Littérature

Arthur Schnitzler, Mademoiselle Else : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Mademoiselle Else est une nouvelle écrite par Arthur Schnitzler, un écrivain et un médecin autrichien. Publiée en 1924, l’auteur utilise le monologue intérieur pour nous plonger dans le choix cornélien d’une jeune femme de dix-neuf ans qui est responsable, malgré elle, de l’honneur de sa famille. Explorons ensemble le récit de cette jeune aristocrate autrichienne.

Résumé détaillé partie par partie de Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler

En vacance

Else est une jolie jeune femme blonde de dix-neuf ans. Elle est en vacances dans un hôtel de San Martino, en Italie, avec sa tante, Emma, et son cousin, Paul. Elle vient de disputer un match de tennis avec son cousin Paul et Cissy Mohr. Else pense que Paul et Cissy ont une liaison.

Sur le chemin qui mène vers l’hôtel, elle se perd dans ses pensées. Elle se rend compte qu’elle n’est jamais tombée amoureuse. On apprend également qu’elle a reçu une lettre de sa mère. À l’hôtel, elle a un bref échange avec Madame Winaver, une vieille dame de cinquante ans et Monsieur Von Dorsday qui s’occupe d’elle. Ce dernier est le seul à l’appeler Else tout court. Else le trouve “pas trop mal” avec “son bouc poivre et sel” mais elle n’apprécie pas son air supérieur. Elle croise également Fritzi, la fille de Cissy. Else est déçue de constater qu’elle n’a toujours pas reçu de lettre. Elle se dit qu’elle va la recevoir pendant le dîner. Elle se moque de Cissy qui dit “dinner”. Else se perd dans ses songes. Elle se demande pourquoi aucun homme n’a été entreprenant avec elle depuis le début.
Le portier lui tend une lettre, c’est un exprès de sa mère.

L’exprès de sa mère

Else arrive dans sa chambre et ouvre la lettre. Elle apprend que son père, un célèbre avocat, a détourné des deniers pupillaires. Il doit rendre la somme de trente mille gulden à maître Fiala le cinq à midi, sans quoi un mandat d’arrêt sera lancé contre lui. Sa mère prie donc à Else d’aller demander à Von Dorsday, un riche marchand d’objets d’art et un ami de la famille, s’il pourrait leur prêter de l’argent. Else n’est pas très encline à aller voir cet homme. Elle exècre ce baron. Elle se demande pourquoi son père n’est pas venu ou pourquoi ses parents n’ont pas envoyé une lettre à cet homme directement. Mais elle est obligée de s’acquitter de cette tâche si elle souhaite sauver sa famille du déshonneur. Elle regrette de ne pas avoir pu gagner d’argent jusque-là. Elle aurait pu avoir assez de sous de côté pour rembourser les dettes de son père, quoi que trente mille gulden soit quand même une somme conséquente.

Y a-t-il d’autres solutions ?

Else essaie de trouver d’autres solutions pour récupérer de l’argent. Elle pourrait demander à sa tante, mais elle sait que son oncle est trop avare. Elle se rend vite compte qu’elle ne peut compter que sur Von Dorsday. Elle en veut à son père. Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Il a déjà détourné de l’argent pour le jouer en bourse. Else sait que si elle aide son père, il se retrouvera encore une fois dans cette situation, mais c’est son père et elle doit absolument l’aider. Elle s’imagine la scène et essaie de trouver une jolie robe pour séduire Von Dorsday. Elle compte lui parler avant le dîner. Elle se moque une nouvelle fois de Cissy en disant dinner. Elle n’apprécie pas cette femme qui ne s’occupe pas de sa fille. Else imagine son futur avec un homme… Un homme riche, il le faut. Et puis elle est belle, elle sait qu’elle peut avoir tout ce qu’elle veut. Elle se demande si elle ne trouverait pas la somme, et bien plus, si elle se mettait aux enchères. Mais qu’est-ce que dirait sa famille. Else sort habillée d’une robe noire séduisante avec la lettre pour soutenir ses propos auprès de Von Dorsday.

