Littérature

Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, un auteur français, est un roman qui a été publié par Actes Sud le 1er août 2004. Il a eu l’honneur de recevoir le prix Goncourt la même année. Par ailleurs, le livre a également reçu le prix Eugène-Dabit du roman populiste et le prix du jury Jean-Giono en 2004. Explorons ensemble l’histoire générationnelle de la famille Scorta

Résumé détaillé chapitre par chapitre de Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

CHAPITRE 1 – LES PIERRES CHAUDES DU DESTIN

Luciano revient à Montepuccio

Deux heures de l’après-midi, Luciano Mascalzone est sur son âne, sous une chaleur intense, en direction du village de Montepuccio. Cela fait quinze ans que l’homme attend ce moment pour pouvoir se venger. Luciano est prêt à frapper n’importe quelle personne qui l’empêcherait de passer, mais il se rappelle que c’est l’heure de la sieste dans le village. Rien n’a changé dans le village. Les rues sont désertes. Toutefois, il croise le père Zampanelli, surnommé Don Giorgo. Il était parti chercher son livre. Il voit Luciano, mais il ne le reconnaît pas. Cela n’est pas étonnant puisque Luciano avait changé. Il avait à présent une quarantaine d’années. Après avoir récupéré son livre, Don Giorno finit par rentrer pour s’endormir.

Luciano retrouve “Filoména”

Luciano arrive à la maison des Biscotti. Il frappe à la porte. Au bout d’un certain temps, une femme, du nom de Filoména, ouvre la porte. Elle est encore plus belle que ce que Luciano avait imaginé. Elle sait qui il est. Elle le regarde sans haine ni amour et le laisse entrer. Luciano sait qu’il se dirige tout droit vers la mort.
Luciano et Filoména couchent ensemble.

Flashback

Flashback sur la vie de Luciano. Celui-ci était un bandit et il aimait passer du temps dans le village de Montepuccio. C’est là qu’il vit Filoména Biscotti, une jeune femme issue d’une famille modeste. Il était obsédé par elle. Conscient qu’il ne pourrait jamais jouir d’un avenir avec elle, il lui prend le désir de la posséder pour une nuit. Il n’eut pas le temps de mettre son plan à exécution puisqu’il fut arrêté et condamné pour quinze années de prison. Pendant qu’il était en prison, il repense à sa vie et s’aperçut qu’il n’avait rien fait d’extraordinaire. Le désir de posséder Filoména augmenta de jour en jour. Il voulait exécuter son plan quitte à en mourir.

Le coup du sort

Luciano sort de chez Filoména après avoir dormi à ses côtés. Il monte sur son âne et se dirige vers la sortie du village. Les villageois le reconnaissent. Ils le provoquent verbalement. Luciano continue son chemin escorté par un cortège de plus en plus grand. À la sortie du village, il est bloqué par un groupe d’hommes. On lui lance des pierres. Luciano ne bouge pas. Don Giorgio vient défendre Luciano. Les villageois arrêtent de jeter des pierres. Luciano apprend qu’il a couché avec Immacolata, étant donné que Filoména était morte d’une embolie pulmonaire peu de temps après son arrestation.
Immacolata s’était désintéressée de la vie. En grandissant, elle ressemblait à sa sœur aînée. Elle avait souvent repensé à Luciano. Cela lui procurait un frisson de plaisir. Luciano se moque que le sort s’est joué de lui. Il a fait ce qu’il a voulu faire. Peu importe qu’il s’agisse de Filoména ou de sa sœur. Luciano trouve la mort.
Immacolata tombe enceinte perpétuant la lignée des Mascalzone.

Les révélations de Carmela

Le texte évoque une femme âgée qui marche dans un vent fort en compagnie d’un homme plus jeune. Elle se sent fatiguée et s’appuie sur lui pour ne pas chanceler. L’homme est vigoureux et se sent en sécurité avec lui. Elle mentionne également qu’elle est une Scorta, une personne qui ne parle pas beaucoup et qui est considérée comme “taciturne” par les gens de son village. La femme en question demande à un personnage nommé Salvatore de l’accompagner dans un lieu spécifique de nuit, et il est suggéré que Salvatore est intrigué par les raisons pour lesquelles cette personne (appelée Carmela) veut lui parler.
Elle a apporté un cadeau, une petite planche de bois avec un billet de bateau et un médaillon gravé pour un homme nommé Korni qui a été important dans sa vie. Elle veut que Don Salvatore le garde dans l’église et le donne à sa petite-fille, Anna, plus tard. Elle a également apporté des cigarettes pour fumer avec Don Salvatore et se sentir proche de ses morts. Elle a peur de parler, mais va tout raconter.

Chapitre 2 – LA MALÉDICTION DE ROCCO

Rocco

Immacolata donna naissance à son fils, Rocco, et trouva la mort. Les habitants du village demandèrent à Don Giorgio s’il comptait tuer l’enfant étant donné qu’il était le fils d’un vaurien. Don Giorgio s’énerva contre eux, les considérant pas plus humains que des animaux. Il mit Rocco sous sa protection et l’emmena dans le village voisin et ennemi, San Giocondo. Durant le mois qui suivit, Don Giorgio refusa d’assurer les offices. Il ne reprit du service qu’au Dimanche des morts.
Rocco devint un jeune homme du nom de Rocco Scorta Mascalzone. Cet homme était un brigand violent et sanguinaire qui s’en prenait aux paysans et aux bourgeois. On avait tenté de l’arrêter en vain. Après s’être enrichi, Rocco se présenta à Don Giorgio pour qu’il puisse le marier à une femme dont il ne connaissait pas le prénom.

La volonté de Don Giorgio

À la fin de la cérémonie, Don Giorgio demanda un entretien avec Rocco. Il lui fit part de son mode de vie. Rocco se fit passer pour fou étant donné qu’il était né d’un mort et d’une vieille. Son argent était ce qui lui permettait d’être respecté. Don Giorgio lui fit comprendre qu’en lui ayant laissé la vie sauve, c’était comme s’il était lui-même responsable de tout ce qui était arrivé. Rocco ne voulut plus rien entendre et décida de s’en aller.
Rocco laissa Montepuccio tranquille et étendit son influence plus loin dans les terres. On racontait que sa femme était muette. Elle lui donna trois enfants : Domenico, Giuseppe et Carmela. Les enfants passaient leur temps dans le village. Seul Raffaele, surnommé Faelucc’, jouait avec eux. Ses parents l’apprirent et le ruèrent de coups tous les soirs, jusqu’à ce qu’ils soient lassés. Ils décidèrent de faire une croix sur leur enfant le qualifiant de “vaurien”.

