Littérature

Anton Tchekhov, La Cerisaie : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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La Cerisaie est une pièce de théâtre écrite par Anton Tchekhov en 1904. Elle a été commencée en 1901 et achevée en septembre 1903. La première a eu lieu au Théâtre d’art de Moscou en janvier 1904, et a été jouée à nouveau à Saint-Pétersbourg en avril de la même année, où elle a rencontré un grand succès. Tchekhov a écrit une partie de la pièce pendant l’été 1902 à la Datcha Blanche et dans le domaine de Constantin Stanislavski à Lioubimovka, qui a également servi d’inspiration pour la pièce. Explorons ensemble cette pièce de théâtre à mi-chemin entre le comique et le tragique.

Résumé détaillé acte par acte de La Cerisaie d’Anton Tchekhov

ACTE 1

Décor : La chambre, également connue sous le nom de chambre des enfants, est éclairée par les premières lueurs de l’aube. Le soleil se lève bientôt. Nous sommes au début du mois de mai et les cerisiers sont déjà en fleurs, mais il fait encore froid et il y a une légère gelée blanche sur le sol. Les fenêtres de la chambre sont fermées. Une des portes de cette chambre donne sur la chambre d’Ania.

Scène 1

Lopakhine, le marchand, discute avec la femme de chambre, Douniacha. Il était venu chez Madame Ranievskaïa Lioubov Andréïevna afin d’aller la chercher elle et sa fille à la gare. Cette dernière vient de passer cinq ans à l’étranger avec sa fille. Toutefois, Lopakhine s’est endormi et n’a pas pu aller les chercher.

Scène 2

L’ATTENTE

Epikhodov, le comptable de la famille, arrive dans la chambre. Lopakhine demande du kvas à Douniacha. Epikhodov ennuie Lopakhine en racontant un de ces malheurs et finit par sortir. Douniacha apprend qu’Epikhodov l’a demandé en mariage. Elle le trouve bien et elle pense l’aimer, mais elle sait que c’est un homme à qui il arrive de nombreux malheurs.

L’ARRIVÉE DE LIOUBOV ET DE SA FILLE

Deux voitures arrivent et Lopakhine et Douniacha sortent précipitamment. Firs, qui porte une livrée ancienne et un chapeau haut de forme, traverse la scène en appuyant sur un bâton. On entend du bruit dans les pièces voisines. Mme Ranievskaïa, Ania et Charlotta Ivanovna, accompagnée de son petit chien, arrivent vêtues de costumes de voyage, suivies de Varia avec un manteau sur la tête et un mouchoir en marmotte. Gaïev, Simeonov-Pichtchik, Lopakhine, Douniacha, portant un gros paquet enveloppé dans du linge et un parapluie, traversent la scène, accompagnés de domestiques portant les bagages.

LA PROPOSITION DE LOPAKHINE

Lioubov retrouve Douniacha, sa nourrice, ainsi que Varia, sa fille adoptive. Elle retrouve également Firs, le vieux laquais, et Trofimov, l’ancien précepteur de son fils. Ce dernier s’appelait Gricha et il est mort il y a six ans, soit un mois après la mort du mari de Lioubov. Celle-ci n’a pas su supporter tous ces malheurs et a décidé de s’en aller à l’étranger. Lioubov est heureuse de retrouver sa chambre d’enfant et de se rappeler les souvenirs attachés à chaque objet. Sa mère lui apparaît comme si elle était dans un rêve. Lopakhine, fils d’un moujik* qui a réussi dans les affaires, informe Lioubov que le domaine doit être vendu aux enchères en août, car il n’y a plus d’argent pour payer les traites. Il suggère une alternative à la vente : raser La Cerisaie afin d’y bâtir des villas que Lioubov pourrait louer à des vacanciers. Cette affaire pourra leur apporter 25 000 roubles par an. Lioubov et Gaïev (son frère) jurent que le domaine ne sera pas vendu. Ils refusent donc la proposition de Lopakhine.

* Un Moujik est un paysan en Russie. Le terme peut être utilisé pour désigner les paysans en général, ou pour faire référence à un membre de la classe paysanne de manière spécifique. Les moujiks étaient généralement des propriétaires de petites exploitations agricoles ou des travailleurs agricoles salariés, et ils jouaient un rôle important dans la société russe traditionnelle. Le terme a été utilisé de manière péjorative à certaines époques pour désigner les paysans comme étant rustres et ignorants, mais il peut aussi être utilisé de manière respectueuse pour décrire leur dur labeur et leur attachement à la terre.