La condition de Monsieur Dorsday

Else voit Monsieur Dorsday, mais elle se rend compte qu’elle n’aura pas le courage de lui parler de suite. Elle repense à sa famille. Elle nous parle de sa mère et de Rudi, son frère qui a vingt-et-un ans. Else voit le portier qui la regarde attentivement. Elle se demande si elle n’a pas lu la lettre. Elle veut allumer une cigarette, mais elle les oublié. Par chance Paul et Cissy reviennent du tennis. Paul lui tend une cigarette. Else n’a qu’une seule envie que Paul la laisse tranquille et que Madame Winaver abandonne monsieur Von Dorsday. Paul est le premier à remonter dans sa chambre. Else se lève pour sortir, Madame Winaver remonte dans sa chambre et Monsieur Von Dorsday la suit. Arrivé dehors, Monsieur Von Dorsday s’adresse à Else. Cette dernière lui révèle tout. Au départ, elle lui fait croire que son père a besoin d’un million. Elle se dit que si elle demande une grosse somme au début, la réelle somme sera dérisoire. En apprenant qu’elle a besoin de trente mille gulden, Von Dorsday accepte à condition qu’elle le laisse la contempler nue. Ils peuvent faire ça dans sa chambre au numéro soixante-cinq ou au clair de lune. Else aurait voulu le gifler pour avoir osé lui faire une telle proposition, mais elle sait qu’elle a besoin de cet argent. Elle regrette que son père ne veuille pas se suicider et qu’elle soit contrainte de réaliser une telle chose. Elle se sent humiliée. Von Dorsday lui propose de réfléchir et de lui faire part de sa décision après le dîner, puis il part.

Doit-elle le faire ?

Else reste seule. Elle se perd complètement dans ses songes. Elle estime que trente mille gulden ce n’est pas cher payé pour ce que lui propose de faire Monsieur Von Dorsday. Elle se sent profondément humiliée. Même si Dorsday ne veut pas coucher avec elle, en un sens, elle se prostitue. Elle vend son corps pour obtenir quelque chose. Le pire, c’est qu’elle ne le fait pas pour elle, mais pour son père. Dans un premier temps, elle pense à refuser la proposition, elle voudrait tant parler de cette histoire à Fred, le seul homme en qui elle a confiance. Celui-là provoquerait Dorsday en duel. Puis, Else se dit qu’elle n’a pas vraiment le choix si elle veut que son père s’en sorte. Elle compte accepter la proposition et elle finira par se suicider. Elle imagine sa cérémonie de deuil. Néanmoins, elle se ravise. Elle sait qu’elle n’aura jamais le courage de se suicider. Elle fait le tour de l’hôtel et refuse de rentrer. Son cousin, Paul, la sort de ses rêveries. Lui et sa mère se sont demandés où elle était pendant tout le dîner. Else précise qu’elle voulait profiter de la soirée. Elle prétend avoir mal à la tête et compte redescendre pour prendre un petit quelque chose à manger. Avant de rejoindre sa chambre, le portier lui adresse un télégramme.

Else est incapable d’imposer sa volonté

Arrivée dans sa chambre, Else apprend par le télégramme qu’il ne s’agit plus de trente mille, mais de cinquante mille gulden. Elle est donc soumise à un choix cornélien. Soit elle sauve son père, mais cela a un prix ? Elle doit se montrer nue à un homme pour de l’argent ce qui équivaut à de la prostitution. Soit, elle sauve son honneur en ne le faisant pas, mais elle sera responsable du déshonneur de sa famille. Dans sa chambre, elle ne fait que changer d’avis. D’un côté, cette jeune vierge affiche clairement ses désirs exhibitionnistes, mais d’un autre côté, elle témoigne ses pulsions suicidaires. Elle met des cachets de Véronal dans un verre qu’elle pose sur la table de nuit et sort avec le télégramme accompagné d’une lettre qu’elle adresse à Dorsday. Elle place le télégramme et la lettre par terre au niveau de la porte de chambre de Dorsday pour accepter sa proposition. Néanmoins, celui-ci n’est pas dans sa chambre. Nue sous son manteau noir, Else décide de descendre afin de chercher Dorsday. Elle retrouve Paul et Cissy qui font les cent pas. Sa tante la surprend et constate qu’elle est sortie sans bas. Else lui ment en disant que ce genre d’attitudes lui arrive souvent lorsqu’elle est sujette aux migraines. Sa tante lui demande de rester là, le temps qu’elle aille chercher son fils. Elle veut qu’ils prennent tous une tisane avant d’aller se coucher.

