Littérature

Samuel Beckett, En attendant Godot : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Résumé acte par acte de En attendant Godot en Samuel Beckett

Acte 1

La première partie de cette pièce commence avec la présence d’un seul personnage : Estragon. Ce dernier est en train de retirer ses chaussures d’une manière difficile et pénible. Le décor qui l’entoure n’est représenté que par un simple arbre sans feuilles. Il est ainsi très difficile de donner un cadre ou un contexte à cet environnement qui est très neutre.
Un autre personnage s’approche de lui : c’est Vladimir. Rapidement, le spectateur comprend que les deux personnages se connaissent puisqu’ils commencent à errer et à marcher ensemble. Ils ont cependant une habitude quotidienne qui est de se quitter tous les soirs pour se retrouver le lendemain matin. Au fil du dialogue, il est même possible de remarquer que les deux amis se connaissent : ils parlent de banalités et de sujets plus sérieux comme la mort ou la souffrance. Tout cela est marqué par l’absurdité de vivre sa vie en tant qu’Homme. Toute cette scène sert à montrer que les deux personnes attendent un troisième individu : Godot ne fera pas son apparition.

Des cris se font soudain entendre, les deux amis pensent voir arrivé ce fameux Godot, mais ce sont plutôt deux hommes qui font leur apparition. Le premier est chargé de bagages telle une mule et est attaché au cou par une corde qui lui fait office de laisse. Le second personnage tient le bout de la longe et semble être le maître du premier. Celui qui semble avoir plus de pouvoir se présente donc comme étant Pozzo, le propriétaire des terres sur lesquels se baladent les deux amis. Il est accompagné de son esclave qu’il a baptisé Lucky. Cet « animal » est destiné à la vente puisqu’il ne lui est d’aucune utilité. Il continue ensuite sur un monologue qui semble ennuyer son petit public. Il les remercie cependant en ordonnant à Lucky de danser pour eux. Ce dernier s’exécute et cela met les deux hommes dans l’inconfort. Il demande ensuite à son animal de penser. Une fois encore, l’homme tente de sortir quelques phrases, mais l’incompréhension totale dérange les vagabonds qui sont obligés de le faire taire de force.

Pozzo et Lucky finissent par s’en aller et continuer leurs chemins. Les deux personnages s’apprêtent à faire de même, mais ils oublient Godot qu’ils étaient en train d’attendre. Ils se résolurent donc à l’attendre encore. Au bout d’un moment, une voix forte retentit disant qu’il ne viendra que le lendemain. Le premier acte se termine ainsi avec ce portrait d’Estragon qui désespère de ne jamais le voir arriver tandis que l’autre se met à poser des questions sans raison à la voix, en vain.

Acte 2

Le début de l’acte 2 ressemble étrangement au premier acte. Cette fois-ci, il sera possible de retrouver les deux personnages qui se réunissent comme la veille. L’endroit, la date et le moment semblent ne pas avoir changé, mais un détail vient tout différencier : l’arbre qui était nu possède aujourd’hui des feuilles.
Les deux personnages ont des comportements différents de la veille. Estragon qui était seul sur scène est rejoint par son acolyte qui chantonne et qui paraît joyeux. De son côté, il semble assez contrarié. Il partagera à son ami qu’il s’est fait battre, mais il sera impossible d’en savoir plus. En effet, ni l’un ni l’autre n’est capable de connaître ce qu’il a fait la veille. Ils continuent donc d’attendre Godot ensemble. Ce moment s’étend sur une longue période durant laquelle ils vont se disputer puis se réconcilier. Ils cherchent ainsi à passer le temps comme ils le peuvent : gymnastique, prières et implorations, ils feront tout ce qui est possible, mais Godot ne viendra toujours pas.

