Littérature

Albert Camus, La Peste : résumé, personnages et analyse

Ecrit par lesresumes
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Résumé de La Peste d’Albert Camus

Résumé de l’oeuvre

Première partie

L’histoire se déroule à Oran, ville ordinaire de la côte algérienne. Le docteur Bernard Rieux vient de laisser sa femme, malade, sur le quai de la gare. En sortant de chez lui, il bute sur un rat mort et s’en inquiète. En quelques jours la ville est infestée de rats. Il est appelé au chevet du concierge de son immeuble, Monsieur Michel, et découvre que celui-ci est fiévreux et a des ganglions sur le cou. Il meurt en quelques heures en incriminant les rats. Le carnet de Jean Tarroux, témoin de cette période extraordinaire révèle l’angoisse de la population devant cette fièvre inconnue. En quelques jours, les cas se multiplient. Les autorités sont confrontées à une épidémie. Rieux et un confrère le docteur Castel comprennent qu’il s’agit de la peste, mais hésitent en rendre publique leur découverte. Un autre confrère, accompagné de Monsieur Grand, employé municipal, fait part à Rieux de l’augmentation du nombre de morts et de malades. Ce dernier se réunit avec le préfet pour le sommer de prendre des mesures afin d’éviter que la moitié de la ville ne meure. Des affiches sont collées dans la ville. La presse et la radio prennent le relais. Les autorités décident enfin de fermer la ville.

Deuxième partie

Oran est en quarantaine, totalement coupée de l’extérieur. Les habitants éprouvent un sentiment d’exil, de séparation, de peur. Chaque semaine le préfet fait état du nombre de morts de la peste. Il prend des mesures de restriction. Seules les denrées essentielles peuvent entrer dans la ville. Le reste est rationné. Pourtant l’alcool coule à flots, et le soir nombre d’ivrognes déambulent dans les rues. Monsieur Cottard, que le docteur Rieux avait sauvé du suicide, se livre au marché noir. Monsieur Grand confie ses peines de cœur au docteur, tandis que le journaliste Rambert projette de s’échapper de la ville. Il demande à Rieux un certificat qui, pense-t-il, lui permettrait de partir. Le docteur refuse et lui rappelle l’importance du bien public. Chargé d’un hôpital, il poursuit ses visites auprès des malades. Dans la cathédrale, le père Paneloux prononce un sermon qui effraie les fidèles, accusés d’avoir abandonné Dieu. Il fait référence aux plaies d’Egypte et à Sodome et Gomorrhe. Rieux refuse d’adhérer aux propos du prélat. Le nombre des victimes augmente. Des bagarres ont lieu aux portes de la ville, écrasée de chaleur. La pénurie s’installe.
Jean Tarroux et Rieux organisent une première équipe de volontaires pour s’occuper des malades et empêcher le plus d’hommes possible de mourir. Monsieur Grand s’associe à leur action. Le journaliste Rambert renonce à fuir et propose aussi ses services au docteur.

Troisième partie

Un vent violent s’abat sur la ville, provoquant une recrudescence d’incendies volontaires. C’est le mois d’août. La peste est à son paroxysme. Des scènes de violence se multiplient aux portes d’Oran. Les autorités installent un couvre-feu. Les enterrements sont rapides. Les familles ne peuvent accompagner leurs défunts. Les amants sont séparés. La vie économique de la ville est bouleversée. Devant le manque de place, les corps sont jetés de nuit dans des fosses communes. Puis, les autorités décident de brûler les corps dans des fours crématoires. Une odeur nauséabonde se répand dans toute la ville. Les habitants sont affolés. Un abattement général s’empare de la population qui ne voit pas la fin de l’épidémie. Certains souhaitent contracter la maladie pour en finir. Il n’y a presque plus d’espoir. La population est résignée et attend.