L’exhibition qui plonge la belle dans un long sommeil

Else ne pense plus à rien. Elle cherche Dorsday partout. Elle retrouve ce dernier en train d’écouter une femme jouée du piano. Devant tout le monde, Else retire son manteau et se met à rire. Elle devient hystérique, continue de rire et finit par s’évanouir. Sa tante et Paul la ramassent. Aidés par Cissy, ils ramènent Else jusqu’à sa chambre. Else entend tout ce qui se passe. Sa tante veut partir dès le lendemain, elle compte l’envoyer à l’asile. Son cousin demande à sa mère d’aller se coucher, il compte veiller sur elle. Cissy, jalouse d’Else, semble ne pas apprécier que son amant souhaite rester avec une femme nue toute la nuit. Dorsday vient pour prendre des nouvelles d’Else. Pendant qu’ils discutent tous les trois, Else puise dans ses dernières forces afin de boire le verre où elle a glissé des somnifères.

Elle regrette rapidement son choix, mais il est trop tard. Elle aimerait qu’ils la sauve, leur expliquer ce qu’il s’est passé, mais elle n’a pas la force d’exprimer quoi que ce soit.
Else part dans ses rêveries et finit par s’endormir. L’histoire ne nous précise pas si elle a fini par se suicider ou si elle est simplement tombée dans les bras de Morphée.

Présentation des personnages

Les personnages présents

Else est le personnage qui raconte cette histoire. C’est le narrateur-personnage. C’est une belle jeune femme blonde de dix-neuf ans qui est en vacances avec sa tante et son cousin dans un hôtel en Italie. Consciente de sa beauté, cette vierge est une femme vaniteuse néanmoins, elle est déçue de voir que les hommes qui lui plaisent ne soient pas assez entreprenants. Elle est obligée de montrer son corps à Von Dorsdey, un homme qu’elle n’apprécie pas, pour espérer obtenir de l’argent afin de sauver sa famille du déshonneur. Elle finira par le faire au salon et Von Dorsdey ne sera pas le seul à profiter du spectacle. Puis la jeune femme finira par s’évanouir. Dans sa chambre, elle prendra un verre bourré de somnifère et elle s’endormira pour se réveiller le lendemain… Ou pas !

Von Dorsday est un riche marchand d’art. C’est un homme avec un bouc poivre et sel qui se balade avec un monocle. Par le passé, il a été aidé par le père d’Else. Ce dernier lui a aussi demandé de l’argent. Von Dorsday profite de la situation. Il accepte de donner les trente mille guldens à maître Fiala à condition qu’il puisse la contempler nue durant quinze minutes. Il accepte de la voir dehors ou dans sa chambre.

Paul est le cousin d’Else. Dès le début de l’histoire, il joue à un match de tennis avec elle et son amante, Cissy. Paul trouve sa cousine très belle et ne serait pas contre de pouvoir avoir une quelconque aventure avec elle-même s’il ne le dit jamais de manière implicite. Il est souvent présent pour elle.

Cissy Mohr entretient une relation avec Paul, le cousin d’Else. Elle ne semble pas trop s’occuper de sa fille, Fritzi. Elle dit dinner au lieu de dîner, ce qui énerve bien souvent Else qui se moque d’elle lorsqu’elle a le dos tourné. Elle éprouve de la jalousie envers Else.

Emma est la tante d’Else. Cette aristocrate est mariée à un homme avare. C’est le genre de femme discrète qui n’accepte pas que l’on fasse de scandale. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle souhaite partir dès le lendemain de l’hôtel lorsqu’Else s’évanouit après s’être montrée nue. Elle sait que les journaux vont en parler dès le lendemain et elle ne veut pas être témoin de ça. Elle souhaite envoyer Else à l’asile pour l’éloigner le plus loin possible de sa famille et protéger leur “nom”.

Fritzi est la fille de Cissy. Elle n’apparaît qu’une fois dans la nouvelle : au début du récit.