Le retour de Rocco

En février 1928, Rocco revint au village. Il ne montrait plus aucune animosité envers le village.
Un soir, Rocco se présenta à Don Giorgio pour se confesser. Il raconta tous ses crimes sans omettre un seul détail. Don Giorgio lui fit comprendre qu’il n’avait pas le pouvoir de le faire absoudre. Il devait s’en remettre à la colère de Dieu. Rocco décida de léguer toute sa fortune à l’Église pour qu’elle puisse redistribuer l’argent à tous les villageois. Il expliqua au prêtre qu’il ne voulait pas donner l’argent à ses enfants, jugeant que ce n’était pas un cadeau de leur léguer des biens volés. Rocco ne demanda qu’une seule chose à Don Giorno, que ses enfants puissent être enterrés comme des princes. Il savait qu’en les dépossédant de tout leur argent, ils vivraient comme des “vauriens” et il voulait absolument qu’ils puissent obtenir une mort digne.

La mort de Rocco

Quand Don Giorgio accepta, Rocco retourna chez lui et, après avoir eu un geste tendre à sa jeune fille, Carmela, il s’alita. La rumeur de l’agonie de Rocco se répandit dans tout le village. Des villageois décidèrent d’aller voir ça de leurs propres yeux. Dans un dernier effort, Rocco se releva et inspira une nouvelle fois la terreur en répétant tous les méfaits qu’il avait faits avant de retomber sur son lit et d’épouser la mort.
Le lendemain, Rocco fut enterré et Don Giorgio apprit aux villageois l’intention de Rocco de léguer toute sa fortune à l’Église. La muette semblait indifférente. Dans son cercueil, Rocco semblait sourire. Il avait réussi à faire ce qu’il voulait faire de son vivant : mettre le village à sa merci. Il offrait l’opportunité à ses enfants d’être de “bon chrétien”. Devant la tombe de leur père, les enfants, accompagnés de Raffaele qui tenait la main de Carmela, ne pleuraient pas. Ils avaient la haine. Ils l’avaient bien compris, ils étaient pauvres.

Les propos de Carmela

Carmela emmène Don Salvatore, sur un vieux terrain abandonné. Là, ils s’assoient sur un vieux banc en bois qui était autrefois un confessionnal dans l’église locale, mais qui a été remplacé et laissé dehors pour se détériorer. Elle explique qu’elle vient souvent s’asseoir sur le banc et réfléchit à sa relation avec son père décédé, Rocco, qui était une figure redoutée et puissante du village. Elle se souvient d’un moment précis où Rocco s’est éteint en disant “Réjouis-toi, je suis en train de mourir”, ce qui l’a laissé dans un état de confusion et de conflit quant à ses sentiments envers lui. Ils réfléchissent à la difficulté de choisir entre la haine et l’affection envers lui et décident finalement qu’il leur a fait les deux.

Chapitre 3 – LE RETOUR DES MISÉREUX

Retour à Montepuccio

Un an après leur départ, les enfants retournèrent à Montepuccio. Un caillou dans la chaussure de Giuseppe les obligea à s’arrêter. Ils avaient peur de revenir au village. Ils pensaient qu’ils pourraient avoir droit aux lampions pour leur retour, sans grande conviction. Domenico, surnommé “Mimi va fan’culo” faisait plus vieux que son âge (18 ans). Il avait le visage épais et sans beauté. Giuseppe avait seize ans, on le surnommait “Pepe pancia piena” car il aimait manger. Il avait le visage rond. Carmela était la plus jeune de la fratrie. C’était l’enfant mature. Elle avait le sens des responsabilités et veillait sur tout ce qu’ils avaient : âne, théière, assiettes en porcelaine, chaise tressée, batterie de casseroles en cuivre, couvertures.

Les retrouvailles

Ils arrivent à Montepuccio de nuit. Le village dort et ils constatent que la mercerie de Luigi Zacalonia a été saccagée. Ils retrouvent Raffaele qui s’insulte. Il avait voulu les attendre, mais il a fini par s’endormir. Ils sont heureux de se retrouver. Raffaele est subjugué par la beauté de Carmela. Il les amène chez lui où il leur a préparé un repas copieux (pain, plat d’orecchiette fait maison baignant dans de la sauce tomate.
Raffaele leur apprit que leur mère, La muette, avait trouvé la mort. Elle n’avait pas pu être enterrée dignement étant donné que Don Giorgio était mort avant elle. Elle avait donc été jetée dans la fosse commune par le nouveau curé du village, Don Carlos Bozzoni.

La trahison du nouveau curé

Le lendemain, ils retrouvèrent le nouveau curé pour lui rappeler du pacte signé entre leur père, Rocco, et Don Giorgio expliquant que les Scorta devaient être enterrés dignement. Le nouveau curé jugea ce pacte de “démence”. Il disparut dans son église. Les enfants décidèrent d’attendre la nuit pour déterrer leur mère afin de l’enterrer dignement. En faisant tout cela avec eux, Raffaele devint un Scorta lui aussi. Il était heureux de cette nouvelle famille et se jura de se montrer digne.

Le voyage à New York

LES PLAN DE DON GIORGIO

Après l’enterrement de leur père, Don Giorgio convoqua Carmela et sa famille pour leur exposer ses plans pour leur avenir. Il avait trouvé une petite maison où leur mère pourrait vivre, mais ils durent trouver une autre solution, car la vie à Montepuccio ne leur offrait rien. Don Giorgio proposa alors de se débrouiller pour obtenir des billets de bateau pour New York, où la vie serait meilleure. Carmela et sa famille acceptèrent immédiatement l’offre.
Carmela raconte son voyage de Montepuccio à Naples en compagnie de Don Giorgio qui les accompagna jusqu’au port. Naples était une ville bruyante, sale et chaude. Les rues de Spaccanapoli étaient bondées d’enfants mal nourris. Ils embarquèrent sur un paquebot pour emmener les immigrés vers d’autres destinations. Ils se tenaient par la main pour ne pas se perdre. La première nuit fut difficile, ils pleurèrent en quittant l’Italie et regardèrent vers l’Amérique en espérant que tout serait différent là-bas. Pendant la traversée, ils restèrent accrochés au bastingage en rêvant de ce que pourrait être leur nouveau pays d’accueil. Les jours furent longs, mais ils les passèrent avec bonheur, car ils avaient l’espoir d’un avenir meilleur.

L’ARRIVÉE À NEW YORK

Carmela raconta son arrivée en Amérique, via la baie de New York et l’île d’Ellis Island. Ils étaient remplis de joie et d’excitation en arrivant à leur destination, admirant les vues sur Manhattan et se sentant à leur place parmi les autres étrangers. Ils se rendirent compte que le monde était plus vaste qu’ils ne le pensaient, et que leur vie à Montepuccio (ville d’origine) leur semblait lointaine et déplaisante comparée à leur nouvelle vie en Amérique, où ils n’avaient plus peur de quoi que ce soit.
Lorsqu’ils arrivèrent à New York, ils firent des démarches et passèrent devant des médecins pour s’assurer qu’ils étaient en bonne santé. Carmela fut refusée étant donné qu’elle avait contracté une maladie durant la traversée. Honteuse, elle se demandait pourquoi elle ne pouvait pas continuer. Domenico prit la décision de retourner dans leur village. New York ne voulait pas d’eux, ils n’avaient qu’à aller se faire foutre. C’était eux, tous ensemble, ou rien.

