Littérature

Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Comme elle l’a précisé dans une interview, Stupeur et Tremblements est une œuvre de fiction basée sur une expérience personnelle réelle. L’auteure a choisi de changer les noms de l’entreprise et des personnages pour en faire un roman, mais l’histoire est vraie et lui est arrivée à 100 %. Stupeur et Tremblements est un roman de l’auteure Amélie Nothomb qui a été publié par Albin Michel en 1999. Ce septième roman a remporté le grand prix du roman de l’Académie française en 1999, ex aequo avec Anielka de François Taillandier. Découvrons ensemble ce roman autobiographique.

Résumé détaillé de Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb

Un défi plus difficile qu’il n’y paraît

Le 8 janvier 1990, Amélie arrive au dernier étage de l’immeuble Yumimoto au Japon. Dès son premier jour de travail, elle fait une mauvaise impression et est réprimandée par Monsieur Saito. Ce dernier lui montre le bureau de monsieur Omochi et de monsieur Haneda, le président de la compagnie, avant de lui montrer la place de son futur bureau. Monsieur Saito lui indique que sa supérieure, mademoiselle Mori, va la rejoindre dans l’après-midi après sa réunion. Monsieur Saito met Amélie au défi d’écrire une lettre en anglais à Adam Johnson pour lui signifier que monsieur Saito acceptait l’invitation à jouer au golf.
Amélie trouve le défi facile. Elle rédige la lettre et lorsqu’elle la présente à monsieur Saito, celui-ci lui demande de recommencer. Amélie passe des heures à trouver les meilleures formulations, mais celles-ci sont toutes refusées par monsieur Saito. Au moment où Amélie est en train de rédiger une énième lettre, monsieur Saito arrive, déchire la lettre sans même la lire et lui explique que mademoiselle Mori est arrivée. C’est avec elle que va travailler Amélie durant l’après-midi.

L’ôchakumi

Mademoiselle Mori arrive et demande à Amélie de l’appeler Fubuki. Cette dernière, du fait de sa taille, fait sensation auprès d’Amélie. Durant les jours qui suivent, Amélie se demande bien à quoi elle peut bien servir dans l’entreprise. Elle a toujours voulu travailler dans une entreprise japonaise, mais elle a l’impression de ne pas être réellement utile. Les documents que lui a passés mademoiselle Mori ne sont pas intéressants hormis un document qui indique tous les noms des employés ainsi que leurs femmes et leurs enfants. Amélie se décide à l’apprendre par cœur.
Monsieur Saito ne lui demande plus rien si ce n’est de lui apporter son café. Amélie ne s’en offusque pas, elle sait que dans toute compagnie nippone, tout nouvel employé doit commencer par l’”ôchakumi” (la fonction de l’honorable thé).
Amélie prend ce rôle au sérieux si bien qu’elle en vient à connaître les habitudes de tout le monde : “pour monsieur Saito, dès huit heures trente, un café noir. Pour monsieur Unaji, un café au lait, deux sucres, à dix heures. Pour monsieur Mizuno, un gobelet de Coca par heure. Pour monsieur Okada, à dix-sept heures, un thé anglais avec un nuage de lait. Pour Fubuki, un thé vert à neuf heures, un café noir à douze heures, un thé vert à quinze heures et un dernier café noir à dix-neuf heures”.

La première gaffe d’Amélie

Un matin, Amélie est chargée par monsieur Saito de préparer du café pour les vingt personnes que reçoit le vice-président de la société. Amélie entre et sert le café à chaque personne en disant des formules d’usage.
Quelques heures après, les personnes s’en vont et monsieur Saito, en colère, demande à Amélie de le suivre. Il lui explique qu’elle les a couverts de honte en parlant en japonais à des étrangers. Les ordres du dessus ont été clairs, elle doit oublier la langue japonaise, car cela n’est pas bien vu qu’une blanche comprenne leur langue. Amélie essaie de se défendre en vain, mais finit par accepter de ne plus parler le japonais au sein de l’entreprise.
Quand Amélie revient à son bureau, Mori se rend compte que celle-ci n’est pas bien. Elle lui demande de la suivre à la cuisine et Amélie vide son sac et avoue haïr monsieur Saito. Mori lui fait comprendre que les ordres ne viennent pas de lui, mais du vice-président, monsieur Omochi, qui est un homme “très spécial”. Elles ne peuvent donc rien faire. Mori lui parle du président, monsieur Haneda, qui est un “homme remarquable” et intelligent.
Mori et Amélie parlent de leur enfance. Mori signifie “Forêt” et Fubuki “tempête de neige”. Mori est une enfant de l’hiver née le 18 janvier 1961. Elle lui parle de son enfance dans le Kansai. Amélie lui confie qu’elle a vécu son enfance “au village de Shukugawa, près du mont Kabuto” proche de Nara. Les deux femmes sont donc originaires du Kansai.
En retournant à son bureau, Amélie n’a toujours aucune solution toutefois, la discussion avec Fubuki Mori l’a apaisée. Elle est heureuse qu’elle soit sa collègue.