Quatrième partie

Les mois passent. Le docteur Rieux est épuisé. Rambert continue dans les équipes de volontaires. Rieux note qu’il paraît heureux de ce travail. Alors qu’une possibilité de partir s’offre à lui, de nouveau, il décide de rester auprès de Rieux. Le docteur Castel, qui tente de trouver un sérum pour soigner les malades, se retrouve avec Rieux chez le notaire, Monsieur Othon, dont le fils est malade. Transporté à hôpital, l’enfant agonise devant les docteurs Castel et Rieux et le curé Paneloux. L’enfant meurt. Paneloux tente de raisonner Rieux. Ce dernier lui dit : « Je refuserais jusqu’à la mort d’aimer cette création où les enfants sont torturés. »
Bouleversé par la mort de l’enfant qui lui fait perdre sa foi, l’abbé Paneloux prononce un nouveau prêche au cours duquel, il dit : « Il faut être celui qui reste ». Le religieux, un temps ébranlé dans ses convictions, reste ferme. Peu de temps après, il meurt, un crucifix dans la main.
C’est la Toussaint. Cette année-là, personne ne va au cimetière, car la mort est omniprésente. La spéculation bat son plein. Les pauvres meurent de faim et les riches s’enrichissent. Tarrou et Rambert visitent un stade aménagé en camp de fortune où est distribuée une soupe populaire. Les heurts continuent aux portes de la ville. Rieux et Tarrou décident de prendre un bain de mer pour, un instant, oublier la maladie. Quelques jours après, ils se retrouvent au chevet de Monsieur Grand, qui après une nuit de souffrance, se rétablit. Un deuxième malade guérit. Rieux contaste que l’on ne trouve plus de rats morts dans la ville.

Cinquième partie

L’épidémie est en recul. L’espoir renaît. Le sérum du docteur Castel semble fonctionner. De nombreux malades récupèrent la santé. Les sourires, qui avaient disparu des visages, reviennent. Les prix baissent et l’économie repart. Le 25 janvier, la préfecture annonce que l’épidémie est enrayée. Pourtant, le docteur Rieux est appelé au chevet de son ami Jean Tarrou qui est tombé malade. Il l’accompagne jusqu’à son dernier moment. Le soir, il apprend la mort de sa femme. Début février les portes de la ville s’ouvrent. Seul Cottard s’enferme chez lui et tire sur la foule en liesse. Le lecteur apprend que le Docteur Rieux est auteur de cette chronique.

Les principaux personnages

Bernard Rieux

Humaniste convaincu, il lutte contre la peste tout au long du récit. Doté d’une énergie puissante et d’une force morale à toute épreuve, Rieux est pudique, parle peu de lui-même. Révolté par la mort, en particulier celle d’un jeune enfant, il lutte inlassablement contre elle, sans illusions. Rieux inspire la confiance et réunit autour de lui un groupe d’homme qui résistent à la Peste.

Jean Tarrou

Ami du docteur Rieux, il le seconde dans le combat contre la peste en organisant des équipes de volontaires qui s’occupent des malades. Fils d’un juge qu’il abhorre, Tarrou, homme courageux et idéaliste, met toutes ses forces pour enrayer l’épidémie, jusqu’à en mourir.

Le curé Paneloux

Prêtre d’Oran, il mobilise la population dans un sermon où il présente un Dieu mécontent des hommes. Face à l’absurdité de la maladie, Dieu est, pour lui, la seule réponse. La peste serait l’instrument de son châtiment. Après la mort d’un enfant, il commence à douter de sa foi.

Joseph Grand

Employé municipal qui n’arrive pas à finir la première phrase de son livre, il est métamorphosé par la peste, et s’engage résolument aux cotes de Rieux.

Cottard

C’est le seul personnage qui semble s’accommoder de la maladie. Il s’adonne à la contrebande. Sauvé du suicide par le docteur Rieux au début du récit, il vit mal la fin de l’épidémie, tire sur la foule. Il est mis à mort.

Raymond Rambert

Journaliste coincé à Oran dès que la ville est mise en quarantaine. Il fait tout pour s’échapper. Devant l’exemple du docteur Rieux, il renonce à son projet, et rejoint le médecin pour s’occuper des malades.

Monsieur Michel

Le concierge de l’immeuble apparait au premier chapitre. Il ne croit pas à la maladie, pense que la présence du rat mort est l’affaire de plaisantins. Il est le premier à mourir de la peste à la suite d’une longue agonie.

Le docteur Castel

Savant, il passe son temps à chercher un sérum pour endiguer la maladie.

Le juge Othon

Magistrat sans relief, inactif au début de l’épidémie, il s’engage dans la lutte à la mort de son enfant.

