Littérature

Jules Vallès, L’Enfant : résumé, personnages et analyse

Ecrit par lesresumes
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Résumé de L’Enfant de Jules Vallès

Publié en volume en 1879, L’enfant est le premier volet de la trilogie des Mémoires d’un révolté, paraissant en feuilletons dans la revue Le Siècle sous le pseudonyme La Chaussade en 1878. Ce roman d’inspiration autobiographique de Jules Vallès sera ensuite suivi de deux épisodes de la trilogie qui sont le Bachelier et L’Insurgé. Il s’agit également d’un roman réaliste qui s’adresse « A tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents… ».

Résumé de l’œuvre

Jacques Vingtras, qui est à la fois le personnage principal et le narrateur du roman, commence son récit alors qu’il est âgé de 5 ans. Fils d’un professeur de collège méprisé et d’une paysanne sournoise et sans éducation, il naît et grandit au Puy-en-Velay, dans la Haute-Loire. Pour sa mère, il ne faut jamais gâter un enfant, alors elle n’hésite pas à lui affliger des coups de fouet tous les jours. Elle lui fait aussi effectuer toutes les tâches qu’elle ne veut pas accomplir, que ce soit la vaisselle ou encore le ménage. Dès sa venue au monde, elle ne l’a pas aimé, car il représente tout ce qu’elle exècre. S’il ne le battait pas, son père n’empêchait pas sa femme de le faire.

À 10 ans, Jacques entre au collège. Pour lui, c’est un univers obscur et peu engageant, d’autant plus que son père était son surveillant. Ce monde clos contrastait nettement avec le bouillonnement des rues où le garçon aimait se balader. Souvent, il se rendait à l’École Normale afin de jouer avec l’enfant du Directeur. Bien évidemment, rien n’aurait pu faire oublier à l’enfant son cadre social. En plus, les vêtements dont sa mère le vêtait n’arrêtaient pas de lui remémorer la modestie des Vingtras. Selon lui, il paraissait parfois excentrique et ridicule.

Jacques semblait retrouver sa liberté lorsqu’il pouvait se balader sans compagnie dans les alentours de Puy. Les agitations de la ville le captivaient complètement. Néanmoins, ses plus beaux moments étaient lorsqu’il était en vacances à Farreyrolles. Là-bas, il savourait les simples délices de la vie rustique. Sa vie de famille s’opposait énormément à ce tableau merveilleux d’une vie libre. Entres autres, la cellule de famille était le canton de toutes les concessions, les brimades et les frustrations.

Après avoir été promu professeur de septième, M. Vingtras a emménagé à Saint-Étienne avec toute sa famille. Jacques découvre alors cette nouvelle ville, ainsi que les personnages de son quartier : les épiciers Vincent et le cordonnier Fabre. À la suite d’un incident avec d’autres garçons du quartier, sa mère le punit et lui interdit de les approcher de nouveau. Maintenant fils de professeur, il subit les inimitiés et les quolibets de ses camarades. Pour se réfugier, il plonge alors dans les livres où il découvre un univers à la fois exaltant et magique.

À la maison, Jacques n’arrête pas de vivre amèrement les railleries de sa mère. Rongés par la pauvreté, ses parents ne parviennent plus à être du même avis. Un jour, le curé de Chaudeyrolles, qui n’est autre qu’un oncle à lui, l’invite dans sa demeure. Là-bas, il découvre la joie de vivre et les plaisirs de la liberté. Malheureusement, ce paradis fut vite disparut. De retour à la maison, le garçon retrouve son quotidien avec beaucoup d’amertume. Dorénavant, étant en classe de quatrième, il subit des maltraitances et des humiliations au collège. Il a même projeté de s’enfuir avec deux autres élèves également brutalisés, mais en vain.

