Littérature

André Breton, Nadja : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Nadja est un livre écrit en 1928 par André Breton, un membre du mouvement surréaliste français. Il est basé sur les interactions réelles de Breton avec une femme nommée Nadja, et est considéré comme un récit semi-autobiographique de sa relation avec elle. La structure non-linéaire du livre est ancrée dans la réalité, avec des références à d’autres surréalistes parisiens et à des photographies. Découvrons ensemble cette œuvre semi-autobiographique qui s’inscrit dans l’expérience surréaliste.

Résumé de Nadja de André Breton

Préambule

Dans cette première partie, le narrateur, qui n’est autre qu’André Breton lui-même, s’interroge sur qui il est (“Qui suis-je ?”). Il réfléchit à divers concepts surréalistes avant de se lancer dans un récit linéaire de sa brève histoire d’amour de dix jours avec l’énigmatique Nadja. À partir de l’adage “Dis-moi qui tu hantes*, je te dirai qui tu es.”, Breton tente de comprendre en quoi sa vie est singulière. Il fait la distinction entre les “faits-glissades” et les “faits-précipices”.

  • les “faits-glissades” qui représentent des événements annonciateurs qui lui donnent le sentiment que “quelque chose de grave, d’essentiel, en dépend” ;
  • les “faits-précipices” sont des coïncidences qui dépassent “de loin notre entendement”. Ce sont des faits bouleversants lors desquels Breton sollicitent “l’instinct de conservation” afin de s’assurer de ne pas plonger dans la folie.

Ensuite, Breton énumère toutes les anecdotes qu’il a vécues qui pourraient correspondre à de tels faits :

  • la rencontre avec Paul Eluard au cours de la première représentation de la Couleur du Temps ;
  • les “boutiques bois-charbon” ;
  • l’arrivée de Péret ;
  • l’écriture sous hypnose ;
  • L’Étreinte de la pieuvre (film de Duke Worne)
  • la pièce de théâtre Les Détraquées où Blanche Derval joue le rôle de Solange ;
  • un cauchemar qu’il a fait concernant des discussions qu’il a eues la veille ;
  • la corrélation entre l’illusion d’optique par rapport à l’enseigne d’un hôtel “Maison rouge” et un tableau changeant que lui a montré la “Dame au gant
  • l’effondrement de la tour du manoir d’Ango

Breton en est certain, tous ces faits qui lui sont arrivés annonçaient sa rencontre avec Nadja.

Nadja : la partie centrale de l’histoire

Le 4 octobre 1927, Breton fait la connaissance d’une jeune femme énigmatique, qui se présente sous le nom de Nadja, “parce qu’en russe, c’est le commencement du mot espérance”. Marquée par la misère, Nadja se prostitue. Elle se définit comme un “génie libre” et une “créature toujours inspirée et inspirante“. Elle va transformer le quotidien de Breton en l’entraînant dans des déambulations à travers les rues de Paris. Elle invite Breton à “une traversée du miroir qui l’emmène de l’autre côté de la réalité, au-delà de la frontière qui distingue le réel de l’imaginaire, mais sépare aussi la raison et la folie.“. Ainsi, Nadja lui révèle progressivement une autre façon de percevoir la réalité. Nadja est un mythe doué de pouvoirs mystérieux, un être fragile détenteur d’une vérité étrangère à celle de la société conformiste et nihiliste. André devient de plus en plus obsédé par elle à mesure que leur relation progresse.

Malgré leur relation passionnée, Breton tente de garder son objectif, son “instinct de conservation” afin de s’assurer qu’il ne sombre pas dans la folie avec Nadja. Du fait d’une maladie mentale, cette dernière finit par être internée dans un hôpital psychiatrique, laissant le narrateur seul avec ses souvenirs et ses interrogations sur sa propre responsabilité dans sa descente vers la folie. Il réalise que l’inconnaissabilité et la nature énigmatique de Nadja sont ce qui l’a attiré vers elle, et que son absence lui permet de maintenir un rôle paradoxal dans sa conscience.

Epilogue

Dans cet épilogue, Breton se remémore une rencontre qu’il a faite en 1927 avec une femme qui a changé sa vie. Il se rappelle l’intensité des sentiments qu’il a éprouvés pour elle, et se demande s’il aurait pu prévoir cette rencontre en croisant la route de Nadja. Il se questionne sur le sens de l’écriture, se demandant si écrire un livre ne va pas à l’encontre de la vie elle-même.

