Littérature

François Mauriac, Le Sagouin : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Paru pour la première fois en 1951, Le Sagouin est un roman écrit par François Mauriac. Explorons ensemble cette œuvre d’un écrivain qui savait dépeindre les situations tragiques à la perfection.

Résumé détaillé chapitre par chapitre de Le Sagouin de François Mauriac

CHAPITRE 1

Entre un fils décevant et un mariage insatisfaisant

Paule Galéas, une femme piégée dans un mariage sans amour, porte un regard introspectif sur ses choix passés et ses regrets. Elle nourrit un ressentiment envers son fils, Guillaume (Guillou), qui lui rappelle trop son mari. Elle va jusqu’à le qualifier de “sagouin”, un enfant incapable de réussir à l’école. Dès les premières pages, elle lui donne une paire de gifles pour avoir prétendu connaître sa leçon alors qu’il ne la maîtrise pas.

Sa belle-mère, la baronne de Cernès, tente d’intervenir en discutant avec l’instituteur du village pour qu’il puisse prendre en charge Guillou, mais Paule doute que cela puisse résoudre le problème. Elle cherche à comprendre auprès de la baronne pourquoi l’instituteur a refusé de leur venir en aide. La baronne admet avoir peut-être exagéré le comportement de l’enseignant et lui raconte qu’il a mentionné ne pas vouloir avoir d’ennuis avec le château.

Cela met Paule en colère, qui s’éloigne précipitamment, tandis que la baronne esquisse un sourire. Elle rassemble ensuite son petit-fils et son fils, Galéas et Guillou, dans sa chambre, où ils trouvent du réconfort en jouant du piano. La mention d’un “instituteur rouge” (instituteur communiste) pique la curiosité de Guillou, qui ignorait que celui-ci avait cette couleur. Tous redoutent le retour de Paule au sein de la demeure. Fräulein, leur gouvernante, interrompt leur conversation pour leur proposer à manger. Ils en viennent à discuter de Paule. Guillou reste en marge des conflits et trouve refuge dans la chambre sécurisante de sa grand-mère.

Un scandale infondé

Paule se promène seule pour méditer sur les paroles blessantes de l’instituteur. Elle est hantée par un scandale passé impliquant un ancien prêtre. Elle se remémore la honte et l’ostracisme qu’elle a subis, certains membres du clergé la qualifie encore de femme dangereuse. Son isolement a mené à l’abandon de la chapelle de Cernès. En pensant à sa relation passée avec un prêtre innocent et fragile, elle se demande s’il souffre toujours. Malgré l’absence de réelle faute, des rumeurs ont entaché sa réputation, suite à une scène où le prêtre avait posé sa tête sur son épaule. Paule envisage de confronter l’instituteur pour rétablir la vérité et tenter d’établir un lien, espérant ainsi trouver un certain réconfort face à son lourd fardeau.

Vive tension entre belle-mère et belle-fille

Paule discute avec sa belle-mère de l’éducation de son fils, Guillou. L’instituteur ayant refusé de le prendre sous sa responsabilité, elle tente de convaincre la baronne d’embaucher un précepteur. Cependant, cette dernière répugne à l’idée d’accueillir des étrangers chez elle. Des tensions et rivalités familiales se révèlent au fil de la conversation. Paule envisage de discuter avec l’instituteur pour solliciter son aide, mais la belle-mère s’y oppose fermement. Un échange houleux de reproches et d’insultes s’ensuit entre les deux femmes. La baronne se retire dans sa chambre, ignorant les dernières insultes de Paule. Cette dernière regagne sa propre chambre. Elle se sert deux verres de curaçao et se laisse submerger par ses pensées, rêvant d’une relation avec l’instituteur.

CHAPITRE 2

Une nouvelle tentative

Le lendemain, Paule, négligée, mais déterminée, se rend au village afin de convaincre l’instituteur de changer d’avis concernant son fils. M. Bordas, l’instituteur, est en train de discuter avec sa femme, Léone, de l’étrange visite qu’ils ont reçue la veille. Léone exprime son souhait de donner des leçons particulières à leur fils, Jean-Pierre, notamment des cours d’équitation. Attaché à l’élite intellectuelle, Robert souhaite que Jean-Pierre poursuive des études supérieures et obtienne un diplôme prestigieux. Ils débattent de l’importance de l’éducation et de l’évolution de l’enseignement supérieur en France.

