Littérature

Eric-Emmanuel Schmitt, Le Visiteur : résumé, personnages et analyse

Visuel de couverture pour la fiche de lecture LesRésumés.com sur Le Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt.
Ecrit par Les Résumés

Parue en 1993, Le Visiteur est une pièce de théâtre d’Éric-Emmanuel Schmitt, un auteur franco-belge. Découvrons cette œuvre dans laquelle le personnage de Sigmund Freud s’oppose à un personnage qui prétend être Dieu en personne.

Résumé détaillé scène par scène de Le Visiteur de Eric-Emmanuel Schmitt

SCÈNE 1

En 1938, les troupes d’Hitler envahissent Vienne. Un 22 avril, au 19 berggasse, Anna, la fille de Sigmund Freud, pousse son père à signer un laissez-passer qui leur permettrait, en tant que juif, d’avoir la vie sauve. Toutefois, Freud juge “ce papier infâme” et refuse de le signer. Il lui explique qu’il ne veut pas abandonner ses “frères viennois” face à la montée du nazisme en Autriche.

SCÈNE 2

Alors qu’Anna se prépare à aller se coucher, ils reçoivent la visite d’un nazi. Celui-ci était déjà venu pour prendre des livres dans la bibliothèque de Freud. Anna leur demande s’ils les ont brûlé, Freud ironise la situation en expliquant le progrès : au Moyen-Âge, il l’aurait brûlé. Freud se moque du Nazi qui n’a pas réussi à trouver des idées anti-nazi dans les livres de Freud. Ce dernier lui explique que ces idées sont dans sa tête. Sa fille, quant à elle, surenchérit qu’elles sont dans son cœur. Le soldat y voit là de l’humour juif. Freud demande à sa fille d’aller lui chercher de l’argent pour payer le soldat afin qu’il les laisse en paix. Ce dernier ne manque pas de faire une remarque antisémite dans laquelle il explique que les Juifs ont toujours “un os enterré quelque part“.
Après lui avoir donné six mille shillings, Freud s’attend à ce que le soldat parte, mais sa fille Anna provoque le soldat et finit par être arrêtée. En sortant, elle supplie son père de signer le papier.

SCÈNE 3

Suite à l’arrestation de sa fille, Freud appelle monsieur Wiley, l’ambassadeur des Etats-Unis. Ce dernier accepte de faire quelque chose, mais demande à Freud de signer le papier. Ce dernier se penche sur le document qui justifie que, en raison de sa réputation scientifique, il a été bien traité par les autorités nazies. Freud y ajoute ironiquement : “Post-scriptum : je puis cordialement recommander la Gestapo à tous”. Il s’apprête à signer le document, mais au dernier moment, il s’y refuse.

SCÈNE 4

Un inconnu fait irruption au cabinet de Freud. Lorsque ce dernier lui demande qui il est, l’inconnu lui fait comprendre qu’il ne le croira pas. Il lui explique qu’il est malade et qu’il a besoin du docteur Freud. Celui-ci finit par accepter et lui pose plusieurs questions. Toutefois, l’inconnu répond de manière évasive, refusant même de répondre à certaines interrogations. Freud décide de changer de méthode et demande à l’inconnu de lui raconter l’histoire qu’il désire. À sa grande surprise, Freud prend conscience que l’homme est en train de narrer un pan de sa vie où à l’âge de cinq ans, il prend conscience de son existence. L’inconnu ne s’arrête pas là et lui révèle quelques épisodes de son avenir. S’apercevant que son sujet est intrigant, Freud décide d’avoir recours à l’hypnose. Cela étonne l’inconnu qui pensait que Freud avait abandonné cette pratique. À son grand étonnement, l’inconnu répond toujours de manière vague en lui révélant son futur proche. L’homme sort de l’hypnose au moment où Freud cherche à savoir à quel moment il quittera la terre. Progressivement, Freud se demande s’il n’est pas en train de converser avec Dieu. Ce dernier ne réfute pas, mais ne l’affirme pas pour autant. Il lui explique qu’il pourrait être ce père des cieux dont Freud fait référence dans de nombreux ouvrages. En effet, selon le docteur, lorsque notre père meurt psychologiquement dans notre tête, nous avons tendance, en tant qu’être humain, à remplacer notre “père naturel par un père surnaturel“. L’inconnu lui fait comprendre qu’il pourrait être ce “père surnaturel” étant donné que Freud en a besoin compte tenu des événements : il se fait vieux, sa fille a été arrêtée et la Gestapo cherche à le chasser. La scène se termine au moment où on frappe à la porte. L’inconnu se cache derrière le rideau.