Pozzo et Lucky font de nouveau leur apparition sur scène. Cette fois-ci, l’esclave est beaucoup plus chargé que la veille au point même qu’il en trébuche. Cette chute a pour conséquence d’entraîner son maître au sol. Les deux vagabonds qui étaient spectateurs de l’action s’en trouvent amusé.
L’animal est au sol et Estragon à envie d’en profiter pour le battre. Sur le point de commencer, il est arrêté par Vladimir qui revendique la bonté humaine et le fait d’être bon. Au moment de le stopper, il tombe cependant, entrainant aussi son ami : tous sont au sol. Au bout d’un moment, ils se relèvent et Pozzo constate avec horreur qu’il est devenu aveugle. Vladimir tente de l’aider, mais il est difficile de trouver une cause à ce mal. Pendant ce temps, Estragon en profite pour battre Lucky par plaisir pour se divertir. On découvre alors que l’homme-animal est en réalité muet. L’esclave et son maître finirent donc par quitter péniblement la scène laissant les deux amis de nouveau seuls.

Comme la veille, une voix puissante retentit pour les prévenir que Godot ne viendra pas non plus ce soir, mais qu’il sera là le lendemain. Les deux hommes sont très déçus et viennent même à se demander si Pozzo, l’aveugle, n’est pas en réalité Godot qui se grime. Il est alors possible de saisir l’agacement chez les amis au point même qu’Estragon propose de se pendre pour ne plus avoir à attendre. Malgré les avertissements de Vladimir, il essaie tout de même en enroulant sa ceinture autour de son cou. Cette dernière cède sous son poids lorsqu’il essaie d’en finir. Ils se mettent ainsi d’accord pour revenir le lendemain avec le bon matériel pour en finir si Godot ne vient toujours pas. C’est ainsi que la pièce se termine. Elle laisse beaucoup de questions en suspens notamment sur la nature de Godot, les actions futures des personnages ou le dénouement de cette attente.

Les personnages dans l’œuvre en attendant Godot

Godot : bien que ce dernier soit le personnage éponyme de l’œuvre, il sera absent pendant l’ensemble de la pièce. Les personnages vont l’attendre sans jamais le voir arriver. Son nom viendrait du dérivé du terme « Dieu » en anglais (god). Un peu comme à l’image du créateur, on parle de lui, mais on ne le voit pas concrètement. Dans les faits, même Becket ne sait pas qui est Godot. Les seuls personnages à attendre sa venue physique, Vladimir et Estragon permettent de développer une preuve de sa réelle existence.

Estragon : c’est un personnage qui est marqué par le doute et la tristesse. Il est de nature assez pessimiste. Il permet de mettre en images l’ennui et témoigne de l’absurdité de cette attente : à quoi bon se résigner à le faire.

Vladirmir : ce dernier est beaucoup plus optimiste que son ami vagabond. Il va chercher un moyen pour s’occuper dans cette attente. La rencontre de Pozzo et Lucky lui donne par exemple une véritable opportunité de s’amuser et se divertir. Il est persuadé que Godot va venir et arrive à convaincre son ami d’attendre encore et encore. Il le rassure à de nombreuses reprises.

Pozzo : c’est un personnage puissant qui paraît même imbu de sa personne. Il va se présenter comme étant un grand propriétaire, mais chercher avant tout à se distraire. Il va donc apprécier de discuter avec les deux vagabonds ou d’encore maltraiter son animal pour passer le temps. Dans le second acte, il va perdre la vue et deviendra beaucoup plus faible. Ce revirement de situation le place même comme inférieur face à la créature qu’il malmenait auparavant.

Lucky : le nom de ce personnage signifie chance en anglais. Malgré son aspect humain, c’est un homme qui est traité comme un animal. Selon Pozzo, son maître, des événements passés l’auraient changé, mais il est difficile d’en savoir plus. Il est muet, mais arrive tout de même à articuler certains mots et phrases qui seront incompréhensibles au point même d’agacer les autres.