ACTE 2

Description de l’ouverture de la scène

Dans les champs, se trouve une vieille chapelle délabrée et abandonnée, avec un puits et un banc en pierre. On peut voir le chemin qui mène à la propriété de Gaïev. Il y a une rangée de peupliers sombres sur un côté, au-delà desquels commence une cerisaie. Plus loin, il y a une rangée de poteaux télégraphiques, et, à l’horizon, on peut apercevoir vaguement une grande ville. Le coucher de soleil se reflète sur ce paysage. Charlotta, Iacha et Douniacha sont assis sur le banc, tous plongés dans leurs pensées. Epikhodov, debout à côté d’eux, joue de la guitare. Charlotta porte une vieille casquette d’homme et tient un fusil qu’elle retire de son épaule, tout en arrangeant la boucle de la courroie.

Charlotta se pose des questions sur son existence dans ce monde. Epikhodov souhaite parler à Douniacha en tête-à-tête. Cette dernière est embarrassée et souhaite qu’il aille chercher sa pèlerine avant. Iacha et Douniacha s’embrassent et annoncent leur amour réciproque. Douniacha s’en va au moment où arrive Mme Ranievskaïa, Gaïev et Lopakhine. Iacha lui indique où partir, car il ne veut absolument pas que les gens puissent penser qu’ils étaient en tête-à-tête.

Lopakhine est de plus en plus insistant pour vendre La Cerisaie toutefois, Gaïev espère toujours recevoir l’aide financière de sa vieille tante, Iaroslavl. Lopakhine lui fait comprendre que cet argent ne leur suffira pas, mais il s’entête. Lopakhine s’indigne qu’ils comprennent aussi peu les affaires. Il tente de leur expliquer les grosses sommes d’argent qu’ils pourraient espérer avec ce qu’il leur propose, mais Lioubov trouve que construire des villas dans leur propriété est d’un vulgaire.

Lioubov parle de la vie agitée et pleine de regrets qu’elle a eu. Elle a gaspillé de l’argent et s’est mariée avec un homme qui faisait constamment des dettes. Elle a été infidèle et a perdu son fils dans une tragédie. Elle a quitté le pays pour échapper à ces souvenirs douloureux et a passé plusieurs années à soigner son amant malade dans une villa près de Menton. Quand ils ont dû vendre la villa pour payer leurs dettes, ils se sont séparés et il a trouvé une autre femme. Elle a essayé de se suicider, mais a reçu un télégramme de lui qui implore son pardon et la supplie de revenir. Un télégramme qu’elle a déchiré.

Dans cet acte, nous apprenons qu’Epikhomov est une personne étrange qui veut se suicider en se tirant une balle dans la tête. Trofimov est un étudiant qui parle de la fierté de l’homme. Lopakhine, qui n’a pas suivi d’études, se moque de Trofimov. Lioubov est connue pour être dépensière mais généreuse, elle donne souvent de l’argent de manière spontanée, même si elle est ruinée. Il est également mentionné que Lopakhine et Varia se marient. Cette dernière suppose qu’il pourrait y avoir une relation amoureuse entre Trofimov et Ania. Varia pense qu’Ania pourrait vouloir quitter La Cerisaie, à la différence de sa mère qui y est profondément attachée.

ACTE 3

Cet acte se déroule au salon et l’ambiance est festive. Les invités dansent au rythme de la musique jouée par un orchestre juif mentionné dans l’acte II. Lioubov est inquiète. Elle attend patiemment des nouvelles de son frère, Gaïev qui doit lui donner des nouvelles concernant son domaine. Lioubov est au bord de la dépression et souhaiterait être vendue avec le domaine de La Cerisaie s’il venait à être vendu. Pendant ce temps, elle reçoit un télégramme de son amant parisien lui demandant de rentrer. Lopakhine et Gaïev arrivent finalement au domaine. Lopakhine leur révèle que c’est lui qui a racheté La Cerisaie. Il a l’intention de mettre en place ses propres projets pour le domaine et parle de ses plans de défrichement avec enthousiasme.

ACTE 4

Lioubov s’apprête à partir pour Paris et les gens sont venus lui dire au revoir. Pour célébrer son départ, Lopakhine a acheté une bouteille de champagne. Seul Gaïev accepte de boire un verre avec Lopakhine. Ce dernier est heureux de pouvoir commencer à mettre en place son projet de construction. En regardant sa montre, Lopakhine presse Lioubov et les autres de partir pour ne pas rater le train. Lopakhine propose à Trofimov de lui prêter de l’argent, mais celui-ci refuse. Douniacha est triste d’apprendre que Iacha repart sur Paris. Néanmoins, Iacha est heureux. C’est exactement ce qu’il souhaitait. Il boit un verre de champagne pour fêter ça.
Lioubov fait ses adieux à la maison. Sa fille Ania lui dit que c’est la meilleure solution. Gaïev est d’accord, il trouve que tout le monde est plus apaisé à présent. Lioubov s’inquiète pour Varia. Cette dernière ne se marie plus avec Lopakhine. Toutefois, elle apprend à sa mère qu’elle a l’intention de partir chez les Ragouline afin de devenir Gouvernante. Lioubov et Gaïev s’embrassent et pleurent doucement, de peur que quelqu’un ne les entende.
Tout le monde part sauf Firs. Tout le monde pensait qu’il avait été amené à l’hospice. Firs reste seule dans la maison et il s’assit sur le canapé pour se reposer. Il se sent fatigué et pense que la vie est passée sans qu’il n’en profite vraiment. Il reste allongé sans bouger et on entend un bruit lointain de quelque chose qui tombe du ciel et qui se brise. Les arbres commencent à tomber.

