Littérature

Franck Pavloff, Matin Brun : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Résumé de la nouvelle Matin Brun de Franck Pavloff

Le narrateur et son acolyte paressent au soleil en bavardant. Une journée comme une autre, ou presque. Au fil de la discussion, l’horreur grandit. L’un a fait euthanasier son chien, qui ne correspondait pas aux critères physiques exigés par l’État national, le nouveau parti politique en place. Le second a tué lui-même son chat pour les mêmes raisons. Les jours passent et les deux amis sont contraints de changer leurs habitudes pour se conformer aux nouvelles mesures « brunes ». Ces dernières deviennent de plus en plus drastiques. Les médias en vigueur disparaissent au profit de médias dirigés par le gouvernement. Les livres sont censurés, même le langage est contrôlé. Ainsi, après les animaux, ce sont les hommes qu’on extermine.

Présentation des personnages

Le narrateur

Le narrateur est un homme simple qui ne veut pas d’ennui. Il laisse aller les choses car sa tranquillité personnelle passe avant tout. Ce n’est que lorsque la milice arrête son ami qu’il commence à s’interroger sur ce qui aurait dû le faire réfléchir dès l’instauration des premières mesures brunes. Égoïste, lâche ou simple quidam dépassé par les événements qu’il n’a pas vus venir ? Peut-on lui reprocher son inaction ? Ce personnage nous ressemble avec son travail, ses petits soucis quotidiens, sa routine. Il invite le lecteur à se remettre en question et à imaginer comment il aurait agi, s’il avait été à sa place. Averti et conscient, il ne fera peut-être pas les mêmes erreurs.

Charlie

Charlie est le seul personnage de la nouvelle à avoir un prénom. C’est le meilleur ami du narrateur. Lui non plus n’a pas vu le Mal arriver. Voulant préserver son confort, il n’a pas hésité à faire euthanasier son chien noir, pour rapidement le remplacer par un chien brun répondant au critère physique exigé par l’État national. Il sera arrêté, dénoncés par ses voisins, pour l’unique motif d’avoir possédé par le passé un animal de compagnie non conforme. Dorénavant cela le désigne comme dangereux pour le régime politique en place et pour son entourage.

Les miliciens

Les miliciens entrent en scène lorsque tout est déjà joué. La population a été suffisamment préparée pour laisser faire, certains vont même participer aux arrestations. Entre corruption et délation, cueillir les dissidents est un jeu d’enfants. Ce passage ramène aux heures sombres de l’Histoire quand les Français dénonçaient les Juifs dans le pays occupé.

Analyse de l’oeuvre

Le parallèle avec les nazis

Cette œuvre de fiction n’en est pas une. Elle rappelle sans conteste le nazisme et ses représentants en chemises brunes. En effet, l’idéologie prônée par les bruns renvoie à la sélection génétique de la soi-disant race supérieure aryenne. Tous les procédés de la mise en place d’un état totalitaire sont présents dans cette nouvelle. Elle a d’ailleurs été inspirée par un poème célèbre, écrit en 1942 par le pasteur Martin Niemöller, prisonnier dans le camp de Dachau. Franck Pavloff dénonce l’intolérance basée sur la couleur. Il montre que le racisme peut se cacher sous une apparence trompeuse et appelle ses lecteurs à toujours rester vigilants.

Allusion sans équivoque au Front national et à l’État de Vichy

L’appellation du parti fasciste en place, “L’État national”, est une référence au Front national, parti politique d’extrême droite français qui gagne du terrain à l’heure où l’auteur écrit ces lignes. Il évoque également la corruption de l’État de Vichy en France, lors de la Seconde Guerre mondiale. Matin brun est une alarme, un cri d’alerte à destination des Français. Il ne faut pas laisser se reproduire ce qui s’est passé durant la Seconde Guerre mondiale. Cela peut arriver insidieusement, comme dans la nouvelle. Franck Pavloff avertit son lecteur : voter pour le Front national est le premier pas vers l’instauration d’un parti fasciste totalitaire.

La montée du fascisme moderne

En 1998 en France, des députés de droite s’allient au Front National lors des élections régionales. Indigné et furieux, Franck Pavloff réagit en écrivant Matin brun, une nouvelle qui sera traduite dans le monde entier. Il y dénonce la montée du fascisme, et démontre avec quelle facilité le gouvernement peut manipuler l’opinion publique, quel que soit le régime politique en vigueur. D’abord, quelques changements dans les textes passant quasiment inaperçus. Puis, de nouveaux décrets, de plus en plus contraignants. Enfin, des lois liberticides voient le jour avec la mise en place d’obligations et d’interdits radicaux. L’instauration de la terreur se fait petit à petit, et lorsque l’on se rend compte de ce qui arrive, il est trop tard pour réagir. Les hommes sont les seuls coupables d’avoir laissé faire. C’est là ce que veut dénoncer l’auteur. Les libertés et les droits les plus élémentaires ne sont jamais acquis. Élire des députés d’extrême droite, c’est ouvrir la porte au fascisme qui peu à peu occupera toute la place. Il faut réagir en conséquence, avant qu’il ne soit trop tard, et ne pas toujours trouver excuse à tout comme le font les deux protagonistes de la nouvelle. Ces derniers sont des gens ordinaires et ont des réactions banales : ils souhaitent préserver leur tranquillité sans se soucier de ce qui ne les touche pas directement. Ils sont donc prêts à tous les compromis pour ne pas avoir à sortir de leur zone de confort.

La banalisation de l’horreur

Au début, les deux hommes n’y font pas attention. Ils s’habituent aux réglementations les unes après les autres. Ces dernières se radicalisent petit à petit sans que cela les choque. Quand cela prend de l’ampleur, ils suivent le mouvement. Personne ne dit rien, ils se taisent aussi. Lorsque, enfin, ils sont gênés par la tournure que revêtent les événements, il est trop tard pour faire machine arrière. Plus le lecteur avance dans la nouvelle, plus l’horreur s’intensifie. Mais le procédé de gradation la banalise. Chaque mesure prépare à la suivante. Cette manipulation psychologique consiste à faire accepter en premier lieu des changements insignifiants, puis des lois de plus en plus strictes, pour aboutir au totalitarisme.

Le contrôle des médias et des institutions

Tout régime totalitaire prend le pouvoir sur les médias de masse afin de contrôler la population. Dans Matin brun, la presse et la radio ne font pas exception. Le quotidien de la ville où se passe l’action ne respecte pas les mesures imposées par le gouvernement : il est remplacé par un journal comme il faut, Les nouvelles brunes. Le narrateur veut se faire passer pour un bon citoyen. Il écoute donc Radio brune, joue au tiercé brun, bois des pastis bruns, croit en la sécurité brune.

La censure

La censure et l’interdiction pour les contre-pouvoirs de s’exprimer sont les fers de lance des fascistes. On a vu nombre d’autodafés par le passé et nous ne sommes pas à l’abri d’en subir d’autres dans le futur, si nous donnons le plein pouvoir au fascisme. Les livres présentant un risque sont retirés des rayons des bibliothèques ; lesdits risques augmentant proportionnellement avec l’édiction de nouvelles règles.

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