Le crime d’initiative

Amélie se demande comment elle peut s’occuper sans faire comprendre aux autres qu’elle comprend et sait parler le japonais. Elle exerce toujours son travail d’ôchakumi dans lequel elle ne répond plus aux remerciements des cadres. Ce travail l’occupe un temps, mais très vite, elle finit par s’ennuyer à nouveau. Elle entreprend de distribuer le courrier aux différents employés. Ce travail lui plaît d’autant plus que la liste contenant le nom des employés et leurs familles l’aide grandement dans son travail. Cela lui permet de souhaiter un bon anniversaire à l’un des membres de la famille de l’employé.
Amélie s’épanouissait dans ce travail simple jusqu’à ce que monsieur Saito veuille s’entretenir avec elle. Il lui explique qu’elle s’est rendue coupable du crime d’initiative en volant le travail de quelqu’un d’autre. Le véritable postier ne se sentait vraiment pas bien, car il avait peur d’être licencié. Amélie qui souhaite trouver une occupation durant son temps de travail suggère à monsieur Saito de pouvoir mettre les calendriers à jour. Celui-ci accepte. Amélie s’occupe d’aller voir tous les employés afin de mettre à jour les calendriers. Cela ne lui prend pas beaucoup de temps, mais elle se plaît à le faire. Elle en profite pour divertir son public. Très vite, monsieur Saito l’appelle dans son bureau et lui demande de cesser de déconcentrer les employés.

Les photocopies

Monsieur Saito demande à Amélie de photocopier une liasse de pages au format A4. Lorsqu’elle revient, monsieur Saito trouve les photocopies légèrement décentrées et lui demande de recommencer. Amélie prend garde de faire les photocopies à la perfection, mais Monsieur Saito lui fait comprendre qu’elles sont encore décentrées, bien qu’elle ne voit aucune imperfection. Monsieur Saito lui explique qu’elle doit réaliser le travail sans l’avaleuse étant donné que celle-ci n’est pas assez précise. Amélie sait que cette tâche pénible va lui prendre énormément de temps. Elle comprend que c’est sa punition pour avoir dérangé les employés lorsqu’elle mettait à jour les calendriers.
Amélie passe des heures et des heures à réaliser cette besogne. Elle se rend compte qu’elle est en train de réaliser des photocopies sur les instructions de golf et elle en veut à monsieur Saito de détruire des arbres dans l’unique but de la punir. Elle travaille très tard jusqu’au moment où elle est surprise par monsieur Tenshi, qui a le même statut que monsieur Saito. Monsieur Tenshi est étonné qu’elle ne se serve pas de l’avaleuse. Amélie lui explique les directives de monsieur Saito et monsieur Tenshi comprend. Toutefois, en apprenant qu’Amélie est belge, il lui propose de livrer une étude pour lui sur le beurre allégé. Il lui demande de venir le voir à son bureau le lendemain. Après avoir fini les photocopies, Amélie les place sur le bureau de monsieur Saito et s’en va.