Chapitre 4 – LE TABAC DES TACITURNES

La vengeance des villageois

L’exhumation et ce second enterrement provoquèrent un séisme dans le village. Don Carlo avait peur d’être pointé du doigt. Il était en colère. Il alla récupérer la croix sur la tombe, il la cassa, mais une autre réapparaissait à chaque fois. Il se battait contre tout le village. Les villageois lui demandèrent de revenir sur sa décision, mais il avait trop de mépris pour les gens de ce village.
Les villageois décidèrent de ne plus mettre les pieds dans l’église tant que le père Bozzoni officiait encore. Ce nouveau curé ne respectait pas les coutumes de leur village et il fut pris en grippe pour ça. D’ordinaire, les Scorta n’étaient que des fils de brigands, mais dès lors qu’on s’en prenait à eux, tout le village était avec eux. De plus, le fait qu’ils soient allés à New York “leur conférait quelque chose de sacré”.

La mort de Don Carlo

Les villageois abandonnèrent l’église. Don Carlo fut surnommé “le Milanais”. Montepuccio revint aux pratiques païennes jusqu’à ce que Don Carlo fût retrouvé mort sur les collines, nu avec la langue pendante. Tout le monde se demandait comment il était mort.
En apprenant la nouvelle de sa mort, Raffaele comprit qu’il s’était perdu avec lui. En effet, il avait eu une altercation avec Don Carlo dans laquelle il l’avait trouvé indigne de porter le vêtement de Dieu. Il avait arraché ses vêtements et le prêtre était parti sur les collines en pleurant comme un enfant. C’était comme ça qu’il était mort. Raffaele avait beau se dire qu’il n’était pas responsable. Il se sentait coupable.
Le corps de Don Carlo fut ramené au village recouvert d’un drap. Il resta là un long moment avant que les villageois ne se mirent à décider de l’enterrer. Des villageois furent tirés au sort et ils l’enterrèrent comme un mécréant à l’extérieur de l’enceinte afin que son corps décomposé ne puisse pas empester le village.

Le bureau de tabac

Aucun homme d’église ne vint reprendre la place et les villageois continuèrent leur vie. Les Scorta vivaient chez Raffaele. Ce dernier était pêcheur, Domenico et Giuseppe travaillaient aux champs tandis que Carmela cuisinait et brodait.
Ils ne touchèrent pas à “l’argent de New York” qu’ils voulaient utiliser pour acheter une maison. Toutefois, un jour, Carmela leur expliqua qu’il devait acheter autre chose qu’une maison avec cet argent. Elle leur demanda de l’amener au village dès le lendemain afin de trouver une solution. Carmela se rendit compte que le village manquait d’un bureau de tabac. Ils décidèrent d’acheter un local. Toutefois, ils se heurtèrent à un premier obstacle : il n’avait plus d’argent pour se payer la licence. Raffaele leur proposa de leur passer l’argent qu’il avait s’ils ne le questionnaient pas dessus. Ils acquiescèrent et travaillèrent pour obtenir la licence. Le premier bureau de tabac du village était né “Tabaccheria Scorta Mascalzone Rivendita n° 1.”

Le retour d’Amérique

Ils attendirent un bateau pour le retour. Ils y passèrent neuf jours à contempler le pays qui leur était interdit. Carmela se rappela du moment où son père lui avait passé la main dans les cheveux, et elle se sentait comme si c’était à nouveau la main de son père qui la touchait. Ils montèrent finalement sur un bateau de retour qui était silencieux et triste, rempli de malades et de personnes pauvres. L’interprète leur avait dit que le voyage serait gratuit, et personne n’aurait pu payer un billet de retour. Le navire des refusés traversa l’Atlantique et déposa les passagers dans différents ports en Europe.
Carmela s’impliqua dans l’aide aux autres sur le navire et dans la gestion de la distribution des biens de ceux qui mouraient. Elle et ses frères s’efforcèrent d’améliorer les conditions des passagers et de trouver des moyens de gagner de l’argent. Ils s’occupèrent également de la distribution des biens des défunts, en essayant d’être justes et équitables. Ils devaient souvent négocier pendant des heures pour décider de la répartition des biens des défunts.

Chapitre 5 – LE BANQUET

Plus de dettes

Carmela prit de l’argent dans la caisse et alla donner l’argent à Don Cardella, le nouveau curé. C’était elle qui s’occupait de la finance et pour s’assurer que leur tabac puisse fonctionner, elle avait contracté de nombreuses dettes sans en avertir ses frères. Don Cardella s’était proposé de racheter les dettes qu’ils avaient et Carmela venait tout juste de le rembourser. Le tabac était enfin à eux.
Elle savait que dimanche, elle retrouverait tout le monde. Raffaele les avait tous conviés à se réunir “au lieu-dit Sanacore sans en expliquer la raison. En arrivant chez elle pour rejoindre son mari et ses deux fils, elle remercia l’âne, celui qu’ils avaient quand ils sont retournés au village. Celui-ci était infatigable et ils leur permettaient de transporter le tabac de San Giocondo jusqu’à Montepuccio.

De nouvelles vies

Carmela s’était marié à Antonio Manuzio, le fils d’un avocat du village propriétaire d’un vaste terrain d’oliviers. Son mari s’était coupé de sa famille en choisissant Carmela. En effet, Don Manuzio était de ceux qui avaient subi les pillages de Rocco Scorta Mascalzone. Son mari lui proposa de se diversifier et de ne pas vendre que des cigarettes.
En juin 1934, Domenico avait épousé Maria Faratella, issue d’une famille aisée de commerçant, un mariage sans passion qui lui permit de jouir d’un certain confort. La famille de sa femme possédait un bar et Domenico partageait ses journées entre le bar et le tabac. Rafaelle et Giuseppe avaient épousé des filles de pêcheurs et ils s’étaient mis à la pêche.

Antonio proposa à sa femme de devenir maire. Conscient qu’il ne jouissait pas d’une bonne réputation au sein du village, il avait l’ambition de faire ses preuves et de gagner le respect du village en écrasant “les rouges” en Espagne. Malgré le refus catégorique de sa femme, Antonio était déterminé à se rendre en Espagne.

Le “trabucco Scorta”

Le lendemain, Carmela s’occupa des préparatifs pour aller au lieu de rendez-vous fixé par Raffaele. Ils arrivèrent à un endroit où ils découvrirent un panneau indiquant :”Trabucco Scorta”.
La famille de la femme de Raffaele possédait un trabucco, une plateforme de pêche en bois accrochée à la falaise, qui surplombait les vagues. Les trabucchi sont parsemés sur la côte des Pouilles. Les plateformes sont en bois et ont l’air de grands squelettes de bois. Les hommes les ont abandonnés et ils ne sont plus que d’étranges vigies qui fixent les flots en craquant sous le vent. Raffaele avait entrepris de restaurer le trabucco en secret pour surprendre sa famille. Il a travaillé avec acharnement et a décoré la plateforme avec goût et coquetterie. Au centre de la plateforme, il y avait une grande table avec une belle nappe blanche brodée à la main. Il y avait des odeurs de poissons et de laurier grillés. Raffaele leur proposa de s’asseoir.

