Littérature

Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est une nouvelle écrite par Stefan Zweig. Elle a été publiée pour la première fois, dans le recueil La Confusion des sentiments, en 1927. Partons ensemble à la découverte de ce récit.

Résumé détaillé de 24 heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

Je ne sais pas si je le ferais. Peut-être que je pourrais le faire aussi

L’histoire commence dans une petite pension de la Riviera où vivent le narrateur, un couple d’Allemands, un couple d’Italiens, un Danois et une vieille dame anglaise. Tous les septs vivent dans une dépendance du grand Palace Hôtel. Ils ont donc pour habitude de croiser régulièrement les clients de l’hôtel. Ils y croisent un jeune Français distingué qui, en plus d’incarner l’idéal de la beauté masculine, dispose de nombreux atouts : modeste, cordiale, galant, séducteur, bon orateur, cultivé, etc. Le narrateur le voit se rapprocher doucement de Madame Henriette. Il joue avec ses filles au tennis, et se promène avec elle, pendant que son mari joue au domino avec un ami d’affaires. Toutefois, ce jeune Français discute avec tellement de personnes, que le narrateur n’y voit pas le mal.

Quand le jeune Français part, son absence se fait ressentir. Tout le monde parle de lui. Pendant qu’il est dans sa chambre, le narrateur entend des bruits plaintifs à l’extérieur : c’est le mari de Madame Henriette qui appelle sa femme. Cette dernière n’est pas rentrée après sa promenade et il craint qu’il lui soit arrivé quelque chose. Ses cris réveillent ses filles, ils montent pour les tranquilliser quand il s’aperçoit que sa femme lui a laissé une lettre. Celle-ci indique qu’elle l’a quitté pour aller vivre avec le jeune Français. La sympathie de ce dernier commence alors à diminuer. Toutefois, ce n’est pas sur lui que se portent les jugements, mais sur Madame Henriette. Ne comprenant pas comment une femme peut quitter son mari pour un homme qu’elle ne connaît que depuis 24 heures, les personnages commencent à penser que cette dernière devait forcément connaître le jeune Français depuis un long moment. Prenant la défense de la femme, le narrateur a une tout autre théorie : pour lui, il se pourrait que Madame Henriette, ennuyée de sa relation avec son mari, se soit laissée séduite par un homme avec lequel elle aurait pu avoir le coup de foudre. La conversation s’envenime.

L’Anglaise, Mrs C. prend la parole et tente de comprendre le raisonnement du narrateur en lui posant de nombreuses questions. Elle finit par quitter la pièce en clouant le débat en disant : “I don’t know, if i would. Perhaps I might do it also.” (Je ne sais pas si je le ferais. Peut-être que je pourrais le faire aussi.). Sa prise de parole permet d’apaiser les tensions.

La confidence de Mrs C.

Pendant les jours qui suivent, les habitants de la pension semblent être légèrement froids vis-à-vis du narrateur. Seule Mrs C. continue à échanger avec lui. En voyant qu’il continue à défendre Madame Henriette, Mrs C. décide de lui conter son histoire.

Mrs C. était une femme distinguée qui s’est mariée à un homme qui est mort subitement alors qu’elle avait 42 ans.
Veuve, elle est en proie à la tristesse et commence à déprimer. Elle décide de voyager pour ne pas faire subir sa morosité à ses enfants.

À Monte-Carlo, elle entre dans un casino sans avoir l’intention de jouer. En observant les gens autour de la table de jeu, elle se rappelle qu’on lui a appris à être attentive aux mains des joueurs. En effet, les mains permettent de saisir la personnalité des joueurs, et ce, sans avoir besoin de regarder leur visage. En observant les mains des joueurs, son regard est attiré par des mains magnifiques. Happée par ces beaux doigts, elle ne peut s’empêcher de regarder le visage de ce joueur. C’est un homme qui ne doit pas avoir plus de vingt-quatre ans dont les mains et la mine indiquent qu’il vient de perdre tout l’argent qu’il avait. Cela semble se confirmer lorsque le joueur, voulant donner un pourboire à l’employé du casino, trouve les poches de son gilet vides. Imaginant le jeune homme capable de se suicider, elle décide de suivre le jeune homme.