Analyse de la pièce en attendant Godot

Une pièce qui s’inscrit dans le mouvement de l’absurde

Cette pièce de Beckett s’inscrit parfaitement dans le mouvement de l’absurde. En réaction aux règles du théâtre classique, l’auteur irlandais exprime ce désespoir de vivre et l’envie de ne pas s’investir. Il n’y a donc pas d’importance qui est accordée au cadre ou aux événements. D’ailleurs, l’environnement spatio-temporel est très difficile à déterminer. Il en va de même pour les différents personnages qui ne semblent pas avoir de passé ou de futur. Plus encore, ils ne savent même pas vraiment pourquoi ils sont ici. Cette privation de mémoire liée à des répétitions récurrentes dans la pièce témoigne de cette vie qui n’a pas de sens. Rien n’a de but puisque de toute manière, les participants à l’action ne s’en souviendront même pas. Il est d’ailleurs très difficile pour eux de raconter ce qu’ils ont ait la veille. Lié à cela et au fait qu’ils n’ont pas de but précis mis à part celui d’attendre quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, les personnages ont cette allure stupide qui s’accorde à la définition actuelle du terme d’absurde. Il est aussi associé à l’extravagance comme en témoigne la rencontre avec Pozzo et Lucky. C’est une véritable illustration de cette notion qui est donnée à travers les actions, les personnages et leurs histoires.

La scène d’exposition est en décalage avec que les spectateurs ont pu connaître. En effet, au lieu de parler du cadre spatio-temporel, les échanges commencent au même titre que l’action. Il en va de même pour les personnages qui ne sont pas vraiment distingués l’un de l’autre. Au lieu d’informer le spectateur, il le laisse perplexe avec de nombreuses questions. D’ailleurs, le reste de la pièce n’y répondra pas forcément.

La notion du temps et de l’attente

Le fil rouge même de la pièce repose sur ce verbe : attendre. En général, une personne attend quelque chose ne particulier, mais il semble que les personnages attendent pour attendre. Ils n’ont pas de réel but, pas de vie à mener ou de choses à faire. Rapidement associée à l’ennui, les réactions à ce statut sont donc différentes en fonction des personnages. La frustration et la résiliation sont de mise. Globalement, le temps semble long et malgré les quelques occupations que les amis arrivent à trouver, l’attente est représentée comme un supplice. Cette période est cependant partagée entre deux personnages aux natures complémentaires. Face à l’attente, on retrouve alors deux réactions opposées qui représentent la nature double de l’homme. En effet, Estragon a pour volonté de rompre avec cette boucle qu’il ne peut plus vivre tandis que Vladimir veut continuer sa vie en continuant d’attendre. Malgré cela, ils sont victimes de cette temporalité puisqu’ils ne peuvent rien y faire, on retrouve cette idée d’impuissance à de nombreuses reprises qui témoigne alors de cette répétition constante.

Une image de la condition humaine

La pièce permet aussi de mettre en avant l’idée de la condition humaine qui en livre une image radicale. La part de violence y est présente et gratuite. Le personnage de Lucky peut en témoigner puisqu’il est victime de maltraitances sans réelle raison. Les personnages décident même de le frapper sans le divertir. Le fait même que ce dernier soit muet en dit long sur le contexte dans lequel a été écrit l’œuvre : nous sommes dans la période après la Seconde Guerre mondiale ou parler était tabou est aujourd’hui comme une différence qui déshumanise l’être humain.
Pour les personnes qui arrivent à les utiliser, les mots s’avèrent être comme un simple passe-temps et un objet de divertissement : c’est un outil qui est utilisé pour meubler et non réfléchir et développer une pensée cohérente. Par la description de cette attente, Becket montre que l’attente d’une période meilleure ne mène à rien. Malgré les événements difficiles qui ont pu survenir les années précédentes, il détruit cet espoir d’un avenir avec l’absurde.

En bref, Becket place l’image de l’attente avec Godot pour symboliser ce sentiment perpétuel de nos vies. En effet, l’existence se décompose en différentes actions qui sont marquées par des périodes d’attentes. Espérer une finalité comme l’arrivé de Godot est trop ambitieux et s’inscrit donc dans l’absurde de l’époque. Ce statut est alors vu comme une échappatoire et un moyen de penser à l’instant présent marqué par la souffrance et la désillusion.

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