La promesse des Scorta

Ses autres frères arrivèrent avec leur famille. Domenico avec sa femme et leurs deux filles, Lucrezia et Nicoletta, ainsi que Giuseppe et sa femme, Mattea, avec leur fils, Vittorio. Ils profitèrent d’un repas copieux que Rafaelle et Giuseppa avaient fait en leur honneur. En apportant les cafés, Raffaele leur expliqua qu’au village, on les appelait “les taciturnes” parce qu’ils étaient les enfants de La Muette. Rafaelle leur fit promettre qu’il devait garder le silence pour les villageois et non pour eux. Ainsi, il leur demande une faveur, celle de raconter une chose à leurs enfants, un souvenir, un savoir. Ainsi, il fut convenu qu’avant leur mort, ils devraient tous raconter quelque chose à leurs nièces et leurs neveux.
C’était le bon temps avant qu’Antonio ne parte pour l’Espagne et qu’il y meurt. Avant que les trois frères de Carmela délaissent le tabac au profit de Carmela afin que ses enfants, Elia et Donato, ne connaissent pas la misère.

Le mensonge de New-York

Lors de leur retour à Montepuccio, Carmela a fait jurer à ses frères de ne pas parler de leur échec à New-York. Raffaele fut au courant de cet échec le soir où ils ont enterré La Muette. Tous les villageois pensaient qu’ils avaient fait de l’argent à New-York avant de revenir retrouver leur mère, sans savoir qu’elle était morte. Carmela explique que même ses enfants n’étaient pas au courant de leur échec. Carmela raconte qu’elle a raconté à ses fils l’histoire de New York grâce aux lettres d’un vieux Korni. Giuseppe et Domenico ont fait de même. Elle apporte un ex-voto à un prêtre nommé don Salvatore pour qu’il l’accroche dans l’église de Montepuccio et que des cierges soient allumés pour le vieux Korni. Elle explique que ce mensonge n’en est pas vraiment un, et elle demande à ce que cette histoire soit maintenue jusqu’à ce qu’Anna ait l’âge de recevoir l’ex-voto et de poser des questions. L’objectif est de faire briller les yeux des Scorta de l’éclat de New York.

Chapitre 6 – LES MANGEURS DE SOLEIL

Le voleur de médailles

Août 1946, un homme arriva à dos d’âne dans le village de Montepuccio. Il s’agissait de Don Salvatore, le nouveau curé que l’on surnomma “le Calabrais”. Lors de sa première messe, il annonça des catastrophes sur le village si les villageois ne se mettaient pas à prier pour leur miséricorde. Le village adopta le nouveau curé.
Lors de la fête patronale de Sant’Elia, Don Salvatore annonça que les médailles de San Michele avaient été volées. Les villageois enquêtèrent et Don Salvatore voulut tout annuler prétextant que le village était plein de criminels.
Carmela comprit que le responsable était son fils, Elia, qui avait voulu faire une blague. Domenico lui administra une correction avant de s’emparer des médailles pour les redonner à Don Salvatore. Il lui expliqua ce qu’il s’était passé. Les villageois ne mirent pas longtemps à comprendre qui était le responsable. Domenico, ne voulant pas qu’on s’en prenne à son neveu, l’avait extirpé pour l’emmener dans une maison en pierre de sa propriété où il l’avait enfermé.

L’exil d’Elia

Le soir même, Domenico porta l’idole en expliquant que s’il voyait son neveu, il le tuerait, dissimulant ainsi le fait qu’il avait caché son neveu. Durant les jours qui suivirent, Elia fut traqué par les villageois qui réclamaient justice. Domenico profitait de la nuit pour ravitailler son neveu. Quand la colère se dissipa, Domenico envoya son neveu chez un ami vivant à San Giocondo afin qu’il puisse revenir dans un an.
Avant de partir, Domenico expliqua à son neveu qu’il avait une dette envers sa famille en lui faisant comprendre que tout seul, il n’est rien. Donato fut attristé de l’exil de son frère. Un jour, Donato demanda à sa mère s’il pouvait rejoindre Elia s’il se mettait à voler les médailles. Attristée, Carmela demanda à son oncle Giuseppe de s’occuper de son fils. Giuseppe décida d’emmener son neveu réaliser son premier voyage en tant que contrebandier. En effet, les Scorta faisaient de la contrebande depuis la guerre. Donato apprécia cette virée nocturne avec son oncle prétextant qu’il voulait faire ça lui aussi.
Durant son année d’exil, Domenico fut le seul à voir son neveu. Un jour, Domenico tendit une enveloppe pleine d’argent à son neveu lui expliquant que, s’il le voulait, il pouvait partir là où il le souhaitait. Elia lui fit comprendre qu’il voulait rester ici et être aux côtés de son oncle. Domenico était heureux que son neveu décide de rester, mais il regrettait qu’aucun Scorta n’ait pu quitter cette terre. Lorsqu’ils revinrent au village, Carmela était heureuse de retrouver son fils après un an d’absence. Le village ne se soucia pas d’Elia. Il semblait lui avoir pardonné. Donata fut heureux de retrouver son frère.

La mort des deux frères

La vie reprit son cours. Elia aidait sa mère au tabac tandis que Donato suivait son oncle lorsqu’il prenait la mer de nuit. Elia rendait souvent visite à son oncle, Domenico, qui venait de moins en moins au village. Il profitait de son jardin d’olivier. Il ne venait au village que les soirs d’été, sous les coups de sept heures, où il retrouvait Raffaele et Giuseppe au café Da Pizzone pour boire et jouer aux cartes. Un soir, Domenico ne se présenta pas et ils le retrouvèrent mort sur sa chaise.
En discutant avec Raffaele, Giuseppe lui confia que même s’il avait connu de nombreux bonheurs, le moment où il fut le plus heureux fut le banquet au trabucco Scorta. Giuseppe mourut l’année suivante à cause d’une mauvaise chute dans les escaliers. L’ambulance était en train de l’emmener jusqu’à l’hôpital le plus proche, mais, se sachant proche de la mort, il demanda aux ambulanciers de le ramener au village pour y mourir.
Raffaele avait mal et se sentait seul. Un jour, il emmena son neveu, Elia, à la tombe de ses deux oncles. Il lui expliqua qu’ils n’avaient jamais étaient aussi heureux que lors de ces moments où, sans un sou en poche, ils avaient travaillé à la sueur de leur front pour obtenir ce qu’ils avaient. Elia remarqua que son oncle pleurait.