Mrs C. fait comprendre au narrateur qu’à ce moment précis, elle n’était pas tombée amoureuse de cet homme. Depuis la mort de son mari, elle n’avait pas pu regarder d’autres hommes. Sentant le pire arriver, elle l’avait tout simplement suivie, poussée par une force qu’elle ne s’explique pas.

Quand le jeune homme s’est installé sur le banc, Mrs C. explique qu’elle s’est retrouvée tétanisée. Elle n’était pas très loin de lui, mais elle ne savait pas quoi faire. Elle voulait aller le voir, mais sa pudeur l’en empêchait et elle était incapable de partir.
Grâce à la pluie, Mrs C. a eu l’audace d’aller à l’encontre du jeune homme. Compte tenu de la situation, celui-ci l’a d’abord pris pour une femme de joie voulant lui soutirer de l’argent. Voyant qu’elle n’en a pas après son argent, le jeune homme accepte de la suivre. Ils se dirigent dans un hôtel quelconque. Mrs C. lui donne de l’argent pour qu’il puisse se payer un hôtel, mais le jeune homme refuse. Voyant son air abattu, elle se décide à sonner. Le portier arrive et le jeune l’homme l’entraîne pour qu’elle entre dans l’hôtel avec lui.

Mrs C. affirme une nouvelle fois qu’elle n’a fait tout ça que pour éviter à ce jeune homme, en proie aux idées morbides, de se donner la mort. Elle a voulu le protéger et n’a absolument pas pensé à autre chose et pourtant, elle a fini par coucher avec ce jeune homme qui lui est inconnu. À son réveil, elle est dans la confusion la plus totale. Elle a honte de ce qui s’est passé. Elle décide de partir mais au moment où ses yeux se posent sur cet homme à demi-nu, elle se rend compte que celui-ci dort paisiblement et qu’il semble s’être apaisé. Le doute et la honte disparaissent et elle se sent heureuse : elle a sauvé cet homme d’une mort certaine. L’homme ouvre les yeux et elle lui demande de la rejoindre à midi devant le casino et elle s’en va. De retour à son hôtel, Mrs C. se sent heureuse. Depuis la mort de son mari, elle n’avait plus de but dans la vie et ses enfants étaient maintenant trop grands et trop indépendants pour qu’elle s’en occupe. En ayant sauvé cet homme, elle se sent renaître et troque sans s’en apercevoir ses vêtements du deuil avec des vêtements clairs.

Un jeune homme dévasté par l’addiction aux jeux

Se retrouvant devant le casino, Mrs C. invite le jeune homme à déjeuner et il se met à lui raconter son histoire. Descendant d’une “famille de vieille noblesse de Pologne”, il souhaitait épouser une carrière diplomatique. A la suite de ses premiers examens, couronnés de succès, son oncle l’a emmené fêter ça au champ de course. Heureux au jeu, il gagna trois fois de suite. Le jeune homme reçut de son père une somme d’argent “égale à la mensualité qu’on lui faisait” pour lé féliciter de la réussite de ses examens. Il voulut en gagner plus et il se dirigea dans un hippodrome dans lequel il récolta trois fois la somme. C’est ainsi que son addiction aux jeux a commencé à le dévorer. Il jouait partout où il pouvait au point de tout perdre. Avant de se rendre à Monte-Carlos, il a volé une parure de quelqu’un de sa famille. Celle-ci lui sert de trouver l’argent nécessaire pour continuer de jouer encore. La nuit où il se sont rencontré, il avait encore une fois tout perdu et il ne lui restait que son revolver avec quatre balles.
A la fin de son récit, Mrs C. lui propose de lui donner de l’argent pour qu’il puisse prendre le train pour rejoindre sa famille et rembourser la parure qu’il a volé à condition qu’il arrête de jouer. Celui-ci accepte. Ensemble, ils font le tour de la corniche. Loin du casino, le jeune homme voit la vie sous un autre angle. En voyant qu’il est catholique, Mrs C. l’entraîne dans une église et lui fait jurer dans ce lieu sacré le fait de ne plus jouer aux jeux d’argent. L’homme s’exécute et remercie le ciel de lui avoir envoyé un ange. Mrs C. l’emmène dans son hôtel et lui tend l’argent. Ne pouvant pas différer un rendez-vous avec des membres de sa famille, Mrs C. donne rendez-vous au jeune homme dans le hall de la gare pour 19 h.
En le voyant partir si docilement, elle comprend aujourd’hui pourquoi elle s’était sentie si mal. Elle aurait tant aimé qu’il la saisisse, qu’il ne la lâche pas, qu’il l’entraîne avec elle. Mais les choses ne se passèrent pas ainsi et elle en fut terriblement déçue.

