Littérature

Kressmann Taylor, Inconnu à cette adresse : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Après avoir entendu des propos choquants de la bouche d’anciens amis allemands, Kressmann Taylor, une auteure américaine, a eu l’idée d’écrire Inconnu à cette adresse. Bien que la traduction allemande a été publiée à Moscou, elle a toutefois été interdite dans l’Allemagne Nazi. Voyons ensemble le résumé de cet échange épistolaire, la présentation des personnages ainsi que l’analyse de cette œuvre de Taylor Kressmann.

Résumé de Inconnu à cette Adresse de Kressman Taylor

Inconnu à cette adresse est une nouvelle écrite par Taylor Kressmann sous la forme d’un échange épistolaire. Publiée pour la première fois en 1938 par le magazine Story, cette série de lettres échangées entre deux amis, Max, un Juif vivant aux Etats-Unis et Martin qui est retourné vivre en Allemagne, nous expose la montée du nazisme et l’effet puissant de la propagande. Au fur et à mesure des échanges, Martin est de plus en plus influencé par les idées antisémites et radicales d’Hitler. Cela entache leur relation pour les amener vers un point de non-retour.

Lettre 1, Le 12 novembre 1932

L’échange épistolaire s’ouvre sur une lettre écrite par Max Eisenstein, un Juif américain vivant à San Francisco, à l’intention de son partenaire d’affaires et ami, Martin Schulse. Ce dernier est retourné vivre en Allemagne avec sa femme Elsa et ses trois garçons, Heinrich, Karl et Wolfgang. Dans cette lettre, Max explique à son ami que les affaires se portent toujours aussi bien tout en lui avouant la nostalgie qu’il éprouve à la suite de son départ. Il lui fait également part d’une lettre qu’il a reçue de sa sœur, Griselle, avec laquelle Martin a eu une aventure amoureuse. Il lui indique que Griselle part pour jouer le rôle principal d’une pièce à Vienne.

Lettre 2, le 10 décembre 1932

Martin explique à son ami sa situation plus que confortable dans une Allemagne en proie à la misère. Il lui fait part de la pauvreté que rencontre une grande partie de la population allemande, dont la famille de sa femme. Il accepte que Max puisse donner son adresse à Griselle afin qu’elle puisse leur rendre visite.

Lettre 3, le 21 janvier 1933

Max exprime sa satisfaction de gagner suffisamment d’argent au sein de sa galerie d’art pour ne pas être inquiété par les aléas de la vie, se rendant compte de la chance que lui et Martin ont. Toutefois, il lui avoue ne pas toujours être en accord avec les procédés qu’il qualifie de malhonnête. Il lui révèle également ses inquiétudes concernant Adolf Hitler.

Lettre 4, le 25 mars 1933

Martin évoque son nouveau poste en tant que fonctionnaire de l’administration locale. Bien qu’étant enthousiaste face à l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il confie à Max certaines réserves quant à la situation dans le pays. Même s’il pense qu’Hitler serait une bonne solution pour l’Allemagne, il admet être en proie aux incertitudes et espère réellement qu’Hitler est celui qui relèvera le pays. La lettre se finit par des nouvelles de la famille de Martin.

Lettre 5, le 18 mai 1933

Face aux nombreux reportages et aux diverses informations concernant la montée de l’antisémitisme en Allemagne, Max envoie un courrier à Martin afin de démêler le vrai du faux. En effet, face au succès de la pièce dans laquelle joue Griselle, celle-ci a reçu plusieurs rôles dont un à Berlin en Automne. Il souhaite donc savoir ce qu’il se passe réellement en Allemagne.

Lettre 6, le 9 juillet 1933

Pour éviter la censure, Martin envoie un courrier à Max sur un papier à lettre de sa banque. Il lui fait part de son intention de couper les ponts avec lui car étant juif, Max ne pourra pas comprendre ses nouvelles idées nazies.