SCÈNE 5

Le Nazi est de retour et demande à Freud de signer le document. Il lui explique que lorsqu’il est en présence d’un Juif, il sent la merde. Il lui fait part de nombreux exemples pour étayer ses propos qui illustrent plus le fait que l’homme souffre cruellement d’un manque de confiance en lui. Freud lui rétorque que lorsqu’il est dans le même cas que ce nazi, il ne s’en prend qu’à lui-même. Le Nazi, quant à lui, réfute cette idée et estime que tout est la faute des Juifs. Il sort un dossier de sa poche, il s’agit d’un testament qui prouve que Freud détient de l’argent à l’étranger. Le Nazi estime que cela est antinational. Il menace Freud, mais se dit prêt à fermer les yeux en échange d’argent. Il finit par quitter la pièce en lui demandant de réfléchir à sa proposition.

SCÈNE 6

L’inconnu explique à Freud que le Nazi ment. En effet, sa fille n’est pas en train d’être interrogée, même s’il vaudrait mieux que ce soit le cas si elle ne souhaite pas se faire déporter. Il raconte à Freud ce qu’il voit : elle serre un flacon de véronal, ce qui montre qu’elle est prête à se suicider si les choses dérapent. Très vite, elle se met à se mordre jusqu’au sang attirant l’attention des soldats. L’inconnu explique qu’elle n’a plus rien à craindre étant donné que les soldats sont prêt à tuer des millions de personnes, mais qu’ils seraient prêt à se plier en quatre lorsqu’une femme saigne. À l’extérieur, on entend que le Nazi revient. Freud est bouleversé. En effet, s’il consent à donner l’argent au Nazi, il se retrouve sans rien. L’inconnu lui demande de retourner la situation à son avantage. Il lui tend une photo pour qu’il puisse s’en servir. Freud lui demande s’il peut parler au Nazi, mais l’inconnu lui explique qu’il est le seul à pouvoir le voir.

SCÈNE 7

Le Nazi demande à Freud s’il a réfléchi à sa proposition. Ce dernier lui fait part du fameux nez des Juifs. Il lui explique que, bien qu’il soit un soldat Nazi, il a le même nez qu’un de ses oncles juifs. Il cherche à savoir si le Nazi n’aurait pas des ancêtres juifs. Horrifié à l’idée que cela soit vrai, le Nazi abandonne le fait de récupérer l’argent du testament de Freud. Il accepte même de fermer les yeux sur le dossier en question. Freud apprend qu’ils sont à la recherche d’un homme qui se serait échappé de l’asile.

SCÈNE 8

Freud pense que l’inconnu est ce fameux fou que les Nazis cherchent. L’inconnu lui explique qu’il s’agit de Walter Oberseit. Freud explique les raisons qui le poussent à rester athée. L’inconnu est intrigué lorsqu’il se rend compte que Freud fuit Dieu parce qu’il estime que ce serait trop facile de se complaire en lui. En un sens, Freud se fait plus de mal que de bien. L’inconnu prétend une nouvelle fois qu’il est Dieu, mais Freud ne le croit pas. S’ensuit alors une discussion de ce que dirait Freud s’il avait l’opportunité de rencontrer Dieu pour de vrai. Freud estime que Dieu fait des fausses promesses et il réalise un grand monologue pour illustrer ses propos.
L’inconnu raconte alors l’avenir qui se profile à l’horizon : les tourments en Orient, l’enfer en Occident, les millions de Juifs tués, leur graisse servant à fabriquer du savon… Pour lui, tout sera amputé par l’orgueil humain qui aura voulu se désengager de Dieu en devenant athée. Voyant que l’inconnu continue à prétendre qu’il est Dieu, Freud lui demande de lui prouver qu’il l’est vraiment. Il utilise la fameuse réplique “je ne crois que ce que je vois” (qu’on attribue à tort à Saint-Thomas en raison de son scepticisme). L’inconnu tend sa canne à Freud qui, en se retournant, dévoile un bouquet de fleurs. Émerveillé, Freud se rend compte de la supercherie. Il est agacé, mais cela fait bien rire l’inconnu. Lassé de cette entrevue, Freud demande à l’inconnu de s’en aller au moment où l’on frappe à nouveau à son bureau.