Au fil des pages, l’émotion de l’auteur devient palpable. Il a vécu une histoire d’amour passionnelle et décisive, qui l’a amené à tout remettre en question. Il se sent enfin éveillé, vivant, et c’est pour célébrer cette expérience qu’il a choisi de terminer son livre.

Il finit par nous livrer une image forte, celle d’un avion qui s’écrase, accompagné d’un message poignant. Cette image symbolise la fin de l’histoire, mais aussi la promesse d’un nouveau départ.

Présentation des personnages

Nadja est une femme qui a réellement existé. Il s’agit de Léona Camille Guilaine Delcourt née le 23 mai 1902. Elle rencontre Breton alors qu’elle n’a que 24 ans. Pendant une dizaine de jours, elle et Breton se voient tous les jours et elle porte une passion débordante pour le poète. Cette femme mystérieuse, qualifiée de “merveille” par Breton, aura permis au poète de changer sa façon de voir le monde et de vivre une sorte d’expérience mystique dans Paris. Du fait de sa “maladie mentale”, elle finira par être internée dans un hôpital psychiatrique.

André Breton (1896-1966) se pose la question “Qui suis-je ?” et répond en disant que l’objectif est de faire surgir une beauté qui échappe à la maîtrise de l’individu. En quête de lui-même, sa rencontre avec Nadja l’incite à réactiver ses souvenirs et à rassembler ses notes afin de retracer leur histoire. Il s’efforce de transcrire sa relation de manière détachée, conformément à la méthode utilisée dans les études cliniques, afin d’éviter toute forme d’exagération ou d’imagination débridée. Dans Nadja, Breton recense également les conflits qu’il a avec le Parti communiste. André Breton était un écrivain, poète et critique d’art français, considéré comme le fondateur du mouvement surréaliste. Il a écrit plusieurs livres importants, notamment le Manifeste du surréalisme en 1924, qui a défini les principes et les objectifs du mouvement. Il a également édité la revue surréaliste La Révolution surréaliste de 1924 à 1929. Breton a été un défenseur de l’automatisme psychique, une méthode d’écriture qui vise à libérer l’inconscient pour créer des associations d’idées surprenantes. Il a été un ami proche de nombreux artistes et écrivains surréalistes, tels que Salvador Dalí, Max Ernst, et Paul Éluard.

Analyse de l’oeuvre

La structure et la temporalité de l’oeuvre

Nadja d’André Breton est un récit unique qui défie la forme traditionnelle du roman. Il aborde les thèmes de l’amour, de la découverte de soi et de l’utilité de la littérature. L’histoire suit les réflexions de l’auteur sur la question “Qui suis-je ?” et l’importance des événements qu’il choisit d’inclure dans ses écrits. En relisant le texte en 1962, Breton a trouvé que certains de ses choix étaient discutables et difficiles à comprendre. Le récit utilise la technique de l’association libre, qui est similaire à la méthode utilisée dans l’écriture automatique. La nature décousue du récit est également présente dans la seconde moitié, malgré l’utilisation de marqueurs temporels plus spécifiques. Le personnage de Nadja lui-même reste un peu un mystère, avec peu d’informations sur elle en dehors de ses interactions avec Breton. La dernière partie renforce encore cette nature elliptique, car elle ne mentionne pas sa relation avec Suzanne Musard.

Même si l’auteur français précise qu’il écrit sans ordre préétabli, il existe belle et bien une organisation stricte. La première partie du livre (préambule) traite de considérations philosophiques sur l’identité, et de réflexions sur la critique littéraire et la création du roman. Le texte indique également que le livre est structuré selon une composition en spirale. Breton annonce son intention de raconter “les épisodes les plus marquants” de sa vie, et la partie centrale du livre commence avec l’apparition de Nadja et contient une sorte de journal intime.

L’oeuvre comporte des passages qui peuvent être considérés comme des essais. La question de la temporalité n’est soulevée qu’au début du récit proprement dit où Breton déclare qu’il commencera par sa résidence à l’Hôtel des Grands Hommes en 1918 et finira au Manoir d’Ango à Varengeville-sur-Mer en 1927. La première partie du livre utilise les temps du passé, et lorsque le présent est utilisé, c’est à des fins de narration. La deuxième partie, qui couvre les journées du 4 au 12 octobre 1926, est caractérisée par une utilisation spécifique du présent, comme si Breton était en train de revivre les événements. La troisième partie utilise principalement le passé composé, qui reflète la relation de Breton avec les événements qu’il vient de vivre. Dans la conclusion, on assiste à un passage progressif au présent, qui traduit l’achèvement de sa quête et la réalisation du “Merveilleux” qu’il recherchait. L’objectif de l’écriture surréaliste est de capturer ce moment, et pour cela, le texte utilise différents temps pour créer différents effets.