La collaboration avec monsieur Tenshi

En arrivant dans le bureau le lendemain, Fubuki explique à Amélie que monsieur Saito souhaite qu’elle recommence les photocopies. Cela amuse Amélie qui explique tout à Fubuki. Amélie retourne à la photocopie et utilise l’avaleuse, car elle sait que monsieur Saito ne prendra même pas la peine de vérifier avant de les jeter à la poubelle.
Amélie va voir monsieur Tenshi qui lui demande un rapport complet sur le nouveau beurre allégé. Il l’invite à s’asseoir au bureau de monsieur Satama qui est en voyage d’affaires.
Amélie commence son rapport en réalisant des études de marché et en profitant d’appeler la coopérative belge afin d’avoir des informations sur le produit. Elle est heureuse que monsieur Tenshi prenne de gros risques pour elle et lui fasse confiance. Amélie, c’est qu’elle a beaucoup de chance, car ce genre d’histoire est assez rare au Japon. D’ailleurs, elle ne peut s’empêcher de penser que Tenshi signifie “Ange”. Le lendemain, Amélie arrive assez tôt pour finir son rapport et le donner à monsieur Tenshi avant de recommencer les photocopies qui, une nouvelle fois, ne sont pas parfaites pour monsieur Saito.
À la photocopie, monsieur Tenshi félicite Amélie pour son travail et lui demande si elle souhaite qu’il dise que ce rapport est d’elle. Amélie n’a pas envie qu’il prenne des risques et accepte qu’il s’en attribue les droits d’auteur. Monsieur Tenshi souhaite s’entretenir avec monsieur Omochi afin d’avoir Amélie sous ses ordres, car il estime qu’il pourrait avoir besoin d’elle.

Démasqués

Quelques jours plus tard, Amélie est convoquée par monsieur Omochi. Monsieur Tenshi est présent et il l’attend avec un sourire. Toutefois, monsieur Omochi dissipe très vite sa joie. Il les réprimande en leur faisant comprendre qu’ils ont agi comme des individualistes. Il les traite de tous les noms et les accuse d’avoir conspiré à saboter la compagnie. Amélie, ne souhaitant pas que les chances d’accéder à un poste supérieure soient compromises pour monsieur Tenshi, décide d’endosser toute la responsabilité. Elle explique à monsieur Omochi que c’est elle qui a supplié monsieur Tenshi.
Monsieur Tenshi défend lui aussi Amélie en expliquant à monsieur Omochi que cette Occidentale est encore jeune et sans expérience. Il reconnaît ses fautes toutefois, il essaie de faire avouer à monsieur Omochi que le rapport d’Amélie est excellent. Cela irrite monsieur Omochi qui pense que monsieur Tenshi aurait dû attendre monsieur Saitama. Monsieur Tenshi explique que ce dernier étant un voyage d’affaires, il a été obligé de trouver une autre solution avant que cette affaire ne leur passe sous le nez. De plus, monsieur Saitama ne parlant pas le français, il aurait eu plus d’obstacles. En entendant cela, monsieur Omochi s’énerve d’autant plus. Monsieur Tenshi l’apaise en lui expliquant qu’ils peuvent trouver des bénéfices dans ces méfaits. Monsieur Omochi congédie Amélie en lui expliquant qu’elle ne rédigera plus jamais aucun rapport.

La trahison

Dans le couloir, Amélie entend monsieur Tenshi se faire réprimander une nouvelle fois avant de sortir. Ils vont dans la cuisine. Amélie s’excuse auprès de monsieur Tenshi. Ce dernier lui confie qu’il voulait expliquer à monsieur Haneda que le rapport était d’elle, mais il a été devancé par mademoiselle Mori qui a envoyé un billet à monsieur Omochi. Amélie n’y croit pas, elle pense que c’est une ruse de monsieur Saito. Monsieur Tenshi lui explique que monsieur Saito n’est pas méchant, il est juste coincé et complexé dans le rôle qu’on lui a attribué. Mademoiselle Mori n’est pas méchante non plus, elle n’a juste pas pu digérer qu’Amélie puisse obtenir une promotion après dix semaines au sein de la société alors qu’elle a eu du mal à obtenir un bon poste durant les premières années.
Amélie décide de crever l’abcès avec mademoiselle Mori. Amélie demande à mademoiselle Mori de la suivre. Amélie lui fait comprendre qu’elle est déçue de son attitude, mais mademoiselle Mori n’a aucun regret. Elle a appliqué le règlement. Amélie comprend que mademoiselle Mori a agi par simple jalousie. Amélie comprend que leur bonne entente est terminée.