SCÈNE 9

Le Nazi remet le testament à Freud et lui explique que sa fille va être relâchée d’ici peu de temps. Avant de partir, le Nazi informe Freud que le fou a été retrouvé et remis au personnel de l’asile.

SCÈNE 10

L’inconnu fait prendre conscience à Freud qu’en tant que Dieu, il se retrouve en prison. Il est emprisonné par la solitude de l’immortalité. En entendant un couple qui se fait arrêter dans la rue, Freud demande à Dieu d’utiliser sa toute-puissance, mais celui-ci lui explique qu’en créant l’homme avec son libre-arbitre, il a perdu sa toute-puissance et son omniscience. Il fait comprendre à Freud qu’il a créé l’homme par amour.

SCÈNE 11 & 12

Anna revient et explique à son père comment les Juifs sont traités. Elle se demande quels crimes ils ont pu faire si ce n’est né avec une origine juive. Elle lui apprend qu’elle a dû prouver que son association internationale de psychanalyse n’avait rien de politique. Elle se sent honteuse de ne pouvoir rien faire. Heureux de retrouver sa fille, Freud l’informe qu’ils vont quitter le pays. Cela redonne de l’espoir à Anna qui espère qu’ils pourront révéler aux yeux du monde ce qu’il se passe avec les Nazis, mais Freud, craignant pour la vie de ses deux sœurs qui restent à Vienne, ne souhaite pas se lancer dans ce combat. Il souhaite lui présenter l’inconnu, mais celui-ci n’est pas là. Anna s’absente pour lui faire une tisane. Freud s’entretient avec l’inconnu. Après quelques hésitations, ce dernier consent à rencontrer Anna.

SCÈNE 13 à SCÈNE 15

Anna entre et semble reconnaître l’inconnu. Elle explique qu’il s’agit d’un homme mal élevé qui la suit depuis une quinzaine de jours. Il ne cesse de lui faire des sourires auxquels elle ne répond pas. Elle lui fait bien comprendre que ses sentiments ne changeront pas, et ce, même s’il en parle à son père. Elle quitte la pièce en colère en informant son père qu’elle reviendra lorsque l’inconnu sera parti.

SCÈNE 16 à 17

Freud demande des explications, mais l’inconnu est tout aussi perplexe que lui. Il est attristé de voir que Freud doute à nouveau. Freud demande une nouvelle fois des preuves, mais l’inconnu lui explique que la foi se passe de preuve, qu’il est libre de croire ou de ne pas croire. Au moment où l’homme s’apprête à partir, Freud saisit son revolver. Il estime que s’il tire et qu’il disparaît, cela pourrait prouver qu’il est Dieu. Freud demande une nouvelle fois des preuves, mais l’inconnu lui explique que la foi se passe de preuve, qu’il est libre de croire ou de ne pas croire. Ainsi, il perdrait la liberté en plus de sa foi. L’inconnu finit par disparaître en se hissant discrètement par la fenêtre. En voyant qu’il est en train de se hisser le long de la gouttière, Freud tire et constate qu’il a loupé sa cible.

Présentation des personnages

Freud, un psychanalyste renommé, souffre de toux fréquentes et son cancer semble s’aggraver, ce qui inquiète profondément sa fille Anna. Ce personnage est directement inspiré du véritable Freud. Cet homme âgé possède un esprit vif, mais rejette la religion. Il aimerait croire en Dieu, mais estime que la croyance n’est qu’un moyen facile de trouver le bonheur. C’est se complaire dans l’illusion en occultant la réalité. Néanmoins, on se rend compte progressivement qu’il fait lui-même abstraction de la réalité, notamment lorsqu’il prétend faire preuve de courage et de dévouement envers les autres, en refusant de signer un document pour quitter Vienne. En réalité, il le fait par égoïsme et par nostalgie de quitter cette terre qui l’a vu naître. Sa rencontre avec le Visiteur lui offre de nouvelles perspectives, dont celle de la foi, qui repose sur la croyance plutôt que sur des faits concrets auxquels il est habitué. Cette rencontre va le bouleverser, mais rongé par le doute, il finit par tirer pour vérifier s’il s’agit réellement de Dieu.