L’accord de M. Bordas

Paule fait son entrée chez eux, flatte M. Bordas en mentionnant son potentiel politique et exprime son admiration pour leur fils prodige. Elle lui explique qu’elle a besoin de leur aide pour son fils “arriéré”. M. Bordas accepte de voir le fils de Paule le lendemain après quatre heures de l’après-midi. Léone avertit son mari de se méfier de cette femme en raison de son comportement étrange et de son passé avec un curé. Déçu d’apprendre que Paule ne provient pas d’une famille noble, M. Bordas montre peu d’intérêt pour elle.

Un fils soumis qui déçoit

Alors que Paule est absente, une dispute éclate dans le foyer entre la Baronne et Fräulein. Cette dernière pense que Guillaume devrait être instruit, tandis que la baronne s’y oppose farouchement. La Baronne est exaspérée par l’attitude de son fils qui, en tant qu’homme de la maison, peut contredire les volontés de sa femme en un claquement de doigt.

Les tourments de Guillou

Guillou est préoccupé par cette dispute et refuse l’idée d’aller chez l’instituteur. À son retour, sa mère lui annonce qu’elle compte l’amener le lendemain en fin d’après-midi. Guillou pleure et refuse catégoriquement d’y aller, mais sa mère menace de l’envoyer en pension ou en pénitencier s’il reste sur sa position. Terrifié, Guillou accepte finalement, après que Fräulein ait tenté de le rassurer. Il accompagne ensuite son père au cimetière, réfléchissant à la mort et ressentant l’hostilité de la nature qui l’entoure. Il cherche du réconfort, en vain. La voix oppressante de sa mère le hante, le laissant se sentir impuissant et seul. Pendant ce temps, Paule allume un feu et médite sur l’amour : l’instituteur est à son goût.

CHAPITRE 3

M. Bordas : Un espoir pour Guillou ?

La mère de Guillou l’emmène rapidement chez l’instituteur. Ils croisent des enfants de l’école qui rentrent chez eux, silencieux et sans rire. Guillou se sent différent alors qu’il se dirige vers l’école. Guillou compare M. Bordas à un ogre. D’abord, on lui propose d’aider à écosser des haricots dans la cuisine, ce qui semble ravir Guillou. Lorsque M. Bordas lui montre la chambre de leur fils, Jean-Pierre, Guillou est captivé par la présence de livres et le savoir de M. Bordas. Il choisit un livre, L’Île mystérieuse, et commence à le lire à voix haute pour M. Bordas, qui en est profondément touché. Guillou est fasciné par une photographie de Jean-Pierre, le fils de M. Bordas, et envie sa vie privilégiée entourée de livres.

Une mère égoïste

Après deux heures, la mère de Guillou revient et demande à l’instituteur son opinion sur son fils. Ils sortent ensemble dans la nuit pluvieuse. Ne voulant pas être vu en compagnie de Paule de Cernès, à cause de son passé, M. Bordas décide de continuer la discussion le lendemain matin. Paule se réjouit de cette complicité naissante. M. Bordas rentre chez lui et Guillou reste seul, regardant la maison de Jean-Pierre Bordas. Sa mère le prend par le bras et le ramène chez eux. Elle ne pose aucune question à son fils. Elle a simplement hâte que le lendemain arrive pour retrouver M. Bordas.

Des perspectives plus douces pour Guillou

De retour chez lui, Fräulein et sa grand-mère lui demandent comment s’est passé son premier jour à l’école. Il avoue avoir écossé des haricots pour la famille de l’instituteur, ce qui irrite la baronne. Malgré les doutes de certains, Guillou affirme que l’instituteur n’est pas méchant et l’a déjà aidé à lire. Toutefois, personne ne l’écoute. Il préfère garder tout cela pour lui. Pendant le repas, il repense à Jean-Pierre, dont les livres lui procurent un grand bonheur. Il espère qu’ils pourront être de bons amis. Guillou se réjouit d’être le lendemain pour retourner voir M. Bordas et lire Sans Famille.

La décision des Bordas

Léone est contrariée car Guillou a laissé ses empreintes et même des traces de morve sur un des livres de leur fils. Elle insiste pour qu’ils ne reçoivent plus ce “sagouin” chez eux. M. Bordas sait qu’elle est jalouse de Paule et tente de la rassurer. Ils plaisantent sur leur vie intime et passent des moments complices. Léone suggère d’écrire une lettre à Paule pour lui expliquer qu’ils ne peuvent plus s’occuper de son enfant. Ils prévoient de faire livrer la lettre le lendemain matin.

