursuit ses explications savantes en montrant comment on inculque aux bébés, dès leur plus jeune âge, la haine des livres et des fleurs, grâce à un système de décharges électriques intégré sur le sol. L’objectif est annoncé. Il s’agit que les enfants de caste inférieure ne perdent aucun temps avec la lecture et n’éprouvent jamais l’amour de la nature qui est contre-productif. Ce procédé d’hydnopédie consiste à émettre des suggestions permanentes aux enfants afin de les conditionner durablement.

Chapitre 3

Le groupe rencontre l’Administrateur, Mustafa Meunier qui fait une description ironique du monde d’avant où les enfants étaient élevés dans leur famille et éprouvaient toutes sortes d’émotions qui nuisaient à la stabilité sociale. Pendant que des enfants s’ébattent nus dans le jardin se livrant à des jeux érotiques, Lenina Crowne, employée par le Centre, discute avec une amie Fanny sur sa relation avec un homme, Henry Foster. Fanny tance vertement Lenina car les relations exclusives sont vues d’un mauvais œil. Cette dernière avoue être aussi attirée par un autre homme : Bernard Marx.

Chapitre 4

Lenina entre dans l’ascenseur devant les regards des hommes, qui ont presque tous eu une aventure avec elle. Appréciée pour ses formes « pneumatiques », elle rappelle à Bernard Marx un voyage leur projet de visiter le Nouveau-Mexique. Sans attendre sa réponse, il part aussitôt avec Henri Foster en hélicoptère au-dessus de Londres. Bernard, complexé, rejoint un ami, Helmholtz Watson et lui fait part de son projet de voyage. Helmholtz, surdoué de caste supérieure, sent de la gêne vis-à-vis des préoccupations de Bernard.

Chapitre 5

Henry et Lenina devisent sur les différentes classes sociales tout en survolant Londres. Ils passent la nuit dans un cabaret à danser jusqu’à ce que le haut-parleur invite tous les fêtards à regagner leur domicile sans oublier euphorisants et précautions anticonceptionnelles. De son côté Bernard laisse son ami Helmholtz pour se rendre à la Chanterie en commun de Fordson à une cérémonie appelée « Office de solidarité ». Les participants, réunis autour d’une table, chantent en prenant des comprimés de « soma » mélangés à de la glace à la fraise. La drogue a peu d’effet sur Bernard qui se sent toujours différent des autres et terriblement isolé.

Chapitre 6

Trouvant son ami de plus en plus étrange, Lenina remet en cause le projet de voyage au Nouveau-Mexique. Bernard lui demande si elle n’éprouve pas le besoin de se sentir libre. Elle répond que « tout le monde est heureux à présent ». Troublée par les insinuations de son compagnon, elle lui demande de rentrer. Elle s’inquiète qu’il soit réfractaire au soma, qui, selon elle, chasserait ses idées noires. Bernard rencontre le D.I.C pour qu’il signe sa demande de voyage au Nouveau-Mexique. Ce dernier s’exécute tout en menaçant son collaborateur de mutation dans un sous centre en Islande s’il persiste dans ses comportements déviants. Lenina et Bernard partent pour la vallée de Malpais.

Chapitre 7

Lenina et Bernard parcourent la réserve. À l’inverse de son ami, Lenina est horrifiée à la vue (indécente) d’une mère qui allaite un bébé. Elle supporte très difficilement le spectacle des habitants de la réserve. Elle a une conversation avec l’un deux, John, qui est arrivé enfant dans la réserve avec Linda, sa mère qui travaillait dans la salle de Fécondation. Linda lui raconte qu’elle est tombée enceinte d’un « civilisé » et qu’elle a dû rejoindre, à son grand désespoir, les indigènes de la Réserve.