Échec en tant que comptable

Le lendemain, mademoiselle Mori affecte Amélie en tant que comptable. Elle est sûre qu’elle va échouer à ce poste. Amélie s’occupe de trier les factures. Lorsque monsieur Unaji arrive pour informatiser les factures, il se met à rire. Amélie n’a pas trié les factures G.M.B.H pensant qu’il s’agissait de filiales. Mademoiselle Mori lui fait comprendre qu’il s‘agit du sigle “société” en Allemagne. Mademoiselle Mori, monsieur Unaji et Amélie mettent trois jours à trier les factures.
À un moment, monsieur Unaji se met à rire une nouvelle fois. Mademoiselle Mori se demande ce qu’Amélie a encore fait et monsieur Unaji montre la facture et le livre de comptes. En essayant de recopier bêtement le tableau des chiffres, Amélie a oublié ou rajouter un zéro en plus. Mademoiselle Mori est persuadée qu’Amélie a agi ainsi pour la punir, mais celle-ci lui affirme qu’il n’en est rien. Mademoiselle Mori se montre insultante envers Amélie la qualifiant d’idiote, de demeurée, de handicapé mental, mais cette dernière se défend en expliquant que les “gens de [son] espèce” ont le cerveau qui “s’endort” si leur “intelligence n’est pas sollicitée”.

Échec pour calculer les notes de frais

Mademoiselle Mori propose à Amélie de vérifier les notes de frais des employés en voyage d’affaires. Elle doit calculer le montant exact au yen près. Étant donné que la plupart des factures sont en marks, Amélie doit suivre le taux de la monnaie pour savoir si elle doit accepter ou contester la note de frais. Amélie avoue à mademoiselle Mori qu’elle n’est pas capable de réussir ce type de travail. Mademoiselle Mori lui montre comment faire en prenant un dossier. Cela lui prend moins de cinq minutes. Amélie essaie, mais n’y arrive pas. Elle comprend que mademoiselle Mori veut lui prouver qu’elle n’a aucune compétences intellectuelles. Le dossier s’agrandit et Amélie n’y arrive toujours pas. Sachant qu’elle doit finir le dossier à la fin du mois, elle décide de ramener ses affaires au bureau afin de passer ses journées au boulot. Tous les matins, elle va au lavabo pour se débarbouiller.
Amélie se perd et la nuit du 30 au 31, elle n’a toujours pas avancé. Elle se réveille le lendemain à dix heures couvertes de honte. Elle s’est endormie parmi plusieurs ordures pour avoir chaud. Mademoiselle Mori lui suggère de ne pas être dans l’entreprise quand elle veut ressembler à une clocharde. Amélie avoue à Mademoiselle Mori qu’elle renonce à la tâche. Mademoiselle Mori est heureuse.
Elle prend le dossier et réalise le travail en une vingtaine de minutes. Les choses ont repris leur cours. Amélie sait que dans d’autres pays, elle aurait été virée pour ça, mais ici, au Japon, les gens savent ce que “craquer” signifie.

Réflexions sur les femmes nippones

Ne voulant pas retourner sur un poste avec des chiffres, Amélie reprend ses anciennes fonctions : préparer le café et le thé ainsi qu’avancer les calendriers. En allant apporter une bière à monsieur Omochi, Amélie tombe sur monsieur Haneda qui connaît son nom. Amélie se demande comment un homme plein de noblesses peut régner sur ce type d’entreprise. Elle se met à penser que monsieur Haneda est un dieu et monsieur Omochi, le diable.
En regardant Mademoiselle Mori, Amélie rêve et énumère tous les devoirs de la femme nippone comme le fait d’être mariée avant ses vingt-cinq ans, d’un homme dont elle n’est pas amoureuse et qui ne l’aime pas, car un amoureux est un demeuré. Ou le fait d’être belle et avoir la ligne, car le simple fait de vieillir ou d’avoir des rondeurs est mal vu au Japon.
Amélie parle du deuxième enfant de monsieur Saito qui vient de naître et qui s’appelle Tsutomenu (“travailler”). Ce prénom lui donne envie de rire. Son attention se porte une nouvelle fois sur Mademoiselle Mori. À vingt-neuf ans, elle n’est toujours pas mariée et pourtant, c’est une très belle femme. Elle a passé sept ans de sa vie à gravir les échelons pour accéder à un poste auquel peu de nippones peuvent accéder. Amélie ne peut s’empêcher de constater qu’il y a une contradiction pour la femme dans le règlement. Les Japonais doivent beaucoup travailler, mais le fait qu’une femme travaille beaucoup trop l’empêche d’être marié avant ses vingt-cinq ans.