La vie familiale se dégrade encore plus lorsque la mère découvre l’attirance de son mari pour Mme Brignolin. Les Vingtras décident ensuite de déménager à Nantes. En tout cas, le voyage pour cette ville fut un vrai désastre. L’intolérante Mme Vingtras éreinte non seulement son fils, mais aussi son mari. Jacques, pensant enfin découvrir l’aventure à Nantes, fut finalement déçu et regretta d’avoir quitté Saint-Étienne. L’emménagement n’accommodait pas la vie de famille déjà trop délabrée. Le garçon finit par prendre conscience de la conduite délictuelle des adultes lorsque Louisette, une fillette de 10 ans, meurt sous les coups de M. Bergougnard, son propre père. Il fut alors saisi par un grand sentiment de révolte.

À l’âge de 14 ans, Jacques prépare le cycle des « humanités » où il apprenait le latin et le grec. Cependant, seuls les cours mathématiques lui étaient avenants. Mme Devinol, mère d’un élève, s’est éprise de Jacques, alors que celui-ci méconnaissait encore ce qu’est réellement l’amour. À ses côtés, il découvre les plaisirs du théâtre. Malheureusement, leur relation fut remarquée et on décida de l’envoyer à Paris pour qu’il soit mis en pension.

Le garçon n’aimait guère la ville des lumières. Lorsque sa mère le rejoint, il se révolte tout en s’émancipant de l’autorité maternelle. Des rencontres avec des journalistes et des ouvriers forment ses idées politiques et sa personnalité. Mais M. Vingtras le contraignit de regagner Nantes pour préparer son baccalauréat. Lorsqu’il échoue, son père est en colère. Son exaspération redoubla lorsque Jacques confirma vouloir devenir ouvrier. Père et fils finissent alors par se renier.

Dorénavant seul, Jacques songe au suicide. Quelques temps plus tard, un individu insulta son père. Il défia l’homme dans un duel. Blessé, ses parents ont tout de même pris soin de lui. À ce moment-là, il se rend enfin compte de l’affection que lui porte M. Vingtras malgré leurs opinions contraires. On permit qu’il retournât à la capitale où il put enfin devenir un homme.

Présentation des personnages

Jacques Vingtras

Portant les mêmes initiales que l’écrivain, Jacques Vingtras est le personnage principal du roman. Il n’existe pas d’authentification marquée et spécifique réalisée par l’auteur, toutefois, des ressemblances frappantes permettent de prendre en compte les particularités autobiographiques de l’œuvre. Il représente la jeunesse de l’époque. Un nouveau souffle pour une nouvelle société. La royauté s’efface définitivement du paysage politique français et c’est dans la rue que la République se construit. Jacques est à la fois acteur et spectateur. Il observe autant qu’il agit. Toutefois, il n’est pas un héros. Il est un jeune homme tout à fait ordinaire qui risque d’être arrêté pour trouble à l’ordre public. Il est l’amoureux transi devant une fille qui l’empêche de s’exprimer. Bien qu’il soit l’ignoré de la foule, il symbolise la foule du peuple.

Mme Vingtras, une mère castratrice

Quand Mme Vingtras affirme qu’il ne faut pas gâter les enfants, elle pense réellement ce qu’elle dit. Jacques va alors grandir sous les cris et les coups de fouet, sans aucune affection. Il est donc compliqué d’avoir la moindre affinité avec une telle mère. Par ailleurs, elle est la seule membre de la famille qui n’a pas droit à un prénom. Une désignation chargée d’une importante valeur affective. Toutefois, sa présence sature le roman. L’œuvre s’ouvre sur le chapitre « Ma mère » et se termine sur elle, étant donné que Mme Vingtras a le mot de la fin. L’image de la mère envahissant le roman illustre parfaitement la suffocation du personnage principal sous le poids de cette filiation et de cette présence.

Mme Vingtras est une mère très possessive qui ne partage qu’une relation de pouvoir avec son fils. Elle incarne même la négation et accumule les interdits (pas de caresse, de jouet ou de friandise). Elle réduit la socialisation de Jacques en lui proscrivant les jeux d’enfants, les exercices physiques ou les défis entre camarades.