La confidence de Carmela

Carmela, raconte à Don Salvatore qu’elle avait une dette envers ses frères qu’elle s’était juré de rembourser toute sa vie. Elle avait voulu leur donner tout ce qu’elle avait accumulé. Cependant, lorsqu’elle a eu des enfants, elle est devenue une louve qui ne pensait qu’à ses enfants et se battait pour eux, oubliant sa dette envers ses frères. Elle réalise qu’elle a ruiné ses frères en les empêchant d’avoir la vie qu’ils rêvaient, notamment en les obligeant à quitter l’Amérique où ils auraient pu faire fortune.

Chapitre 7 – Tarentelles

La demande en mariage

Carmela finit par abandonner le tabac. Elia et Donato continuèrent à faire tourner la boutique. Donato continua son activité de contrebandier. Elia en avait marre de vendre des cigarettes. Son frère comprit qu’il ne se sentait pas bien et lui demanda ce qu’il avait, mais Elia, stupéfait que son frère ait pu voir qu’il n’allait pas bien, lui cacha sa tristesse. En réalité, Elia était amoureux de la fille du médecin du village, Maria Carminella, qui possédait le grand hôtel Tramontane. Elia se demandait ce qu’il pouvait bien lui offrir et décida de faire une croix sur Maria jusqu’à ce jour où il prit son courage à deux mains.
Il alla voir Gaetano et lui fit part de son intention de vouloir épouser sa fille en expliquant qu’il était fou. Gaetano ne prit pas ses paroles pour des menaces, il savait à quel point les femmes pouvaient rendre fou. Il lui annonça qu’il allait considérer sa demande. En entendant Gaetano parler à sa famille de la demande d’Elia, Maria courut après Elia. Elle lui demanda pourquoi il n’était pas venu la voir d’abord avant de demander sa main à son père. Puis, elle lui fit comprendre qu’elle était bien trop chère pour lui avant de repartir. Elia se sentait mal, mais il savait que Maria Carminella serait pour lui une réelle obsession.

La souffrance d’Elia

Elia vint trouver Don Salvatore pour lui demander des conseils. Celui-ci lui fit comprendre qu’il était jeune et que c’était à lui de mener sa barque. S’il voulait tout quitter, il n’avait qu’à revendre le tabac et à suivre sa propre route. Elia n’évoqua pas l’amour, pire, l’obsession qu’il avait pour Maria. Seul au café, il eut l’idée de retrouver Maria. Il l’a suivi et lorsqu’elle fut seule, il alla la voir. Cette dernière le rejeta une nouvelle fois, lui faisant comprendre qu’elle était bien trop chère pour lui et que ce n’était pas une femme qu’on achetait comme du bétail. Elia lui attrapa le bras, il pensa à la violer ici même, mais il finit par la relâcher et Maria s’en alla.
Elia alla retrouver Don Salvatore lui expliqua que chez lui, en Calabre, lorsqu’ils sont rongés par l’amour, il danse la tarentelle. Il lui donna l’adresse d’une femme qui habitait dans le village. Et lui précisa qu’il devenait se présenter chez elle à minuit.

L’incendie du tabac

Elia se rendit à l’adresse et tomba sur une vieille femme qu’il n’avait jamais vu dans le village. Il ne comprit pas son langage lorsqu’elle s’adresse à lui. Il prononça le mort “Tarentelle” et la vieille femme le fit entrer chez elle. Il se servit à boire et ne reconnut pas le goût. Il but plusieurs verres. La vieille femme arriva avec un vieillard aveugle et ils se mirent à chanter et à danser et entraînèrent Elia avec eux.
Elia alla dehors et décida d’aller au bureau de tabac. Il y déclencha le feu. La destruction des Mascalzone était présente en lui. Les habitants cherchèrent à éteindre l’incendie en vain. En voyant Carmela sur le trottoir, les villageois comprirent que l’héritage des Scorta partait en fumée. Maria Carminella constata que le bureau de tabac n’existait plus. Comprenant qu’Elia n’avait plus rien à lui offrir, elle lui expliqua qu’elle était désormais à lui s’il le voulait encore.

Le Renouveau

Le lendemain, Elia lui annonça qu’il n’avait pas dormi à cause de ce que pourrait bien dire les gens quand ils se seront mariés. Maria lui fit comprendre que tout cela lui était égal. Il lui fit comprendre que les Scorta étaient faits “pour la sueur”. Maria accepta cela et ils se marièrent quelques semaines plus tard. Les invités furent conviés au “trabucco” où Michele, le fils de Raffaele, avait dressé une grande table. Ce fut un grand moment de bonheur.
Durant les mois qui suivirent, Elia et Maria rebatirent le tabac. Les villageois, à la demande de Don Salvatore, aidèrent le jeune couple en venant acheter leur cigarette dans l’établissement, et ce, même s’ils n’avaient pas leur marque de cigarette. Au bout d’un moment, Elia reçut sa nouvelle enseigne : “Tabaccheria Scorta Mascalzone Rivendita n° 1” Même si elle ressemblait à celle de sa mère et de ses oncles, Elia savait qu’elle était différente. À présent, il était fier de travailler à la sueur de son front.

L’amour de Raffaele

Carmela Scorta, qui a perdu son commerce de tabac dans un incendie et qui a perdu un de ses fils, Donato, se demande quel sens a sa vie. Elle décrit qu’elle est une personne forte qui a tenu bon malgré les épreuves, et ce, grâce à son fils Elia qui a reconstruit son commerce, mais elle a commencé à se taire après l’enterrement de son frère, Giuseppe. Elle mentionne qu’il y a une raison supplémentaire pour laquelle elle se tait, qu’elle n’a jamais racontée.

Carmela évoque la discussion qu’elle a eue avec Raffaele lorsqu’ils se sont réunis quelques jours après l’enterrement de Giuseppe. Raffaele a expliqué à Carmela de son nom, les Scorta, et de sa fierté à l’avoir accepté. Il lui confia également qu’il se maudissait parfois la nuit, car en devenant le frère de Carmela, il ne pouvait pas être autre chose pour elle. Il lui avoua qu’il l’avait toujours aimé, mais qu’il s’était juré de se comporter comme un frère. Carmela fut bouleversée par ces révélations et resta silencieuse, ne sachant quoi répondre. Raffaele finit par se lever et ils se quittèrent sans un mot.

Chapitre 8 – LA PLONGÉE DU SOLEIL

Les révélation de Raffaele

À l’approche de sa mort, Raffaele convoqua Donato. Il lui révéla qu’il avait tué Don Carlo quand il était plus jeune et il lui confia qu’il n’eut jamais le cran de demander la main de sa mère (Carmela). Il lui expliqua qu’il lui disait tout ça parce qu’il sentait la mort approcher. Effectivement, Raffaele trouva la mort quelques jours après.
Donato se rendit compte que sa famille n’avait pas eu la vie qu’elle voulait. Son oncle n’avait jamais eu le cran de demander la main de sa mère. Il se demandait quel lourd secret sa famille pouvait bien cacher. Il décida de chasser sa mélancolie dans ses voyages en tant que contrebandier. Il se sentait dans son élément.