Analyse de l’œuvre

L’analogie avec le nazisme

Donnant les clés de lecture de son ouvrage, Camus précise que son roman est une métaphore de la lutte contre le nazisme. Qualifiée de « peste brune », cette idéologie totalitaire a dévasté l’Europe comme l’épidémie dévaste la ville d’Oran. Elle s’abat sur la ville d’un seul coup, s’étend rapidement, dure, puis prend fin. Par le biais des personnages, l’auteur montre différentes attitudes devant ce phénomène. Le principal protagoniste, le docteur Rieux, est courageux et fataliste. Il attaque le fléau avec toute sa volonté et ses compétences, en excluant, par son attitude, une quelconque résignation. A l’inverse, Cottard, que Rieux sauve du suicide au début du récit, évoque le collaborateur qui s’adonne au marché noir et profite de la crise. Sa vie prend du sens dans le malheur des autres. Il est à son tour victime de la foule dès lors que la vie retrouve son cours. Ce bref épisode fait songer aux exécutions de l’Épuration en 1945. Les amis de Rieux, Jean Tarrou et, dans une moindre mesure, Raymond Rambert exprime l’esprit de résistance, le premier dès le début de la crise et le second, après avoir résisté à la tentation de la fuite, rejoint les rangs de ceux qui ont choisi de lutter.
Camus pousse l’analogie jusqu’à évoquer des fours crématoires, qui dans le cas de la Peste, permettaient de libérer de la place dans les cimetières, et dont l’odeur nauséabonde se répand dans la ville. Funeste image des fours nazis dont l’odeur des corps brûlés parvenait jusqu’aux villages polonais alentours. Un parallèle également peut être fait avec les fonctionnaires de la ville d’Oran qui comptent les morts, image des listes nazies qui répertoriaient méticuleusement chaque entrée et sortie dans les camps. Le couvre-feu, la contrebande, la zone libre, les camps d’isolement rappellent les temps de l’Occupation. Camus superpose les destins individuels avec la tragédie collective. Il livre une morale en insiste sur le fait que « le bacille de la peste ne meurt jamais » .

L’humanisme de Camus

Au-delà de l’analogie historique, le lecteur est amené à réfléchir sur son attitude devant le mal : le fuir, le combattre, le nier, le justifier.
Paneloux, le prêtre, justifie le mal, participant par ces mots, a une vision de la religion punitive et rédemptrice. Le choc de la réalité, et en particulier la mort d’un enfant, le fera vaciller dans ces convictions. L’humanisme doit donc se confronter au réel, s’enraciner dans la relation pour s’épanouir. Bloqué par la première phrase de son œuvre, l’employé municipal Joseph Grand se révèle dans l’action. La Peste est de ce point de vue une invitation à agir devant les maux de la société. L’événement dramatique agit comme un révélateur de la nature humaine, bonne comme le docteur Rieux, médiocre comme Cottard. Avec la Peste, les hommes sont confrontés à l’absurde. Tout est affaire de choix. Devant le malheur, les mots sont inutiles. C’est l’action de Rieux qui le justifie, plus que ses paroles. Camus définit l’essence de l’homme par ce qu’il fait. Chercher à comprendre son destin est vain. En revanche, lutter ensemble pour améliorer la condition humaine a du sens. C’est le combat du docteur Rieux qui, bien qu’accompagné de quelques amis, parait seul devant le fléau et la passivité de la population. En cela, Camus insiste sur la singularité de l’homme dont l’exemple sert de conscience morale pour tous les autres.

La modernité de la Peste

De même que la Peste s’abat sur Oran, le Covid s’est abattu sur le monde. Comme l’auteur qui évoque au début de son récit une « simple fièvre », les autorités parlent du nouveau virus comme « d’une gripette ». Camus évoque aussi les masques de gaze hydrophile qui ne servent à rien sauf à donner confiance aux autres. Plus loin, il écrit : « le masque de gaze se gonflait et s’humidifiait à l’endroit de la bouche. Cela faisait une conversation un peu irréelle, comme un dialogue de statues ». Le décompte régulier des morts avec les courbes de malades et de victimes, les enterrements faits à huis clos, l’attitude des gens devant la maladie sont autant d’éléments qui sont un écho troublant au regard de la situation sanitaire en temps de Covid. La mise en quarantaine d’Oran trouve son pendant dans les périodes de confinement. Comme la population d’Oran, les confinés tentent de contourner les mesures des autorités. Enfin, Les interrogations philosophiques de Rieux sur le sens de la mort rejoignent les préoccupations modernes sur le monde d’après la maladie. En cela, comme le roman d’Orwell 1984, la Peste peut aussi être lue comme un roman d’anticipation.

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A propos de l'auteur

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