L’ascenseur émotionnel

Prétextant une migraine, elle quitta le dîner pour se retrouver seule. C’est à ce moment-là qu’elle se berça d’illusion. Elle n’avait qu’un seul souhait, le séduire pour qu’il l’amène avec elle. Mrs C. prépara sa valise et se fit belle. Au moment où elle arriva à la gare, le train partit, emportant ses illusions. Elle se mit alors à revivre tous les instants qu’ils avaient passés ensemble. En allant au casino, elle fut surprise de tomber sur lui. Il n’était pas parti comme ils l’avaient convenu. Il était retourné au casino pour jouer avec l’argent qu’elle lui avait donné. En allant à sa rencontre, elle s’aperçut que le jeune homme n’était plus maître de lui-même. Il était complètement dévoré par l’exaltation que lui procurait les jeux. Lorsqu’elle tenta de le faire quitter le casino, le jeune homme s’emporta contre elle. La scène attira tous les regards vers elle, y compris sa cousine qui était présente sur les lieux. Honteuse, Mrs C. fuya. Elle n’avait qu’une idée en tête, partir le plus loin possible de cet endroit. En arrivant à la gare, elle se rendit compte que cela faisait exactement vingt-quatre heures qu’elle avait rencontré ce jeune homme pour la première fois. Elle quitta Monte-Carlo pour Paris, puis elle alla à Boulogne, à Douvres puis à Londre chez son fils.
Honteuse, elle décida de quitter sa famille pour s’installer dans une petite ville française où personne ne la connaissait. Avec le temps, elle finit par vivre avec ce lourd secret. En rencontrant un attaché de la légation d’Autriche, elle l’interrogea sur sa famille et apprit qu’un fils de l’un de ses cousins s’était suicidé à Monte-Carlos. Elle se sentit soulagée, elle était sûre de ne plus jamais le revoir. Il avait emporté dans sa mort, ce lourd secret qu’elle avait caché durant autant d’années.
Cela ne représente que vingt-quatre heures dans toute sa vie, mais chacune de ses heures ont été intenses. Voilà pourquoi elle comprend l’attitude d’Henriette : dans la vie d’une femme, vingt-quatre heures peuvent suffir pour faire changer la vie d’une femme, rallumer un coeur que l’on croyait éteint à jamais et vouloir partir vivre une idyle. C’est pour avoir défendue Madame Henriette que Mrs C. est si reconnaissante envers le narrateur. C’est également pour être soulagée de ce secret qu’elle n’a partagé avec personne qu’elle a souhaité lui raconter tout ça.
Ne trouvant pas les mots pour lui répondre quoi que ce soit, le narrateur baise la main de Mrs C.

Présentation des personnages

Le narrateur

Dans cette œuvre, la narration est à la première personne et nous ne savons que peu de chose sur le narrateur. Il passe ses journées à paresser sur une chaise ou à travailler. Il est simplement le seul à défendre Madame Henriette qui a quitté son mari pour un homme qu’elle n’a connu que pour vingt-quatre heures. Pour lui, ce temps est suffisant pour faire changer une femme.