Lettre 7, 1er août 1933

Perturbé par le courrier que lui a envoyé Martin, Max répond à Martin en faisant passer son courrier à Jimmy Lederer, une connaissance commune qui doit séjourner à Munich pour ses vacances. Il y fait part de sa théorie consistant à penser que le ton distancié de la lettre de Martin ainsi que le contenu de ses propos ont servi à déjouer la méfiance des autorités. Pour lui, c’est la seule explication possible. Il ne demande qu’un simple “Oui” en guise de réponse pour s’assurer que son ami n’a pas changé et qu’il est toujours le même.

Lettre 8, le 18 août 1933

La réponse de Martin est un non-catégorique. Il s’insurge contre les propos de Max qui sous-entend qu’il est un libéral quasiment Américain. Il se considère avant tout comme un patriote allemand. Il se moque de Max, lui explique qu’il ne peut pas comprendre ce qu’il se passe. Il clôt sa missive en indiquant que leur correspondance doit prendre fin, car ils ne sont plus en sympathie.

Lettre 9, le 5 septembre 1933

Du fait de son statut en tant que fonctionnaire du régime et au nom de leur ancienne amitié, Max demande à Martin de protéger Griselle qui est partie pour Berlin afin de jouer au théâtre Koenig. En effet, face à l’antisémitisme allemand, il craint qu’il puisse arriver à un quelconque malheur à sa sœur.

Lettre 10, le 5 novembre 1933

Max fait part à Martin de son inquiétude quant au devenir de sa sœur. Il lui a envoyé une première lettre à laquelle elle a répondu très brièvement. De plus, la dernière lettre qu’il a envoyée à sa sœur lui est revenue avec la mention Adressant Unbekannt, Inconnu à cette adresse. Il demande à Martin de la trouver et de la secourir.

Lettre 11, le 23 novembre 1933

Par l’intermédiaire d’un relevé bancaire, Max joint un nouveau courrier à l’attention de Martin où il lui explique la tournure des événements. Griselle a joué pendant une semaine au théâtre berlinois avant d’être conspuée par le public du fait de son origine juive. Aidée par quelqu’un, elle a pu sortir du théâtre pour se retrouver en sécurité dans une cave avec une autre famille juive. Elle serait partie ensuite pour Vienne, en faisant un possible crochet pour Munich, chez la famille Schulse. Max demande à Martin si Griselle est chez lui et, dans le cas échéant, il le supplie de pouvoir réaliser des recherches afin de savoir où elle pourrait être.

Lettre 12, le 8 décembre 1933

Après un silence de plusieurs mois, Martin apprend à Max que Griselle est morte. Elle est belle et bien venue chercher refuge chez la famille Schulse, mais Martin a refusé de lui venir en aide. Se cachant derrière mille et une excuses, il explique tout de même qu’il lui a donné une chance en lui suggérant de se cacher de l’autre côté du parc. Mais épuisée et blessée, elle n’a pas couru assez vite et les SA qui patrouillaient l’ont abattu. Il a fait transporter le corps de Griselle pour l’enterrer. Martin explique que chacun des courriers qu’il reçoit chez lui est censuré et que les lettres envoyées à la banque vont sûrement être inspectées avant d’être restitué aux destinataires. Il clôture son message par sa ferme intention de couper tout contact avec Martin et ne souhaite plus être en relation avec des Juifs. Ces derniers pourraient nuire à son intégrité physique ainsi que sa réputation.

Lettre 13, le 2 janvier 1934

Par câblogramme, Max fait comprendre qu’il accepte les conditions du contrat avec Martin.

Lettre 14, lettre 15, lettre 16, datées du mois de janvier 1934

Max n’accepte aucune condition et ces lettres sont là pour en témoigner. En effet, dans ces trois lettres, Max utilise la méfiance des Nazis pour réaliser sa vengeance. Il n’accepte pas la mort de Griselle et compte le faire payer à Martin. Entre le 3 janvier et le 29 janvier 1934, Martin envoie trois lettres dans lesquelles il glisse des informations codées erronées afin d’installer la méfiance dans les services d’espionnage.