Alba

Un jour, il dut amener une femme et son enfant jusqu’aux côtes italiennes. C’était la première fois qu’il faisait ça. Matteo lui tendit une enveloppe qui contenait encore plus de billets que d’habitude. Il demanda le nom de la femme qui se présenta sous le nom d’”Alba”. Pendant un instant, il voulut rester avec eux pour toujours. En revenant, Matteo lui apprit qu’il s’agissait de clandestins albanais. Donato ouvrit l’enveloppe et constata qu’il y avait deux millions de lires (1 033 euros). Il essaya de calculer la part des autres personnes et se rendit compte que la femme avait dû payer près de huit millions de lires (4 132 euros). Il s’en voulut d’avoir participé à ça et se dit qu’il ne valait pas mieux que Rocco.

La transformation de Donato

Cette aventure transforma Donato qui s’absenta de plus en plus, en effectuant des voyages de plus en plus longs. Il continuait de voir son cousin Michele puisqu’ils dormaient tous les deux au trabucco. Michele eut un fils, Emilio Scorta. Lorsque celui-ci eut huit ans, il le prit dans sa barque comme lorsque Giuseppe l’avait fait avec lui. Il lui raconta l’histoire qu’il avait vécue avec Alba et à quel point il se sentait honteux. Puis il congédia l’enfant. Donato ne revint jamais sur la terre ferme. Il passa son temps à faire le transport pour des clandestins et il finit par mourir en se laissant couler.

La demande de Carmela

Carmela sait qu’elle va perdre la tête à cause de la sénilité. Elle explique comment elle a vu une voisine sombrer dans la maladie et comment cela l’effraie. Elle sait qu’elle va perdre tous ses souvenirs et que sa mémoire va s’effacer progressivement. Elle pense que c’est une façon de disparaître qui lui convient. Elle ne sera pas triste de quitter les siens, car ils lui seront devenus étrangers. Elle demande à Don Salvatore de raconter à sa petite-fille certaines choses après sa mort.

Chapitre 9 – TREMBLEMENT DE TERRE

L’été 1980 arriva et la vie dans le village devint folle. Carmela observait les touristes. C’était maintenant une vieille femme. Elle était devenue sénile comme elle l’avait annoncé à Don Salvatore. Soudain, la quiétude des vacanciers fut troublée par un tremblement de terre. Tout le monde se rua dehors. Carmela décida de se rendre au cimetière. En sortant dehors après le tremblement de terre, Elia essaya de chercher sa mère en vain. Tout le monde lui recommandait de s’accroupir en attendant la réplique, mais il n’écouta pas. Une personne lui indiqua qu’il avait vu sa mère en direction du cimetière. La réplique arriva au moment où Elia était en train de courir pour aller chercher sa mère. Il fut projeté contre le bitume. Après la réplique, il se releva et constata qu’il s’était ouvert l’arcade sourcilière. Il ne prit pas la peine de s’essuyer et courut vers le cimetière. Celui-ci avait été ravagé par le séisme. Il savait que c’était inutile qu’il appelle sa mère, le tremblement de terre l’avait emportée.

Carmela s’adresse à Anna qui l’a connu à un moment où elle était sénile. Elle lui explique toutes les fois où elle s’est sentie renaître : les caresses dans les cheveux de son père (Rocco), sur le pont du bateau qui les ramena en Italie, du regard de ses frères sur elle, de la honte qu’elle a eu lorsqu’elle a été mise à l’écart à Ellis Island. Elle annonce à Anna son plus grand regret, celui de n’avoir jamais osé être à Raffaele puis elle s’engouffre dans la terre.

Chapitre 10 – LA PROCESSION DE SANTELIA

Les souvenirs

Le temps a passé, Elia est devenu vieux. Il se rendit compte qu’il faisait exactement la même chose que ses oncles et sa mère avant lui. Il restait sur sa chaise de paille à regarder son quartier. Sa fille, Anna, avait aujourd’hui vingt ans. Il se mit à faire un bilan de sa vie en se demandant s’il avait été heureux lui qui avait vu sa mère, ses oncles et son frère embrasser la mort. Il se rendit compte qu’il avait mené une belle vie auprès de sa femme, Maria, et de sa fille Anna. Il avait travaillé comme lui avait suggéré Faelucc’ en profitant de la sueur.
Elia fut extirpé de ses songes par la mère du petit Giuseppe qui appelait son fils. Il se leva, car il avait tellement de choses à faire pour la Sant’Elia. Il constata à quel point le village ne ressemblait plus à ce qu’il était lorsqu’il était enfant. Il repensa au vieil âne Muratti, l’âne fumeur, qu’il avait tant apprécié. Celui-ci était mort d’un cancer au poumon. Il se sentit vieux, car il savait qu’il ne pouvait plus partager tout ce qu’il avait connu autrefois. Il aurait pu en parler à son frère, mais celui-ci avait disparu, le laissant tout seul.

Visite au cimetière

Elia se rendit au cimetière et constata que tous ceux qu’il avait connus étaient ici. Il comprit pourquoi les jeunes avaient dit qu’il était vieux. Il s’assit sur un banc afin d’avoir une vue d’ensemble de tous les caveaux de la famille Scorta. Il savait que ce qu’il était, était le fruit de ses oncles qui, lorsqu’il était enfant, avait su lui donner de nombreux conseils. Il se mit à songer à la mort comme un passage qu’il pourrait facilement emprunter étant donné que tous ceux qu’ils connaissaient bien avaient sauté le pas. Soudain, il se mit à voir ses oncles jouaient aux cartes autour d’une table. Carmela observait la partie.
Vaincu par le soleil et sa chaleur écrasante, Elia décida de partir pour aller parler à Don Salvatore, d’homme à homme. Ce dernier vivait toujours au village, mais il avait été remplacé par Don Lino, un curé moderne, qui avait su toucher les gens en comprenant les problèmes d’aujourd’hui. Les vieux regrettaient la rudesse et l’honnêteté de Don Salvatore. Elia discuta avec le curé comprenant qu’ils devaient tirer leur révérence et qu’il fallait passer le relais. Toutefois, Don Salvatore se demanda si avec tout ce luxe dont jouissait à présent les Montepucciens, ils ne s’étaient pas, en un sens, appauvris, sans s’en rendre compte. Elia remarqua qu’il était temps de quitter Don Salvatore et il retourna à son tabac.

“Rien ne rassasie les Scorta”

Il était vingt heures et sa fille, Anna, n’était toujours pas là. Elle lui avait pourtant promis d’être présente. À ses dix-huit ans, Anna avait quitté le village pour suivre des études de médecine à Bologne. Elle avait fait ce qu’aucun Scorta n’avait réussi à faire jusque-là : quitter le village. Il sut pourquoi Anna était arrivée en retard. Elle avait rejoint Don Salvatore qui lui avait tout appris sur sa mère : l’échec à New-York, le secret de Raffaele, toutefois, elle garda le secret. Elle s’approcha de lui pour lui dire : “Rien ne rassasie les Scorta”. Elia comprit que ses paroles signifiaient que, malgré le fait qu’elle soit une Manuzio, elle revendiquait être une Scorta. Cette lignée que l’on surnommait les “mangeurs de soleil” et dont rien ne rassasier jamais. “Le désir éternel de manger le ciel et de boire les étoiles.
Maria arriva elle aussi. Et Elia se sentit à sa place. Il se rappela des propos de Don Salvatore qui lui disait que “les hommes, comme les olives, sous le soleil de Montepuccio, étaient éternels.