Échec en tant qu’entremetteuse

Amélie se rend compte que Fubuki agit différemment avec certains hommes dans la compagnie. Elle qualifie ça de “parade nuptiale de mademoiselle Mori”. Amélie décide de s’arranger pour qu’un certain Hollandais, Piet Kramer, un homme âgé de vingt-sept ans, puisse se mettre en relation avec mademoiselle Mori. Amélie dit à cette dernière que Piet Kramer l’apprécie beaucoup.
Un jour, Piet Kramer arrive dans le bureau et tout le monde est indisposé par l’odeur de sa transpiration. Quand il repart, les employés se moquent de l’odeur dérangeante qui émane des occidentaux, hommes comme femmes.
Amélie comprend que ce serait une honte pour mademoiselle Mori d’imaginer une aventure avec ce type d’homme. Elle semble malheureuse, mais Amélie n’en tire aucun plaisir.

Mademoiselle Mori garde la tête froide

Un jour, monsieur Omochi réclame mademoiselle Mori. Amélie pense qu’il va la réprimander dans son bureau, au lieu de ça, il se met à lui hurler dessus devant tous les employés. Amélie pense qu’elle n’a rien fait de mal, mais que monsieur Omochi a juste envie de passer ses nerfs sur quelqu’un. Amélie ne comprend pas ce que dit monsieur Omochi et essaie d’imaginer une discussion comique dans sa tête où elle ridiculise le vice-président. Elle se dit qu’elle aurait dû la défendre contre monsieur Omochi, mais elle n’a rien fait. Ce dernier finit par partir. Personne n’ose regarder mademoiselle Mori. Après être restée là pendant un moment, elle s’en va aux toilettes. Amélie cherche à la joindre pour la réconforter, mais comprend que cet acte est mal vu. Mademoiselle Mori avait gardé la tête haute, elle était partie se réfugier pour pleurer sans que personne ne la voie et elle, Amélie, l’avait dérangé. Quand elle est revenue à son bureau, Amélie a bien compris que sa supérieure lui en voulait.

Nouvelle affectation : les toilettes

Le lendemain, mademoiselle Mori a l’air beaucoup mieux. Elle lui a trouvé une nouvelle affectation : s’occuper des toilettes pour hommes et pour femmes. Amélie sait qu’il s’agit là d’une vengeance personnelle. Mademoiselle Mori cherche à faire en sorte qu’elle démissionne, mais malgré l’injustice, Amélie compte tenir bon. Elle a signé son contrat en janvier pour un an, aujourd’hui, c’est le mois de juin, elle sait qu’elle doit patienter encore quelques mois. Elle ne démissionnera pas.
Un jour, Amélie croise monsieur Haneda dans les toilettes. Ce dernier est stupéfait de la voir occuper une telle fonction, mais Amélie ne lui dit rien. Toutefois, elle pense que monsieur Haneda a dû s’entretenir avec mademoiselle Mori puisque le lendemain, mademoiselle Mori lui a fait comprendre que si elle devait se plaindre, elle devait le faire avec elle. Monsieur Omochi prend plaisir à voir Amélie travailler dans les toilettes. Monsieur Saito, quant à lui, est gêné. Quand monsieur Tenshi voit qu’Amélie est affectée à ce type de poste, il boycotte les toilettes et très vite, tous les hommes boycottent les toilettes. Cela les oblige à descendre dans les autres toilettes ce qui prend beaucoup plus de temps. Monsieur Omochi demande à mademoiselle Mori de trouver une solution. Celle-ci demande à Amélie de sortir à chaque fois que les hommes arrivent aux toilettes, prétextant qu’ils ne viennent plus, car ils se disent gênés de sa présence.