Ce livre est également remarquable pour sa forme narrative multiple, car il comprend non seulement du texte, mais aussi des photographies, des peintures et des dessins réalisés par des amis surréalistes, par André Breton lui-même ou même par Nadja elle-même. Ces illustrations ne servent pas seulement à illustrer le texte, mais elles forment également entre elles un dialogue, une histoire parallèle qui répond au texte et met en valeur certains passages.

Les thématiques abordées dans Nadja

L’amour

Nadja parle d’une histoire d’”amour entre Breton et Nadja. Leur relation est semblable à celle de n’importe quelle œuvre romantique. Leur première rencontre présente les caractéristiques habituelles d’une telle scène, que le lecteur d’un roman a l’habitude de lire et reconnaît immédiatement. La scène de leur première rencontre est comparée à la première rencontre entre Frédéric Moreau et Madame Arnoux dans L’Éducation sentimentale de Flaubert. L’importance du regard est évidente dans les deux cas. On voit également Nadja tenter de séduire Breton, même si elle est déçue lorsqu’elle apprend qu’il est marié. Cependant, son désir de séduire Breton semble diminuer dans les dernières pages de la deuxième partie du livre. Des baisers sont échangés entre les deux, d’abord à l’initiative de Nadja, puis de Breton. Le baiser est lié à un tableau d’Uccello intitulé “La profanation de l’hostie“, qui symbolise l’exigence morale de l’amour. Ce baiser est perçu comme une profanation. L’exigence morale de l’amour est un thème constant dans l’œuvre de Breton. Lui-même se sent coupable de sa relation avec Nadja et reconnaît qu’il ne peut continuer à la voir s’il ne l’aime pas. Le lien entre amour et moralité est défini dans L’Amour fou en 1937. L’être aimé ne doit pas être remplaçable, même si les circonstances en décident autrement. Cette conception de l’amour est ce qui manquait entre Breton et Nadja pour que “l’accomplissement du miracle” ait lieu, ce qui ne se produit que dans la conclusion du livre. Cette vision intransigeante de l’amour est en contraste avec le concept de débauche, qui est condamné sans équivoque dans la description d’un théâtre comme “un lieu de débauche sans intérêt.” C’est peut-être la raison pour laquelle Breton a supprimé la référence à la nuit passée avec Nadja à Saint-Germain.

Le concept de hasard

Le concept de hasard est très présent dans l’écriture d’André Breton, plus particulièrement dans Nadja. Breton croit que la meilleure écriture vient du fait d’être “surpris“, et que l’auteur doit laisser “le vent de l’éventuel” guider son processus d’écriture. Il aborde également l’idée que son personnage principal, Nadja, vit sa vie de la même manière, inventant constamment des histoires spontanées et les appliquant à sa réalité. Il introduit également les concepts de “faits-glissades” et “faits-précipices“, qui sont différents types d’événements fortuits qui se produisent dans le livre et affectent Breton de différentes manières.

Le concept de la folie

Dans Nadja, le concept de folie est lié à cette femme énigmatique (Nadja) qu’André Breton rencontre. Celui-ci estime que c’est “l’instinct de conservation” qui empêche de sombrer dans la folie, et que Nadja n’a pas cet instinct. Breton note également que si les surréalistes peuvent distinguer la folie de la non-folie, Nadja ne le peut pas. André Breton, qui percevait les manifestations de l’esprit comme authentiques, se confrontera à la réalité de la folie psychiatrique de Nadja, qui n’a plus rien de magique ou de mystique, mais devient plutôt inquiétante et sordide. À plusieurs reprises, cette réalité le poussera à penser à abandonner l’écriture de son livre.

En outre, Breton reconnaît que Nadja souffre d’une maladie mentale et qu’elle n’a pas un “sens acceptable de la réalité“, mais que la psychiatrie est incapable de l’aider. Breton exprime également son opposition à l’idée d’institutionnaliser Nadja, car il pense que de telles institutions ne font que renforcer l’idée d’être “fou” ou “folle“.

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