Chapitre 8

Tandis que Linda exprime sa nostalgie du monde civilisé, John raconte son enfance à Bernard. Il lui parle à la fois de son initiation aux rites indiens et de sa découverte de Shakespeare. Il lui avoue avoir poignardé l’amant de sa mère, Popé. Bernard demande au jeune homme s’il serait heureux d’aller à Londres avec lui et Lenina. Ce dernier s’empresse d’accepter tout en s’inquiétant du sort de sa mère. Enfin, il demande à Bernard la nature de ses liens avec Lenina.

Chapitre 9

De retour à l’hôtellerie, Lenina prend du soma et sombre dans un sommeil profond. Bernard en profite pour aller en hélicoptère à Santa Fe et obtient toutes les autorisations nécessaires pour emmener John et Linda à Londres. Resté seul, John ouvre la valise de Lenina, caresse sa lingerie et s’imprègne du parfum de la jeune femme. Puis, il entre dans la chambre où elle dort, hésite à la toucher pendant qu’elle dort, puis récite des vers de Shakespeare. Il est interrompu par le vrombissement d’un hélicoptère qui ramène Bernard.

Chapitre 10

À peine rentré à Londres, Bernard se présente devant le directeur du Centre. Ce dernier annonce à tout le personnel qu’il est transféré dans un sous centre en Islande en raison de sa conduite exécrable. Il lui reproche sa défiance vis-à-vis du soma (la drogue), sa conduite sexuelle trop irrégulière et son refus d’obéir. Pour toute défense, Bernard fait entrer John et Linda dans la pièce. John s’agenouille devant le directeur en disant : « Mon père ». Un rire inextinguible retentit dans tout le Centre. Humilié, le directeur s’enfuit.

Chapitre 11

Pendant que Linda se bourre de soma, son fils est devenu l’attraction de Londres. Sa célébrité rejaillit sur son gardien, Bernard qui devient un personnage de première importance. Les deux hommes visitent un collège à Eton réservé aux enfants de la classe supérieure : les Alfas Plus Plus. Bernard prend des notes sur le comportement de son ami. De retour à Londres, il lui permet d’aller au cinéma avec Lenina. En revenant de la séance de « cinéma sentant »en taxicoptère, elle espère l’entraîner chez elle. Il décline son invitation. Elle reste seule, triste et se bourre de soma.

Chapitre 12

Alors qu’il devait être présenté à l’archi-Chantre, une personne importante du régime, John refuse d’aller à la soirée, ce qui met Bernard dans l’embarras. Lenina pense qu’il refuse de la voir et en est attristée. Bernard est humilié publiquement et s’écroule en sanglots. Il cherche de la consolation avec son ancien ami Helmholtz. Resté seul dans sa chambre, John relit Roméo et Juliette. Helmholtz et John se lient d’amitié devant un Bernard, très jaloux.

Chapitre 13

Alors qu’il attend Helmholtz avec impatience, c’est Lenina qui se présente chez lui. John est troublé et finit par lui avouer son amour pour elle tout en se remémorant des vers de Shakespeare. Elle se donne à lui brutalement. Cette violence le perturbe et il la traite de catin en la giflant. Un appel téléphonique surprend John qui part précipitamment.

Chapitre 14

Il retrouve Linda, sa mère, à l’hôpital pour mourants. Elle lui prend la main pendant que des infirmières dégoûtées par l’aspect de la femme moribonde papotent entre elles. Allongée, Linda ne reconnaît plus son fils et le prend d’abord pour son ancien amant, Popé. Linda meurt. Une bande d’enfants danse dans les couloirs. John ne peut articuler qu’un mot : « Dieu ».

Chapitre 15

À sa sortie de l’hôpital, John tombe sur un attroupement de personnes qui attendent leur dose de soma. Il les conjure de ne pas prendre ce poison et annonce qu’il est venu apporter la liberté. Alertés par téléphone, Bernard et Helmholtz retrouvent John. Celui-ci est en train de jeter les comprimés de soma en criant : « la liberté ! ». Privés de leur drogue, les Deltas, furieux chargent. Des policiers font irruption, calment la foule avec des vaporisateurs de soma, puis emmènent les trois hommes.