CHAPITRE 4

Retour à la réalité

La lettre envoyée par M. Bordas arrive tôt le matin, déclenchant une dispute entre la baronne et sa belle-fille. Cette dernière admet avoir poussé M. Bordas à trahir sa classe sociale en lui imposant son fils. La baronne exprime son mépris pour cet instituteur communiste. La situation devient tendue, et Guillaume réalise qu’il n’entrera plus jamais dans la chambre de Jean-Pierre. Paule compare péjorativement Guillaume à son père, et la baronne quitte la cuisine sans un mot. Pour éloigner son fils de sa femme, qui a dépassé les limites, Galéas l’emmène au cimetière.

La mort de Galéas et de Guillou

Guillou, abandonné par sa famille et rejeté par M. Bordas, s’isole pour méditer sur sa propre insignifiance. Il est attiré par les sons de la nature environnante, mais se sent souillé. Il se souvient des propos cruels de sa mère à son égard et réalise qu’il ne sera jamais aimé ou reconnu par Jean-Pierre Bordas. Il n’est qu’un “sagouin” ! Désespéré, il quitte le cimetière pour se diriger vers la rivière. Galéas suit son fils en méditant sur les souffrances que l’enfant devra endurer toute sa vie. Les deux corps sont repêchés quelque temps plus tard. Les rumeurs circulent, acceptant la version romantique selon laquelle Galéas s’est jeté à l’eau pour sauver son fils, créant une image émouvante d’un père aimant conduit à sa perte par son enfant.

Le dénouement

Paule, chassée par la baronne, souffre de douleurs intenses causées par une maladie incurable. Elle pense aux vies alternatives qu’elle aurait pu avoir avec son mari, Robert Bordas, et leurs enfants. Fräulein est mécontente de la baronne, qui ne semble pas aussi malheureuse qu’elle devrait l’être après avoir perdu son fils et son petit-fils. M. Bordas, qui se souvient avoir brièvement accueilli puis rejeté Guillou, se rend compte qu’il est en partie responsable de la situation. Il se donne désormais pour mission d’aider tous les enfants qui solliciteront son aide. Le cimetière de Cernès est abandonné depuis le décès de M. Galéas.

Présentation des personnages

Guillaume, que l’on surnomme Guillou, est un enfant de dix ans qui dispose d’un physique disgracieux. Il incarne le genre d’enfant qui est souvent sujet aux moqueries à l’école, ce qui pourrait montrer pourquoi il s’est fait renvoyer à deux reprises. Guillaume a une hantise de l’école et tente de fuir cet univers. Pourtant, en présence de M. Bordas, il se transforme, démontrant d’excellentes capacités de lecture. Malgré un certain retard mental, c’est un jeune garçon injustement traité de toutes parts. Sa mère le maltraite physiquement et mentalement, instillant en lui une image de lui-même comme un enfant sale, arriéré et incapable. Sa grand-mère, la baronne de Cernès, n’est pas plus tendre et le méprise tout autant. Plus d’une fois, on sent Guillaume à deux doigts de l’abandon, envisageant même le suicide. La rencontre avec M. Bordas lui offre un sursis, une lueur d’espoir, mais cette perspective s’efface rapidement. Finalement, il trouve la mort aux côtés de la seule personne qui l’a toujours aimé : son père. Ce personnage symbolise l’impact dévastateur que peuvent avoir les parents et l’entourage sur le psychisme d’un enfant.

M. Galéas, père de Guillaume et époux de Paule, est un homme dépourvu de tout pouvoir. Il est intéressant de noter que c’est le seul personnage à ne pas être mentionné par son prénom. Cela renforce l’idée d’un personnage sans personnalité. Bien qu’il soit l’héritier légitime des de Cernès, sa mère, la Baronne, le méprise et n’envisage pas de lui léguer l’héritage familial. C’est un homme soumis et faible, constamment dominé par sa femme. Sa seule occupation consiste à entretenir le cimetière de sa famille. M. Galéas est méprisé par sa femme, au point qu’elle a fini par l’ignorer complètement. La mort semble être sa seule échappatoire face à l’influence castratrice de son épouse.