Les personnages mentionnés

Le père d’Else est un célèbre avocat qui a détourné l’argent de ses pupilles. Un mandat d’arrêt pèse contre lui s’il ne rend pas la somme de trente mille guldens après-demain. Ce n’est pas la première fois que le père d’Else détourne de l’argent. Else sait pertinemment que, même si elle vient à l’aider, il continuera de perdre de l’argent. Cet homme réussit toujours à s’en sortir, mais à trop tirer sur la corde, il se peut qu’un jour, il soit obligé de passer par la case prison. Else pense que si son père n’a pas envoyé de télégramme à Dorsday, c’était parce qu’il voulait que sa fille, doté d’une beauté exquise, puisse chavirer le cœur du marchand d’art. En un sens, elle est persuadée que son père était au courant des conditions que poseraient Dorsdey.

La mère d’Else est celle qui écrit la lettre pour demander à sa fille d’aller réclamer de l’argent à Dorsdey. Else est persuadée que sa mère n’a fait qu’écrire sous la demande de son père.

Fredrich Wenkheim, dit “Fred” est le seul homme en qui Else a vraiment confiance. Elle l’a toujours aimé, mais c’est également un homme trop honnête. Else sait qu’elle ne pourra jamais lui être réellement fidèle. C’est pour cette raison qu’elle n’a jamais voulu se mettre avec lui.

Rudi est le frère d’Else.

Le baron Höning est un homme qui a une haute estime du père d’Else. Toutefois, il a été contraint de le convoquer pour s’assurer qu’il rende bien l’argent sans quoi un mandat d’arrêt sera émis.

Le maître Fiala est le notaire à qui Dorsdey doit verser la somme déclarée.

Analyse de l’oeuvre

Dans Mademoiselle Else, Schnitzler se questionne d’emblée sur les relations entre les hommes et les femmes. Nous avons à faire à une jeune femme de dix-neuf ans aux cheveux blond vénitien. C’est d’ailleurs la seule réelle description que l’on a de cette femme. Pour le reste, tout est subjectif étant donné que du fait qu’elle soit le narrateur-personnage. Tout ce que l’on sait, c’est qu’Else est certainement vaniteuse. Elle se sent belle, elle s’imagine belle et elle se sait belle. Elle est persuadée que les hommes ne cessent de la regarder. Néanmoins, le personnage d’Else reste assez ambigu. D’un côté, elle désire que les hommes puissent prendre possession de son corps, mais d’un autre côté, elle souhaite rester “inabordable” : “Je suis sensuelle. Oui, mais altière aussi, et inabordable, Dieu merci”. La question est de savoir pourquoi cette jeune femme souhaite rester “inaccessible”.

Il est difficile de répondre à cette question d’autant plus que les pensées d’Else sont largement décousues et partent un peu dans tous les sens. En un sens, nous avons l’impression qu’elle cherche, progressivement, à se psychanalyser. Elle refoule son désir de prendre part au plaisir de la chair en choisissant de préserver sa virginité. Croit-elle perdre son pouvoir féminin si elle se donnait à un homme ? Souhaite-t-elle sentir que ce corps qu’elle estime être magnifique lui appartient à elle et à elle seule ? Dans ce cas, nous pouvons conclure, avec précipitation, qu’elle est capable d’imposer sa propre volonté, celle de se préserver. Néanmoins, elle se soumet aux exigences de ses parents et elle accepte, à contrecœur, de dévoiler son corps à Dorsdey. Cela ne rentre donc pas dans le cadre d’une femme qui imposerait sa propre volonté. Elle est plutôt victime de ce que les autres souhaitent d’elle. En un sens, le fait qu’elle agisse de la sorte tend à démontrer que même si elle se résigne à accepter ce qu’on attend d’elle, elle a encore le pouvoir de faire ce dont elle a envie. Plutôt que de montrer son corps uniquement à Dorsdey, elle s’offre en spectacle à toutes les personnes présentes dans la pièce. C’est pour Else l’occasion de s’émanciper contre ce qu’on attend d’elle et de démontrer sa volonté propre. Les pensées suicidaires qu’elle entretient durant une bonne partie de la nouvelle représentent pour elle un recours certain, c’est le prix de son honneur. Ainsi, en dévoilant sa nudité, elle lave l’honneur de sa famille et en se donnant la mort, elle rachète sa faute, celle d’avoir montré son corps pour obtenir de l’argent. Elle lave donc également son honneur.

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