Une moins que rien

Amélie obéit aux ordres de mademoiselle Mori. Elle se rend compte que les hommes reviennent peu à peu hormis ceux qui sont sous les ordres de monsieur Tenshi. Amélie comprend qu’un débat idéologique est en train de se jouer. Ceux qui viennent dans les toilettes sont d’accord avec l’humiliation causée, car selon eux, une étrangère n’a rien à faire dans une société nippone. Ceux qui décident de ne pas venir estiment que la société devrait embaucher plus d’étrangers. Un jour, Amélie est attrapée par monsieur Omochi qui l’entraîne dans les toilettes des hommes, énervé, parce qu’il n’y a plus de papiers. Amélie a eu la peur de sa vie ce jour-là. Les mois qui ont suivi se ressemblent. Amélie continue de s’occuper de l’entretien des toilettes. Elle se souvient d’un film intitulé Furyo où elle compare sa relation entre elle et sa supérieure avec celle de David Bowie et Ryuichi Sakamoto même si, comme le constate si justement mademoiselle Mori, elle ne ressemble absolument pas à David Bowie.
Pour Amélie, elle n’est pas à plaindre. Elle se demande comment les comptables peuvent recopier des chiffres pendant des heures et des heures.

Le mois de décembre arrive et Amélie sait qu’il est temps d’annoncer qu’elle ne veut pas prolonger son contrat. Elle doit l’annoncer aux différentes classes hiérarchiques sans se plaindre. Elle doit également s’assurer de ne pas décrédibiliser la société afin de ne pas entacher la relation entre la Belgique et le Japon.

L’entretien avec mademoiselle Mori

Amélie commence par s’entretenir avec mademoiselle Mori en expliquant que malgré les belles opportunités apportées par l’entreprise, elle n’a pas été capable de se montrer à la hauteur étant donné qu’elle n’en avait pas les capacités intellectuelles. Elle précise que l’origine de cette incapacité se trouve dans l’infériorité du cerveau occidentale par rapport au cerveau nippon.” Mademoiselle Mori continue de la dégrader en lui expliquant que ce n’est pas un problème occidental, mais plutôt parce qu’elle est “handicapée”, ce n’est donc pas de sa faute. Mademoiselle Mori demande à Amélie ce qu’elle compte faire de sa vie. Amélie lui explique qu’elle compte enseigner le français ce qui amuse mademoiselle Mori. Amélie décide de prendre “le masque de la stupeur” et lui demande si elle pense qu’elle serait acceptée pour ramasser les ordures. Mademoiselle Nori acquiesce satisfaite.

Les autres entretiens

Amélie présente ensuite sa démission à monsieur Saito. Il paraissait mal à l’aise. Amélie donne les mêmes raisons qu’elle a évoquées à mademoiselle Miro. Toutefois, monsieur Saito présente ses excuses à Amélie ce qui l’étonne beaucoup. En effet, les Japonais s’excusent rarement. Amélie le rassure quant à son avenir.
Amélie arrive devant monsieur Omochi. Celui-ci semble de bonne humeur. Il est en train de manger du chocolat vert avec du melon à l’intérieur. Il ordonne à Amélie d’en manger, mais celle-ci refuse. Toutefois, après un petit moment, Amélie consent à manger un morceau qu’elle ne trouve pas si mauvais que ça. Monsieur Omochi se sent victorieux. Il comprend qu’Amélie ne reste pas et cela ne l’étonne pas qu’elle s’en aille, elle avait un problème et n’aurait jamais pu réussir dans cette entreprise. Tout comme mademoiselle Mori, il critique indirectement ses facultés intellectuelles.
Quand elle se présente à monsieur Haneda, ce dernier comprend clairement sa décision. Elle continue de présenter les mêmes raisons qu’elle a évoquées aux autres, mais monsieur Heneda la contredit en lui rappelant sa collaboration avec monsieur Tenshi. Il lui explique qu’elle n’est pas arrivée au bon moment. Toutefois, il lui fait comprendre que si un jour, elle souhaite revenir, ce sera avec beaucoup de plaisir.