Chapitre 16

Ils sont conduits devant l’Administrateur, Mustafa Menier, qui procède à leur interrogatoire. John reconnaît son aversion pour le monde civilisé pendant que l’administrateur lui fait l’apologie de la stabilité du corps social et vante les mérites du soma en cas de dérèglement. Helmholtz prend parti pour John tandis que Bernard tente de se dissocier de ses amis. Mustafa Menier décide d’envoyer Bernard et Helmholtz aux îles Falkland.

Chapitre 17

L’Administrateur reste avec John et dénigre la littérature ancienne. L’entretien devient philosophique. Il ajoute que dans le monde civilisé Dieu n’a plus sa place. L’entretien s’achève sur la revendication de John concernant le droit d’être malheureux, de vieillir, d’être laid . Mustafa Menier conclut en lui accordant de grand cœur tous ces droits.

Chapitre 18

John, Helmholtz et Bernard se retrouvent une dernière fois. John leur explique que l’Administrateur a refusé qu’il accompagne ses amis. Il a donc décidé de vivre seul dans un phare pour échapper à la vie civilisée. Il prétend survivre en se fabriquant un arc et des flèches pour chasser le lapin. Un journaliste vient le voir et lui demande ce qu’il fait içi. Pour toute réponse, John le renvoie d’une taloche. Un réalisateur s’intéresse à la vie étrange de John et fait un film sur lui : le sauvage de Surrey. Le succès du long métrage fait de John une attraction touristique. Désespéré, John se pend.

Les principaux personnages

Bernard Marx

Dans un monde civilisé qui recherche la stabilité, Bernard Marx est atypique. D’un physique ingrat, il a le sentiment d’être différent des autres. Gauche avec la femme qu’il aime, critique envers son milieu, il prend de l’assurance avec un voyage au cours duquel il rencontre un sauvage, John. L’exhibition de ce dernier dans la société londonienne vaut à Bernard un regain de popularité momentané. Il retombe rapidement dans la disgrâce et renoue avec ses anciens amis. Incapable de choisir entre le confort et la liberté, il trahit John et se trahit lui-même.

Lénina Crowne

Femme à la « pneumatique » admirée, elle est parfaitement intégrée à la civilisation moderne et s’offusque facilement devant chaque comportement qui rappelle l’humanité ancienne. Pourtant, elle cherche le contact d’hommes en rupture avec la modernité, qui présentent des failles comme Bernard, ou, plus tard dans le roman, John. Cette obsession pour la différence de l’autre est la marque de sa propre faiblesse. Alors que la promiscuité sexuelle indifférenciée est promue, elle recherche une exclusivité, mue en cela, par un instinct que l’on croyait définitivement éteint : l’amour.

John

C’est le sauvage. Dernier représentant du monde ancien, John est le seul personnage né d’un père (l’Administrateur du Centre de Fécondation) et d’une mère, Linda. Ramené à la civilisation par Bernard, il n’a de cesse de la critiquer. Devant le conditionnement des autres, il révèle la nature de son humanité, de ses affects. Dans une société qui cherche la stabilité, il réclame la liberté. Cohérent, il jette la drogue (le soma) qui étouffe les pulsions en revendiquant le droit au malheur, signe ultime de l’humanité réelle. Malgré son attirance pour Lenina, il refuse ses avances la trouvant trop brutale. Il se console en récitant des vers de Shakespeare. John est le dernier des humains. Sa lutte constante pour inviter les autres à se libérer du conditionnement échoue. Il s’isole puis se pend.

Helmholtz Watson

Ami de Bernard puis de John, Helmholtz a, lui aussi, un léger défaut de conditionnement. Il est trop intelligent par rapport à sa caste d’origine. C’est cette intelligence qui lui permet d’épouser la cause de John le sauvage. En négatif, l’intelligence, l’esprit de questionnement apparaît comme une lucarne dans la morosité d’un monde établi. La conscience qu’il a de lui-même le rend inadaptable au Nouveau Monde.