Présentation des personnages

Lioubov Andréïevna Ranevskaïa est un personnage complexe et attachant dans cette pièce. Elle est généreuse et aimable, mais aussi impulsive et peu consciente des conséquences de ses actions. Elle aime dépenser de l’argent et a accumulé de nombreuses dettes, mais elle est incapable de vendre la Cerisaie, la propriété de son enfance, pour rembourser ses créanciers. Elle est également très émotive et parle souvent de ses souvenirs et de ses émotions avec des phrases courtes et introspectives. Malgré ses fautes, elle ne semble pas ressentir de culpabilité et blâme plutôt la fatalité pour ses malheurs. Quand sa propriété finit par être rachetée par Lopakhine, elle se sent plus apaisée bien qu’elle soit triste de devoir quitter la propriété familiale.

Ermolaï Alexéïevitch Lopakhine est un personnage important dans l’œuvre de Tchekhov. Il est dépeint comme un marchand ambitieux et avide, qui tente de convaincre les propriétaires de louer la cerisaie à tout prix. Cependant, Tchekhov prend soin de le présenter comme un membre de la nouvelle classe bourgeoise des hommes d’affaires. Lopakhine se présente comme le petit-fils d’un serf pour obtenir la cerisaie, mais son manque d’élégance dans ses manières et ses vêtements révèle ses véritables origines de moujik, c’est-à-dire un paysan russe. Il finit par trahir Lioubov et sa famille en rachetant La Cerisaie.

Léonid Andréïevitch Gaïev est un personnage comique et ridicule dans la pièce de cinquante-et-un ans. Il n’a pas beaucoup de qualités et se comporte de manière enfantine. Les domestiques se moquent de lui. Il est le frère de Lioubov, avec qui il partage une passion pour la Cerisaie en raison de leurs souvenirs d’enfance et de leur lien avec la noblesse.

Varia est une jeune femme de vingt-quatre ans qui a été adoptée par Lioubov. Varia est responsable de l’entretien du domaine et s’assure que tout soit en ordre. On ne connaît pas les raisons exactes pour lesquelles Lioubov l’a adoptée, mais on sait qu’elle vient probablement d’anciens serfs. Varia souhaite devenir religieuse, mais elle manque de moyens financiers. Elle est très proche de sa mère et de sa sœur et s’agace souvent lorsque l’argent est mentionné dans les conversations. Sa relation avec Lopakhine est ambiguë : toute la famille semble penser qu’ils vont se marier, mais aucun des deux personnages ne semble vouloir faire le premier pas. À la fin de la pièce, elle compte partir chez les Ragouline afin de devenir Gouvernante.

Piotr Serguéïevitch Trofimov est un professeur révolutionnaire d’une trentaine d’années qui est amoureux d’Ania. Il soutient la vente de la Cerisaie. Il a été le précepteur du fils de Lioubov, Gricha, qui est mort noyé.

Ania est la fille de Lioubov. Cette jeune fille de dix-sept ans est amoureuse de l’idéaliste Trofimov et se caractérise par sa personnalité romantique et mature. Malgré son jeune âge, elle fait preuve de maturité. C’est elle qui organise un voyage à Paris pour retrouver sa mère.

Iacha est un jeune domestique qui ne rêve que de retourner à Paris. Il travaille comme valet pour Lioubov. Il a une aventure avec Douniacha mais profite simplement d’elle.

Epikhodov est le comptable du domaine, connu sous le surnom de “vingt-deux malheurs” ou “mille malheurs” selon les traductions. Ce personnage comique est amoureux de la servante Douniacha, mais il est malheureusement rejeté par elle. Celle-ci lui préférant Iacha. À la fin, il est embauché par Lopakhine pour surveiller les travaux.

Boris Borissovitch Siméonov-Pichtchik est un ami de la famille qui traverse également une période difficile. Il est constamment à la recherche de moyens pour sauver ses affaires et harcèle Lioubov pour qu’il lui prête de l’argent. Il ne fait rien pour arranger ses affaires.