Lettre 17, le 12 février 1934

Conscient du jeu dangereux de Max, Martin lui envoie une lettre pleine de compassion en comprenant ses agissements. Pour autant, il le supplie d’arrêter cette mascarade. Il lui explique que les courriers ont bel et bien été interceptés par le service d’espionnage. Il a dû répondre de ses actes auprès des nazis. Il lui précise que sa situation sociale a périclité et qu’il pourrait être arrêté ou abattu du jour au lendemain pour avoir entretenu une amitié avec un Juif. Il clôture sa lettre en expliquant à Max qu’il a peur pour sa vie. Il l’implore, au nom de leur amitié, de cesser ce jeu dangereux.

Lettre 18, le 15 février 1934

Max ne prend pas en considération la lettre de Martin et il continue de mettre des informations codées dans sa lettre. Il ajoute des précisions concernant d’éventuelles opérations.

Lettre 19, le 3 mars 1934

Cette lettre reste dans la continuité du plan de vengeance de Martin. Elle contient de nouvelles informations codées. Elle revient vers Max avec la mention Adressant Unbekannt, Inconnu à cette adresse. Max réussit à se venger de la mort de Griselle en faisant arrêter Martin. Cette dernière lettre marque la fin de cette histoire.

Présentation des personnages

Max Eisenstein

Max est un homme d’origine juif qui a habité autrefois en Allemagne, mais qui, dans l’histoire, réside à San Francisco en Californie. Il est le propriétaire associé de la galerie Schulse-Eisenstein. Ce célibataire de 40 ans vient d’un milieu aisé et jouit d’une très bonne réussite professionnelle. Max est très attaché à sa jeune sœur Griselle ainsi qu’au lien qui l’unit à Martin Schulse, son associé de la galerie d’art. Bien qu’il ne soit pas caractérisé physiquement, on apprend que c’est un homme humaniste et intègre, qui au fil des échanges, se révélera être un homme implacable. En effet, bouleversé à la mort de sa sœur, peu à peu ses sentiments pour Martin se transforment en haine et en méfiance et il n’hésite pas à continuer sa correspondance au péril de la vie de son ami.

Martin Schulse

Martin a résidé pendant une longue période aux Etats-Unis aux côtés de Max avec lequel ils dirigeaient une galerie d’art à San Francisco. Tous deux faisaient du commerce de tableaux en Amérique. Ce père de famille de 40 ans est retourné vivre en Allemagne, à Munich, avec sa femme, Elsa, issue de la bourgeoisie allemande et leurs trois garçons, Heinrich, Karl et Wolfgang. Heureux de son déménagement en Allemagne, il confie à Martin ses espérances quant à la prise de pouvoir par Hitler. Mitigé au début, il finit peu à peu par adopter l’idéologie nazie, et ce, jusqu’à rejeter son ami et partenaire d’affaire, Max. Du fait de sa galerie d’art à San Francisco ainsi que de son commerce de tableaux qu’il continue en Allemagne, Martin monte rapidement les échelons dans cette Allemagne en proie à la misère et à la pauvreté. Cela lui donne l’occasion de devenir fonctionnaire en Allemagne. Martin est dépeint comme une personne influençable qui n’hésite pas à faire passer sa sécurité en premier en dépit de celles des autres.