Le DIC (directeur de l’incubation et du conditionnement)

Premier personnage à entrer en scène, il est le parangon du régime vantant ses exploits techniques et légitimant l’ordre social. Il tente de corriger chaque déviance. Le DIC est l’homme positif convaincu de la justesse du progrès et des avancées techniques. Le lecteur apprend qu’il est lui-même père d’un enfant (John). La mise au jour de cette paternité l’oblige à s’exclure lui-même de la société. Son histoire, dans le roman, montre que derrière la façade de l’homme aux explications théoriques scientifiques séduisantes se dissimule celui qui a fauté. Cet écart est la marque de son humanité.

Linda

La mère de John a goûté des deux mondes : celui de la réserve et celui de la civilisation. Dans le premier, elle éprouve de la nostalgie pour le second. À Londres, elle n’arrive pas à survivre. Fière de son conditionnement, elle se comporte pourtant de manière maternelle avec son fils, lui apprenant à lire, et faisant preuve d’une grande tendresse à son égard.

Mustapha Menier

Hiérarque important du régime, il apparaît au début et à la fin du roman. Il maîtrise le système à tel point qu’il ne s’interdit pas à lui-même de découvrir, par le biais de la littérature, les auteurs anciens. Il symbolise le pragmatisme du dirigeant. Son souci de l’ordre prend le pas sur sa curiosité intellectuelle. Il se plaît à deviser sur Dieu et la spiritualité -bannis du régime- mais écarte lui-même les partisans de l’ancien système.

Ford

Ford est un clin d’œil de l’auteur. Ford est Dieu. Trait d’humour dans le roman, lorsqu’on lit une expression telle que « Ô mon Ford ». Toutes les castes invoquent « Sa Forderie » qui marque également le calendrier. Cette référence permanente est le socle du Nouveau Monde qui repose sur la production de l’humain en série.

Analyse de l’oeuvre

Une œuvre datée qui critique le productivisme

Classique de la science-fiction, le meilleur des Mondes paraît en 1932. En 1936, sort sur les écrans le film de Charlie Chaplin, les temps modernes. Les deux œuvres sont datées : sous des formes différentes, elles critiquent le fordisme, méthode d’organisation d’une entreprise fondée sur la production en série. L’originalité du romancier britannique Aldous Huxley est d’imaginer une production en série d’êtres, que l’on n’ose qualifier d’humains, dont l’objectif est de garantir une stabilité à la société. Celle-ci est pyramidale. Chaque catégorie est conditionnée pour accomplir sa tâche, de l’ouvrier à l’administrateur. Dans ce monde particulièrement bien huilé, décrit dès les premières pages du roman, chaque personnage à sa manière en montre les limites. Devant l’aliénation raisonnée du système, Huxley en montre les défaillances à travers ses personnages. Si le roman s’achève par le suicide du seul véritable opposant, les pensées et actions des personnages montrent que l’humanité subsiste toujours malgré un environnement hostile.

Une œuvre qui retrouve une actualité

Les avancées de la biologie et des manipulations génétiques ont redonné vie au roman d’Huxley. La fabrication en série d’embryons du premier chapitre trouve son pendant actuel dans les clonages et autres trouvailles de la génétique moderne. D’une manière plus large, le romancier dénonce, et en cela son œuvre a une portée prophétique, la société du tout technologique. Plus exactement, il annonce la primauté du biologique. Comme dans la plupart des sociétés totalitaires -Hitler était aux portes du pouvoir en Allemagne- la famille est gommée, ainsi que Dieu, qui a perdu toute son utilité. En définitive, le récit dystopique d’Huxley dénonce le danger d’une humanité limitée à sa seule fonction économique.

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A propos de l'auteur

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