En plus de ces personnages, la pièce d’Anton Tchekhov comprend également de nombreux personnages secondaires tels que :

Douniacha est une femme de chambre qui symbolise les changements en train de se produire en Russie à cette époque. Autrefois paysanne, elle a été embauchée comme femme de chambre au domaine et cherche à améliorer sa situation sociale en s’habillant de manière élégante. Elle est courtisée par Épikhodov, mais elle est amoureuse de Iacha et est fascinée par la culture qu’il a acquise lors de son voyage à Paris.

Firs est le valet de chambre de la famille. Ce personnage de quatre-vingt-sept ans est excentrique. Il regrette l’époque où les serfs étaient asservis et où les gens admiraient leurs maîtres, comme les parents et grands-parents de Lioubov et Gaïev. Sa sénilité contribue à l’intensité de la pièce et symbolise la décadence de l’ancienne société russe.

Charlotta Ivanovna est une gouvernante excentrique. Elle est la confidente d’Ania et a été élevée par une dame allemande sans connaître vraiment ses parents, à part le fait qu’ils travaillaient dans un cirque. Elle aime faire des tours de cartes et du ventriloquisme. Lorsque la famille se disloque, elle accepte son renvoi.

Le passant est un personnage représentant les nouvelles idéologies et les changements sociaux qui viennent perturber l’ordre aristocratique en Russie au début du XXe siècle. Il apparaît dans la pièce pendant la deuxième partie, alors que la famille se repose dans leur domaine.

Le chef de gare et l’employé des postes sont deux personnages secondaires présents à la fête organisée par Lioubov au cours du troisième acte. Même s’ils ont un rôle mineur dans la pièce. En effet, le chef de gare essaie de réciter un poème tandis que l’employé des postes tente de courtiser Douniacha.

Analyse d’oeuvre

La cerisaie joue un rôle important dans la pièce, en étant impliquée dans les relations entre les personnages et en provoquant des tensions. Elle est également l’objet du sacrifice final, ce qui la rend similaire à un personnage humain. Cependant, elle a un passé et un futur, mais pas de présent, ce qui lui donne une position unique parmi les personnages.

Dans cette pièce, la cerisaie joue le rôle de génératrice de tensions en rappelant à Lioubov des souvenirs émotionnels forts et en agissant de manière indépendante des autres personnages. Elle résiste aux changements du temps en continuant à fleurir et n’offre ses fruits que tous les deux ans, ce qui est au cœur de l’action de la pièce. Les autres personnages ne font que réagir à ces actions de la cerisaie.
La cerisaie est le lien qui relie les personnages de différentes classes sociales et milieux ensemble. Sans elle, ils ne seraient pas liés les uns aux autres, à l’exception de la famille Gaev/Ranevskaïa. La cerisaie crée les relations entre les personnages et définit souvent leur nature. C’est grâce à elle que Lioubov se considère supérieure aux autres et que Lopakhine cherche à gagner le respect. Ania parvient également à construire une relation avec Trofimov en s’émancipant de la cerisaie.
La cerisaie est le personnage qui subit le destin tragique dans cette pièce, car elle doit être sacrifiée d’une manière ou d’une autre. Quel que soit le choix qui est fait, il entraîne inévitablement le sacrifice de la cerisaie, un destin qui est réservé à un personnage dans une tragédie.
Sans le mentionner comme un personnage, Tchékhov use de la personnification pour faire de la Cerisaie un personnage à part entière dans son œuvre.

Néanmoins, la cerisaie est un lieu physique qui symbolise l’intérieur dans l’univers de Tchekhov, tandis que le reste du monde représente l’extérieur. Dans La Cerisaie, la maison et le domaine qui l’entoure sont perçus comme un lieu de confort par les personnages, mais en réalité, ils sont hantés par les souvenirs de la mort de Gricha et par l’histoire d’esclavage qui a contribué à la construction et à l’entretien de cet espace. Cet endroit confiné empêche les personnages de s’épanouir et de s’ouvrir au monde extérieur.

La cerisaie est un espace psychique qui reflète l’intérieur des personnages qui l’habitent. En percevant et en décrivant la cerisaie de manière différente, les personnages révèlent leurs valeurs, leurs espoirs et leurs démons. Pour chacun d’entre eux, la cerisaie est avant tout la manifestation de ce qu’ils sont et de leurs enjeux personnels :

  • Lioubov y voit des vestiges du passé qui hantent son présent ;
  • Lopakhine y perçoit une opportunité de réussite sociale ainsi qu’une valeur marchande ;
  • Trofimov y voit l’histoire de l’exploitation et de la violation de principes fondamentaux ;
  • Varia y perçoit une responsabilité et une raison d’être ;
  • Ania y voit des racines qu’elle doit quitter pour s’émanciper.
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