L’inconnu, est un homme étrange qui pénètre dans le bureau de Freud par la fenêtre sans aucune explication. Ce personnage est décrit comme un dandy élégant, portant gants, cape et chapeau. Il est présenté de manière mystérieuse et intrigante, avec une apparence à la fois naturelle et énigmatique. Il semble sympathique, mais las de sa vie et en proie à l’ennui. Durant toute l’intrigue, son identité reste un mystère : il se présente comme une réplique de Freud, un fou évadé du nom de Walter Oberseit, ou encore Dieu lui-même. Si on est enclin à accepter cette dernière identité, les doutes subsistent, car aucune preuve ne vient étayer cette hypothèse. Bien qu’il paraisse être un expert en dissimulation, il finit par partir en s’accrochant à une gouttière. La balle tirée par Freud ne l’atteint pas, laissant ainsi planer le mystère sur sa véritable nature, humaine ou divine. Ce personnage nous donne l’opportunité de nous interroger sur l’existence plausible d’un Dieu en nous donnant les raisons pour lesquelles nous serions susceptibles de ne pas y croire.

Anna est la fille du Docteur Freud. Bien qu’elle soit décrite comme étant sévère et intellectuelle, représentant un prototype de femmes de l’époque, elle se révèle comme une jeune fille charmante et aimante, avec une forte personnalité. On peut rapidement percevoir son caractère lorsqu’elle refuse de laisser son père seul ou lorsqu’elle provoque le Nazi avec détermination, se moquant de lui avec intelligence et le réduisant à une certaine impuissance.

Le Nazi n’a pas un rôle très significatif. Il permet d’emmener Anna pour laisser Freud seul afin qu’il puisse rencontrer l’inconnu. Le Nazi apporte le doute à Freud au moment où il lui révèle qu’ils sont à la recherche d’un fou qui s’est échappé de l’asile. Se pourrait-il que l’inconnu ne soit qu’un fou ? D’autre part, le Nazi, en tant que caricature des membres de la Gestapo, permet d’ajouter une touche comique à cette œuvre philosophique.

Analyse de l’oeuvre

La pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt met en scène le personnage de Sigmund Freud pendant l’Anschluss, confronté à l’arrestation de sa fille Anna par les nazis. Le thème principal de la pièce est le doute, qui s’immisce à travers différents éléments, qu’ils soient abstraits ou concrets. Le personnage de l’inconnu incarne le doute en se présentant comme Dieu lui-même, laissant Freud et les spectateurs dans l’incertitude quant à sa véritable identité. Enfin, le ton de la pièce laisse planer le doute sur la réalité des événements présentés, suggérant que tout pourrait être un rêve ou une hallucination de Freud. D’autre part, Éric-Emmanuel Schmitt s’amuse à rendre la croyance insaisissable. En effet, à chaque instant où Freud, tout comme le spectateur, commence à y croire, un élément vient laisser planer le doute : le Nazi à la recherche d’un fou qui s’est évadé, le séducteur d’Anna. Lorsque l’inconnu prend congé de Freud, le mystère reste entier. A-t-il réellement rencontré Dieu ?

À travers ces interrogations sur l’existence de Dieu, c’est son rôle qui est discuté dans la pièce. Freud le considère comme un père spirituel, nécessaire lors de la mort psychologique de notre père naturel. Un processus comportemental logique pour le bien-être de l’individu, toutefois, l’existence de Dieu est une illusion en soi. Elle permet de rassurer l’homme, se complaisant dans un monde qui demeure bien trop compliqué pour lui. Pour Freud, il est nécessaire de lutter contre cette croyance. Une détermination qui semble assez ironique quand on s’aperçoit qu’elle ne fait pas beaucoup de bien à Freud et que cette tâche se révèle être assez difficile à accomplir. Pour l’inconnu, il est plus facile de croire en Dieu et de se laisser aller. Il annonce qu’il a créé l’homme avec son libre-arbitre. Celui-ci est donc pleinement responsable de ses choix. Qu’il fasse le bien ou le mal, cela n’est donc pas dû à Dieu. L’inconnu précise également qu’en créant l’homme ainsi, il est devenu impuissant face à ce qu’il se passe. En effet, le fait d’intervenir ferait en sorte qu’il s’oppose à leur libre-arbitre. Il est donc contraint d’assister à ce qu’il se passe sans y intervenir.

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