Les personnages principaux

Mrs C. est une femme anglaise distinguée qui, tout comme le narrateur, vit à la pension Riviera. Après le repas, elle retourne à ses livres. Toutefois, lorsque les habitants de la pension se mettent à parler de Madame Henriette qui fuit avec le jeune Français, elle ne peut s’empêcher d’être reconnaissante face à l’attitude défensive du narrateur. En effet, la fuite de Madame Henriette a ranimé un lourd secret de son passé qu’elle se décide à partager avec le narrateur. Tout comme Henriette, elle aussi a vécu vingt-quatre heures qui ont suffi à changer sa vie.

Le jeune homme a à peu près 24 ans. Issu d’une vieille famille noble polonaise, il se dirige vers une carrière diplomatique, mais ses rêves sont aspirés par son addiction aux jeux qui l’entraîne dans un cercle vicieux. Si Mrs C. semble lui redonner l’espoir de changer de vie à un moment où il souhaite en terminer avec la vie, cela ne dure que peu de temps et il se remet à jouer trahissant ainsi les promesses qu’il s’est faites à lui-même, ainsi qu’à Mrs C. Il finit par se suicider.

Madame Henriette est l’épouse d’un industriel lyonnais. Ensemble, ils ont deux filles, Blanche, âgée de 13 ans et Annette qui a 12 ans. À l’hôtel, elle fait la connaissance d’un jeune Français séduisant. En seulement vingt-quatre heures, elle prend la décision de quitter mari et enfant pour vivre avec cet homme. Ce qui provoque une discussion animée dans laquelle tous la peignent comme une créature sans moralité, hormis le narrateur qui la défend.

Le Jeune Français est un homme distingué qui incarne l’idéal de la beauté masculine. Il dispose également de nombreux atouts : cultivé, bon orateur, intéressant et intéressé, séducteur, cordial, galant, modeste, etc. En seulement vingt-quatre heures, il se rapproche de Madame Henriette qui finit par quitter son mari et ses enfants pour vivre pleinement son idylle avec son amant. Les agissements de cet homme entraînent l’inimitié parmi toutes les personnes qui, jusque-là, le portaient en estime.

Le couple d’Allemands se compose de deux passionnés de photographie. Ils passent leur temps libre à faire des excursions pour réaliser de beaux clichés.

Le danois est un personnage rondelet qui pratique l’art de la pêche.

Les époux italiens profitent de l’après-midi pour faire des escapades à Monte-Carlos.

Analyse de l’œuvre

Un récit en tiroir

Dans cette oeuvre, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig réalise un récit à tiroir. En effet, le récit principal raconté par le narrateur nous narre l’histoire d’une femme qui a quitté son mari ainsi que ses enfants pour vivre une idylle amoureuse avec un homme qu’elle n’a connu que vingt-quatre heures. Là où la décision de Madame Henriette est sujet à controverse, on la qualifie de “Bovary” qui abandonne pour un “bellâtre”. Elle trouve un défenseur : le narrateur lui-même. Cette histoire principale est interrompue par un deuxième récit. Cette fois-ci, le narrateur change : c’est Mrs C. qui raconte l’histoire. Nous sommes alors plongés dans le monde infernal du casino. Un récit qui alimente vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Mrs C. qui, en souhaitant sauver un homme du suicide, se retrouve à vivre une expérience honteuse qui finit par devenir un secret honteux.

Deux histoires pour nous faire réfléchir sur la notion de “faute

Dans ce récit en tiroir, Zweig nous invite à méditer sur la notion de “faute” ainsi que la “culpabilité sociale”. Nous avons là deux histoires qui ne durent que 24 heures et qui permettent aux deux personnages féminins (madame Henriette et Mrs C.) d’embrasser l’opportunité de vivre une vie différente. Si nous pouvons émettre un jugement quant à l’attitude de madame Henriette, que nous ne connaissons que trop peu, il nous est en revanche beaucoup plus difficile de tenir pour responsable Mrs C. D’autant plus que si les deux histoires ont la même temporalité (24 heures), le deuxième récit, celui narré par Mrs C. est beaucoup plus long, ce qui permet aux lecteurs de comprendre plus facilement les circonstances par rapport à la nature des événements.

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