Une nouvelle vie

Le 7 janvier, Amélie est heureuse de quitter enfin cette entreprise où elle a l’impression d’avoir travaillé pendant dix ans. Elle dit au revoir à de nombreuses personnes. Mademoiselle Mori n’est pas présente. Amélie quitte enfin cet immeuble où on ne la reverra plus jamais. Elle retourne en Europe quelques jours plus tard.
Le 14 janvier 1991, Amélie commence à écrire son premier manuscrit : Hygiène de l’assassin. Quatre jours après, elle se rappelle que c’est l’anniversaire de Fubuki Mori, elle a trente ans. Un an après, son premier roman est publié. L’année d’après, Amélie reçoit une lettre de Tokyo : “Amélie-san, Félicitations. Mori Fubuki.”. Cette lettre lui fait énormément plaisir, d’autant plus qu’elle est écrite en japonais.

Présentation des personnages

Amélie, qui a 22 ans, a un contrat d’un an avec la firme Yumimoto. Originaire de Belgique, elle a passé son enfance au Japon, dans le Kansai, comme mademoiselle Nori. Amélie est une femme forte qui ne se laisse pas décourager et qui a connaissance de ses capacités bien qu’elle soit humiliée et qu’elle subisse un harcèlement quotidien de la part de ses supérieurs (M. Omochi, M. Satoi et Mlle Mori). Elle reste dans l’entreprise durant toute la durée de son contrat et les laisse se moquer d’elle. Elle sait ce qu’elle vaut. C’est une femme très intelligente et très cultivée qui n’a pas sa place dans la section comptabilité en raison de son aversion pour les nombres. Dans les yeux de ses “tortionnaires”, elle incarne “l’Occident”. Sa carrière en tant qu’auteure sera une victoire personnelle contre toutes ces personnes qui n’ont pas cru en elle.

M. Haneda, le président de Yumimoto, a la cinquantaine, un physique svelte et un visage élégant. Il dégage une profonde gentillesse. C’est un homme remarquable et très intelligent. Pour Amélie, il incarne “Dieu” au sein de la société.

M. Omochi, le vice-président de Yumimoto, est une personne grosse et impressionnante. C’est une mauvaise personne qui ne porte pas les étrangers dans son cœur. On peut se demander s’il n’est pas également misogyne quand nous voyons comment il réprimande Mademoiselle Mori. C’est un homme autoritaire, odieux et grossier qui abuse de son pouvoir et qui n’hésite pas à humilier Amélie à de nombreuses reprises. Amélie le qualifie en tant que “diable” au sein de la société.

M. Saito est le supérieur direct de Mademoiselle Mori. Cet homme de cinquante ans est le directeur de la section comptabilité. C’est un homme de petite taille, maigre et assez laid. Au départ, cet homme à la voix rauque est insupportable pour Amélie toutefois, très vite, elle remarque qu’il est surtout piégé par rapport à son rôle. Il est le “subalterne” de monsieur Omochi et ne dispose pas de suffisamment de caractère pour s’émanciper.

Mlle Mori, âgée d’environ 29 ans est née en 1961 à Nara dans la région de Kansai. C’est une femme grande et mince, connue pour sa grâce. Son nom signifie “tempête de neige” et son prénom “forêt“. Elle se présente amicale avec Amélie, mais lorsque celle-ci collabore avec monsieur Tenshi, elle n’hésite pas à la dénoncer en se cachant derrière “le règlement”. Elle se montre alors comme une femme frustrée, jalouse de la réussite des autres qui n’hésite pas à écraser ses “subalternes” pour leur faire endurer toutes les insultes et les humiliations qu’elle a elle-même subie au sein de la société. Elle incarne la beauté et la méchanceté qui règne au Japon.

M. Tenshi est le responsable de la division des produits laitiers de Yumimoto. Son nom signifie “ange“. Il n’hésite pas à collaborer avec Amélie en utilisant ses compétences pour réaliser un rapport pour le beurre allégé d’une entreprise belge. Toutefois, cette collaboration sera dénoncée par mademoiselle Mori. M. Tenshi tachera de défendre Amélie auprès de monsieur Omochi. Lorsqu’Amélie sera affectée aux toilettes, monsieur Tenshi et son équipe décideront de “boycotter” les toilettes de l’étage. Il incarne l’idéologie de ces Japonais qui estiment que c’est une chance de travailler avec des étrangers.