Griselle Eisenstein

Nous ne connaissons pas vraiment l’âge de Griselle, nous savons simplement qu’elle est plus jeune que Martin et Max. Cette femme d’origine juive est comédienne de théâtre dans une compagnie. Au début du récit, elle vit à Vienne. Progressivement, elle accède à la réussite professionnelle. Fort de son succès dans un des rôles qu’elle joue à Vienne, on lui propose différents rôles dont un au théâtre Koenig à Berlin. Elle a eu une liaison amoureuse avec Martin. Ce dernier et Max s’entendent pour la décrire comme une belle femme, ambitieuse, passionnée et courageuse. N’ayant pas conscience de la relation de son frère et de Martin qui se détériore, elle finit par trouver la mort en cherchant refuge auprès de son ancien amant après avoir fui Berlin. Elle représente le déclic de Max, sa mort entraîne l’arrestation de Martin, piégé par son ancien ami juif.

Analyse de l’œuvre

Une œuvre profondément dramatique

Écrit avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor a connu un immense succès à sa sortie aux Etats-Unis en 1938.
Bien que cette œuvre ne se compose que de 19 lettres, c’est suffisant pour appréhender la souffrance endurée par Max face à l’antisémitisme qui grandit au fil des échanges chez son ami Martin. Ajouté à cela, le meurtre de Giselle que nous fait vivre l’auteur à la première personne suffit à renforcer le caractère dramatique de cette histoire.

Deux points de vue, deux compréhensions

À travers ses deux personnages, Taylor Kressmann a eu à cœur de nous exposer deux points de vue différents dans ce contexte historique.
D’une part, nous avons Martin qui part retourner vivre en Allemagne, et de l’autre nous avons Max, un homme d’origine juive qui vit aux Etats-Unis.
La transformation progressive de Martin tente de faire comprendre au lecteur toute la puissance d’une propagande. Au fur et à mesure que les événements historiques se profilent, Martin, connu pour être libéral, voit ses idées évoluaient au profit de l’antisémitisme naissant. Le profil de Martin est le reflet de l’habitant allemand de l’époque. En parallèle, nous avons Max qui représente la mauvaise compréhension des pays extérieurs face à la progression d’Adolf Hitler au pouvoir. Cette incompréhension est clairement détaillée par Max qui, ne comprenant pas les propos de Martin sur sa religion, pense que ce dernier use d’un subterfuge pour ne pas être impacté par l’antisémitisme qui sévit dans le pays.
Nous avons donc à faire à deux très bons amis qui voient leur relation entachée par deux modes de pensées totalement contradictoires.

La mort de Gisèle, la scission définitive

Bien qu’elle renforce le caractère dramatique de cette histoire, la mort de Gisèle permet également à Max d’ouvrir les yeux. Jusqu’à ce qu’elle meurt, Max continue d’espérer, de croire que Martin puisse revenir à la raison. Il est dans l’incompréhension, dans le noir le plus total. Il reste optimiste, et ce, même lorsqu’il lui annonce que Griselle court un grave danger. Il pense que le simple fait de dire à Martin que Griselle est en danger, suffise pour qu’il puisse vouloir l’aider. Il n’en est rien. Pire encore, Martin refuse d’aider Griselle quand elle vient chez lui. Il la laisse à son triste sort, celui de la mort. Une mort qui devient un déclic pour Max. Son ancien ami est mort lui aussi. Non pas physiquement, mais symboliquement. Le Martin qu’il a connu n’existe plus et le nouveau Martin lui apparaît comme un étranger. Un étranger qui est responsable de la mort de sa sœur. Un étranger avec des propos haineux. Max se met alors à se venger. Dans cette vengeance, ce n’est pas à son ami qu’il s’en prend, mais à cette nouvelle personne qui lui est totalement inconnue. Cela explique pourquoi il continue dans sa lancée, et ce, même lorsque Martin l’implore d’arrêter dans la lettre 17. Il sait que ce n’est pas son ami qui lui parle, simplement cet inconnu qui se sert de leur ancienne relation pour assurer sa sécurité.

Dans cette œuvre littéraire, Taylor Kressmann arrive à plonger le lecteur en seulement 19 lettres dans une scission entre deux très bons amis qui voient leurs relations se dégrader suite à une propagande de masse et une montée progressive de l’antisémitisme.

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