Présentation des personnages

La première génération : Mascalzone

Luciano Mascalzone est un “vaurien” qui a été chassé par les villageois de Montepuccio. Arrêté et condamné à quinze années de prison, il revient dans son village pour coucher avec celle qu’il a toujours voulu posséder : Filoména Biscotti. Toutefois, cette dernière est morte et il finit par coucher, sans le savoir, avec sa sœur cadette, Immacolata Biscotti. Luciano meurt dilapidé par les habitants du village.

Immacolata Biscotti est la sœur de Filoména. Elle a toujours été attirée par Luciano. Lorsque celui-ci arrive après quinze années d’absence, elle ne dit rien, le laissant croire qu’elle est Filoména. Cette femme d’une quarantaine d’années meurt en donnant naissance à son fils : Rocco Mascalzone.

La deuxième génération

Rocco Scorta-Mascalzone est confié au village voisin par Don Giorgio. Il est recueilli par des pêcheurs. Il prendra donc leur nom : Scorta. À la différence de son père qui n’a été qu’un “vaurien”, Rocco devient un vrai bandit et amasse une grosse fortune. Il se marie à une femme muette, que l’on surnomme La Muette avec laquelle il aura trois enfants. Sentant l’heure de sa mort approcher, il conclut un pacte avec Don Giorgio. Il lègue sa fortune à l’église, qui a le choix de redistribuer l’héritage aux villageois, à condition que les membres de sa famille puissent être enterrés comme des “princes”. Il finit par mourir dans son lit.

La Muette est la femme de Rocco. Elle est surnommée ainsi car elle est muette. Nous ne connaissons donc pas son prénom. Elle donne naissance à Domenico, Giuseppe et Carmela. Elle meurt peu de temps après que ses enfants soient partis pour New York. Don Giorgio, étant déjà mort, elle est jeté dans la fosse commune par le nouveau curé, Don Carlo, qui ne souhaite pas respecter le pacte signé entre Rocco et son prédécesseur. La Muette sera déterrée par ses enfants puis enterrée dans un lieu plus décent.

La troisième génération

Domenico Scorta, surnomé “Mimi va fan’culo”, est l’aîné de la famille. Il est confronté à un sort funeste qui semble suivre sa famille. Après un séjour infructueux à New York, ils se réfugient dans leur village, Montepuccio, chez leur ami d’enfance, Raffaele. Pour subvenir à ses besoins, Domenico doit se tourner vers des emplois précaires et, sur les conseils de son oncle, Guiseppe, il se lance également dans le marché illicite de la contrebande. Cependant, cette décision ne plaît pas à ses frères (Giuseppe et Raffaele) et à sa sœur qui y voient une répétition des erreurs du passé et des dangers liés à la fréquentation de criminels. Même après que sa sœur Carmela ait ouvert un commerce de tabac, Domenico persiste dans ses activités illégales pour amasser suffisamment d’argent pour ouvrir sa propre boutique. Il se marie finalement à Maria Faratella et a deux enfants, Lucreza et Nicoletta.

Giuseppe Scorta, surnommé “Pepe pancia piena” est le cadet de la famille. Il va aider sa sœur à prospérer dans son entreprise et grâce aux emplois supplémentaires qu’il va prendre, il pourra investir dans son propre commerce et ouvrir sa boutique dans le village. Il épousera Mattea et ils auront un fils qu’ils nommeront Vittorio.

Carmela Scorta, surnommée “Miuccia” est la cadette et l’unique fille de la famille. Elle est peut-être celle qui est la plus énergique, celle qui s’efforce le plus à faire honneur à sa famille et à être acceptée dans leur communauté. Elle se sent coupable d’avoir empêché sa famille de réaliser leur rêve américain en raison d’une fièvre potentiellement contagieuse détectée lors d’un contrôle sanitaire. Ils ont dû rentrer en Italie, et ses frères ont été déçus de voir leurs espoirs s’envoler. Elle devient alors le moteur de leur réussite en ayant des idées. Après avoir travaillé pendant un an, elle a l’idée d’ouvrir une boutique de tabac en s’endettant considérablement et en travaillant dur pour rembourser ses créanciers. Elle a obtenu une partie de l’argent nécessaire pour ce projet grâce à un vieil homme polonais, Korni, qu’elle avait aidé lors d’un voyage en bateau au cours duquel de nombreuses personnes sont décédées. Il lui a légué un crucifix en argent et quelques pièces d’or. Ses frères l’ont aidée dans cette entreprise, et elle s’est mariée à Antonio Manuzio avec lequel elle a eu deux fils : Elia et Donato. Lorsqu’elle est devenue veuve, du fait que son mari a trouvé la mort lors de la guerre en Espagne, ses frères lui ont laissé la boutique et l’ont aidée un peu, mais lui ont laissé tous les bénéfices pour permettre à sa famille de vivre confortablement.

Raffaele Scorta, surnommé “Faelucc’” est un ami proche de la famille Scorta depuis son enfance, bravant la désapprobation de ses propres parents pour passer du temps avec eux à Montepuccio. Malgré les punitions physiques que lui infligeaient ses parents pour cette amitié, Raffaele chérissait le lien qu’il partageait avec les frères et la sœur Scorta. Leur amitié était si forte que, aux yeux du narrateur, ils étaient presque considérés comme une seule unité, Raffaele étant le quatrième membre de la famille. Les Scorta se retrouvaient souvent seuls et en manque de soutien, sans personne vers qui se tourner, que ce soit dans leur village ou plus tard, après le décès de leurs parents. Raffaele était là pour les aider lorsqu’ils ont été rejetés aux États-Unis et s’est même occupé d’eux lorsqu’ils sont arrivés, leur annonçant la mort de leur mère et les aidant à lui donner une sépulture digne de ce nom. Malgré son amour profond pour Carmela, Raffaele n’a jamais avoué ses sentiments et s’est contenté d’admirer sa beauté, son courage et sa force, voyant en elle un potentiel infini. Il était ému de dire : “Les femmes ont des yeux plus grands que les étoiles”. Leur relation était fondée sur l’amour, mais aussi sur un fort sentiment de famille. Il a fini par se marier avec Giuseppina avec laquelle il a eu un fils : Michel Scorta. Celui-ci a également eu un fils du nom d’Emilio Scorta, mais nous ne savons pas avec quelle femme.