Antoine Vingtras, un père méprisé

Étant une figure paternelle défaillante, M. Vingtras est aussi un des opposants à l’accession à l’âge adulte. Encore enfant, Jacques voulait parfois porter un nom différent de celui de son père. Il souhaitait être le fils de quelqu’un d’autre et se demande souvent sur leur parenté. Vingtras est un nom assez problématique, puisqu’il est avant tout celui de la mère et non du père. En effet, M. Vingtras ne dévoile aucune fierté pour le patronyme qui est perpétuellement taché de la médiocrité de son métier et de rapetissements auxquels il est contraint par la hiérarchie. Il est dédaigné par ses élèves, mais également par ses collègues.

Le père ne répond certainement pas au modèle viril, qu’il soit bourgeois ou encore populaire. Tout comme les salariés et les petits fonctionnaires, il fait partie de la classe qui est vue avec condescendance, puisqu’ils doivent « s’effacer devant une autorité supérieure ». Son assujettissement au pouvoir s’ingère jusqu’à son foyer, car c’est le proviseur qui interdit aux enseignants de battre leurs enfants. Jacques grandira avec l’obsession de ne pas être son père, alors qu’il est refoulé avec force vers le métier professoral.

Misérable et écrasé pendant l’enfance de Jacques, M. Vingtras va devenir un tyran pour l’adolescent. Plus l’enfant grandit, plus la brutalité et la violence vont s’amplifier. Les échecs de son fils au Baccalauréat et au concours sont une claque aux ambitions du père. Au lieu de mettre le garçon à la porte, il va l’y séquestrer, l’empêchant d’aller tenter sa chance ailleurs.

Mme Devinol

C’est avec Mme Devinol, une femme déjà mariée et beaucoup plus âgée que lui, que Jacques vit sa première expérience sexuelle. Après tout, la figure maternelle avait déjà un pied dans sa sexualité. Les attentions de Mme Devinol créent en lui le problème de soi, ainsi que l’envie d’être un homme viril.

À l’inverse de la mère, Mme Devinol ne bride point le désir ; c’est tout à fait le contraire qui se produit. C’est elle qui initie Jacques, qui guide et commande ses attitudes et ses gestes. Ses avances sont un peu effrayantes pour le jeune novice qui ne comprend pas encore les sous-entendus, d’autant plus qu’il n’est pas initié à la sexualité. Et comme à son habitude, Mme Vingtras s’interpose une fois de plus dans le développement identitaire de son propre fils et symbolise la castration.

Analyse de l’œuvre

Le style réaliste des habitudes quotidiennes et des descriptions place le roman dans une catégorie réaliste littéraire. Au fil de la lecture, on suit les aventures de tous les jours de la population française de la fin du XIXe siècle, à travers la vie d’un enfant qui deviendra un homme. Jules Vallès dédit son roman aux collégiens qui « furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents ». Une drôle de dédicace qui en dit long sur sa volonté d’exprimer sa désapprobation en ce qui concerne l’éducation autoritaire et répressive de l’époque, venant des parents ou encore des institutions scolaires. Une éducation profusément inappropriée selon l’écrivain, qu’elle conduisait les jeunes à la révolte.

Selon les propres dires de Vallès, le roman est une véritable « œuvre de combat ». Un combat qui souhaitait livrer tout en « cachant l’arme sous les dentelles, avec des histoires d’amour, des paysages de campagne, à côté des descriptions hardies de la place publique ». Le lecteur ne s’y trompe pas et s’indigne contre la mise en cause des deux piliers de la société : l’école et la famille. Sous les traits de Jacques Vingtras, l’écrivain raconte son enfance de souffre-douleur. La mère brutalise au nom de l’éducation. Pion de collège, le père paraît moins dur, jusqu’à ce que Jacques devienne son élève et fasse les frais de sa peur de l’administration. Vallès défie l’exaspération des bien-pensants. Soutenu par quelques écrivains et l’école naturaliste, il fait une entrée triomphale dans la république des lettres. Il en profite pour exprimer l’esprit de révolte contre la société bourgeoise de son époque.

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