Paule est une femme manipulatrice et calculatrice qui s’est mariée sans amour afin d’obtenir le titre de Baronne, qu’elle n’obtiendra jamais. Elle n’a eu aucun scrupule à utiliser Galéas comme un ascenseur social et maintenant qu’elle sait que ce mariage ne lui a rien apporté, elle ne cesse d’humilier son époux. Pire encore, cette femme maltraite, tant physiquement que mentalement, son fils. Cette femme cruelle et sans cœur se révèle être égoïste. Bien qu’elle soit consciente d’être l’initiatrice de ses propres malheurs, elle n’hésite pas à faire porter la responsabilité de ses échecs sur les autres. En manque de foi, elle se raccroche à des rêves en tentant d’imaginer la tournure qu’aurait pu prendre sa vie si elle ne s’était jamais mariée à Galéas. Très portée sur la boisson, elle regrette sa vie et se lamente sur le scandale qu’elle a dû essuyer selon lequel elle aurait eu une aventure avec un jeune prêtre, une histoire qui s’est révélée être totalement fausse. Toutefois, le village tout entier semble s’être fait une opinion sur cette femme qui n’est ni une épouse aimante, ni une mère attentionnée. Elle finit par conduire son mari et son fils à mettre fin à leurs jours.

La Baronne est une femme âgée qui a eu la malchance de perdre son fils cadet, Georges. Aujourd’hui, il ne lui reste plus que deux enfants : Galéas et la comtesse d’Arbis. Malgré sa peur de la belle-famille de cette dernière, elle envisage d’ajouter le nom de Galéas à Arbis. Cela suggère qu’elle n’a aucune intention de laisser son héritage à son fils encore en vie, surtout qu’elle tend à mépriser son petit-fils, contribuant ainsi à sa manière à la dégradation lente et progressive de Guillou.

Fräulein est la cuisinière de la famille depuis de nombreuses années. D’origine autrichienne, elle a été épargnée par la Baronne pendant la guerre, qui a refusé de la remettre aux soldats. C’est une femme douce et aimante qui veut le meilleur pour Guillou.

M. Bordas est l’instituteur du village et défend des idéologies communistes. C’est pour cette raison qu’il refuse de prendre en charge Guillou. D’autant plus que sa femme, Léone, n’apprécie pas la proximité entre Paule et son mari. Le couple a un fils de douze ans, Jean-Pierre, que Guillou découvrira sur une photo lors d’une visite dans sa chambre avec M. Bordas. La taille de la pièce impressionne Guillou. Lorsque M. Bordas envoie une lettre à la famille de Guillou pour annoncer qu’il ne prendra pas en charge leur fils, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour cet enfant déjà abandonné par tous. La mort de cet enfant apporte une leçon à cet instituteur qui se fait la promesse de venir en aide à tous les enfants qui en auraient besoin.

Analyse de l’oeuvre

Dans l’œuvre Le Sagouin de François Mauriac, nous naviguons à travers une narration poignante qui explore l’amertume néfaste d’une mère, Paule, envers son fils, Guillou. L’auteur dresse un sombre tableau teinté de tristesse et de brutalité. Caractérisé par une laideur physique marquante et des troubles intellectuels, Guillou est perpétuellement diminué et rabaissé par sa mère. Cette aversion maternelle déconcertante trouve son origine dans une décision de vie malheureuse de Paule. En effet, celle-ci est tourmentée par un rêve anéanti d’ascension vers la noblesse par le biais du mariage, conduisant à une haine profonde envers son mari et son fils, qui lui rappelle constamment son échec.

Cet antagonisme maternel laisse des séquelles perceptibles sur Guillou, manifestées par une peur constante et une défiance vis-à-vis du monde, amplifiées par l’indifférence des autres adultes qui gravitent autour de lui. Il est également plausible, bien que non explicitement mentionné dans le roman, que Guillou ait subi des persécutions scolaires, le poussant à opter pour l’exclusion afin de se réfugier chez lui, où l’ambiance, malheureusement, est aussi tragique. Cette hypothèse s’appuie sur l’observation du comportement de Guillou dans la chambre du fils de M. Bordas, qui se révèle curieux et plutôt bon lecteur, contredisant son étiquette d'”arriéré“.

Dans cet univers, Guillou trouve un semblant de réconfort seulement en la présence de son père, qui subit lui-même le mépris de Paule. Leur relation évolue tragiquement vers un suicide conjoint, dévoilant l’étendue dévastatrice des blessures infligées par la rancœur maternelle.

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