La quatrième génération – Manuzio

Elia Manuzio est le premier enfant de Carmela et d’Antonio. Lorsqu’il est jeune, il est exilé pendant un an après avoir volé les médailles de la procession. Son oncle, Domenico l’aidera lors de son exil et il se rapprochera de lui. Il lui propose de quitter le village en lui offrant une enveloppe remplie de billets, mais Elia refuse prétextant que sa place est dans le village. Elia travaille avec sa mère au tabac lorsqu’il tombe amoureux de Maria Carminella, la fille d’un médecin qui possède l’hôtel Tramontane. Celle-ci refuse ses avances ne voulant pas n’être qu’un objet que l’on achète. Dépité, Elia Manuzio ira voir Don Salvatore qui lui conseillera de danser la tarentelle. Il s’exécutera et finira par brûler le tabac. N’ayant plus rien, Maria accepte alors de se marier avec lui. Ensemble, ils reconstruisent le tabac. Ils auront une fille : Anna. Elia aura une conversation intéressante avec le vieux prêtre du village, Don Salvatore, à la fin du roman sur la vie, la famille et les raisons pour lesquelles la famille ne quitte jamais leur terre natale : “Quand le soleil brille dans le ciel, il n’y a rien à faire. Nous aimons trop cette terre. Elle ne nous offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais quand le soleil la réchauffe, aucun de nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur est en nous.“. Toutefois, sa fille, Anna, sera la première des Scorta à quitter le village pour faire ses études à Bologne. Dans l’histoire, Elia est sujet à deux reprises à l’emprise de la criminalité des Scorta, dû au passé criminel de son grand-père, Rocco : lorsqu’il imagine violer Maria et lorsqu’il met le feu au tabac. Elia respectera les paroles de son oncle Raffaele, il vivra comme un Scorta : à la sueur de son front.

Donato Manuzio est le second fils de Carmela et d’Antonio. Lorsque son frère est en exil, Carmela le confie à son oncle pour qu’il puisse s’en occuper. Celui-ci lui fait goûter la vie de contrebandier. Donato se passionne pour ce métier qu’il conservera tout au long de sa vie. Même lorsque son frère revient et reprend le tabac, Donato l’aide, mais continue son activité illicite. Toutefois, un jour, Donato a la mission d’amener une femme, du nom d’”Alba” avec son enfant sur les terres italiennes. Matteo lui apprend qu’il s’agissait de clandestins albanais. Donato se rend compte qu’il est exactement comme son grand-père. Il se laisse mourir à petit feu, continuant d’amener des clandestins en Italie jusqu’au jour où il finit par se laisser couler. Il disparaît et il ne reviendra plus jamais.

Analyse de l’oeuvre

Dans Le Soleil des Scorta, la famille en question est plongée dans un cycle de malédiction et de fatalité qui se répète sur plusieurs générations. Cependant, il existe un élément clé qui relie tous les membres de cette famille : les Pouilles, une région aride du sud de l’Italie. Ces terres sont à la fois un symbole, un point de départ et d’arrivée, mais aussi un lien fort pour le bien et le mal. Cette région est le lieu où la famille a commencé et où elle finira, car tous les frères et sœurs, ainsi que les parents, finiront par mourir là-bas et seront enterrés dans la même région. Le père, Rocco, fait tout pour être accepté par la région après l’avoir terrorisée par le banditisme et la violence, en donnant de l’argent au village pour que lui et sa famille soient enterrés dignement dans le village, ce qui n’était pas le cas au départ. Les enfants, qui ont tenté leur chance aux États-Unis, finissent par revenir en Italie et se résignent à changer leur vie et à réhabiliter le nom familial sur leurs terres natales, car ils savent que ni le rêve ni la salvation ne viendront ailleurs que de leurs terres natales. Le personnage d’Anna est symbolique puisqu’elle est la seule de la famille à quitter le village pour espérer une vie ailleurs que dans cette région.
Gaudé dépeint l’Italie comme un pays où chaque région offre une expérience de voyage différente. Il souligne en particulier la singularité de la région du sud, caractérisée par des paysages pittoresques, des communautés locales uniques et une histoire riche. Cette région, principalement rurale et agricole, est réputée pour ses olives et son vin. Cependant, la vie y est difficile en raison du climat aride et des conditions de sols durs. Malgré cela, les habitants sont fiers de leur terre et travaillent dur pour surmonter les défis de la vie quotidienne. Gaudé met en évidence le personnage de Carmela, une femme forte et indépendante qui refuse d’être soumise à l’autorité de son mari, comme représentative de la fierté et de la détermination des habitants de cette région.

Questionnaire

Questions

  1. Pourquoi Luciano attendait-il depuis 15 ans pour se venger ?
  2. Comment Luciano apprend-il que la femme avec qui il a couché n’était pas Filoména, mais sa soeur Immacolata?
  3. Quel est le surnom de Domenico dans le texte ?
  4. Pourquoi la mère des enfants n’a pas pu être enterrée dignement ?
  5. Pourquoi Elia est-il exilé de Montepuccio?
  6. Pourquoi Raffaele a-t-il révélé à Donato qu’il avait tué Don Carlo avant de mourir ?
  7. Comment Donato a-t-il été transformé par son expérience d’escorter une femme et son enfant clandestins jusqu’aux côtes italiennes ?

Réponses

  1. Luciano attendait depuis 15 ans pour se venger car il avait été arrêté et condamné à 15 ans de prison pour un crime non précisé dans le texte.
  2. Luciano apprend qu’il a couché avec Immacolata, étant donné que Filoména était morte d’une embolie pulmonaire peu de temps après son arrestation. Les villageois l’informe de cela.
  3. Dans le texte, Domenico est surnommé “Mimi va fan’culo
  4. La mère des enfants n’a pas pu être enterrée dignement car Don Giorgio, qui avait un pacte avec leur père pour l’enterrement des Scorta, est mort avant elle. Le nouveau curé du village, Don Carlos Bozzoni, a qualifié ce pacte de “démence” et a jeté leur mère dans la fosse commune.
  5. Elia est exilé de Montepuccio parce que les villageois réclament justice pour le vol des médailles de San Michele. Domenico, son oncle, décide de l’envoyer chez un ami à San Giocondo pour qu’il puisse revenir dans un an, afin que la colère des villageois se dissipe.
  6. Raffaele a révélé à Donato qu’il avait tué Don Carlo avant de mourir parce qu’il se sentait proche de la fin de sa vie et qu’il voulait se libérer de son secret. Il a également confié à Donato qu’il n’avait jamais eu le cran de demander la main de sa mère, Carmela.
  7. L’expérience d’escorter une femme et son enfant clandestins jusqu’aux côtes italiennes a transformé Donato de plusieurs façons. Il s’est senti coupable d’avoir participé à cette activité illégale et a réalisé qu’il n’était pas différent de Rocco, son grand-père, qui était impliqué dans des activités illégales. Il a également commencé à s’éloigner de sa famille et de ses proches, passant de plus en plus de temps à faire le transport pour des clandestins et finalement meurent en se laissant couler.

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Les Résumés

1 commentaire

  • Ce livre est vraiment unique. Les histoires qui se déroulent pendant quatre générations sont rares. Aussi, cela n’a pas un schéma narratif alors ce n’est pas un livre de tous les jours.

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