Analyse de l’oeuvre

Analyse littéraire

Le narrateur de l’histoire est aussi un personnage et il narre le récit à la première personne. Le narrateur n’a pas connaissance de tout ce qui se passe dans l’histoire et ne peut donc pas être considéré comme “omniscient”. Le discours de l’histoire est principalement narratif, mais comprend aussi des éléments descriptifs et explicatifs. On peut également percevoir une dimension argumentative dans l’histoire, car le narrateur essaie de convaincre le lecteur de son point de vue sur les événements et les personnages. Il nous parle de la beauté incarnée par Mlle Mori. Son incompréhension concernant le mode de vie des Japonais comme la contradiction dans le règlement sur la valeur du travail, mais le fait que cela soit incompatible pour une femme.
L’auteur utilise plusieurs figures de style dans son récit, notamment la ressemblance (comparaison, métaphore, allégorie), l’opposition (antithèse, antiphrase), la répétition, l’exagération et l’atténuation. Le récit semble être une sélection subjective de souvenirs, sans vision critique du passé, et il semble que l’auteur essaie de se justifier. C’est pour cette raison qu’il nous est difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé durant cette année étant donné que l’histoire n’est que le point de vue de l’auteure. Dit-elle tout avec exactitude ? Omet-elle certains points qui ne la mettraient pas à son avantage ?

La thématique de la discrimination

Le roman semble s’appuyer sur une forme de discrimination dans laquelle le gaijin (外人, “personne de l’extérieur”) n’a pas sa place dans une société nippone. Il y a une volonté de la part des différents supérieurs d’Amélie pour montrer leur supériorité vis-à-vis des “étrangers”. Tout d’abord, Amélie doit oublier de savoir parler le japonais. Si elle n’en est pas capable, c’est que ses compétences sont déplorables. Elle, qui se targue d’avoir des compétences intellectuelles, est incapable de calculer des notes de frais. Elle ne réussit pas en plusieurs jours ce que Mlle Mori est capable de faire en seulement vingt minutes. Ces exemples permettent à ses supérieurs de montrer, voire même de se rassurer que leur pays est bien supérieur aux pays occidentaux. La discrimination ne s’arrête pas qu’aux compétences intellectuelles, il est également question de l’odeur dérangeante qui se dégage des occidentaux, tant pour les hommes que pour les femmes (passage avec l’Hollandais). Finalement, après avoir été incompétente, Amélie est affectée aux toilettes parce qu’elle ne sait faire que des tâches sans importance (servir le thé et le café, avancer la date dans l’agenda, distribuer le courrier). Toutefois, elle se montre brillante avec le rapport qu’elle rédige avec monsieur Tenshi, mais cela irrite fortement monsieur Omochi. Il fait comprendre indirectement que monsieur Saitama, en tant que japonais, aurait été plus performant qu’Amélie pour ce type de poste. Il ne veut pas comprendre que celui-ci, aussi compétent qu’il soit, n’aurait pas su exploiter les mêmes compétences qu’Amélie, celle-ci sait parler le japonais et le français. Dans sa volonté d’imposer la supériorité nippone, monsieur Omochi en devient presque ridicule.

Ce qui intéressant dans cette discrimination vécue par Amélie, c’est son universalité. Peu importe d’où ils viennent, les étrangers sont toujours mal vus dans les pays qui les accueillent. La population a peur qu’ils leur volent leur emploi, on leur refuse souvent des postes intéressants, et ce, malgré leurs compétences. Si les choses changent et évoluent dans de nombreux pays, force est de constater que la discrimination envers les étrangers reste encore très ancrée dans de nombreux pays.

De plus, Amélie est une femme, ce qui ne joue pas à son avantage pour réussir à obtenir une promotion intéressante au sein de cette société nippone. Elle subit donc également une discrimination genrée. Ce qui est étrange, c’est qu’elle ne subit pas cette discrimination que par les hommes. En effet, Mlle Mori se venge sur elle. Cette dernière a mis énormément de temps à gravir les échelons. Plutôt que de se montrer douce et compréhensive, elle se montre impitoyable envers sa subalterne.

À chacun ses compétences

Cette œuvre d’Amélie Nothomb illustre les propos d’Albert Einstein lorsqu’il disait : “Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson à sa capacité de grimper à un arbre, il vivra toute sa vie en croyant qu’il est stupide.”. En effet, Amélie est employée dans un poste de comptabilité où elle échoue à de nombreuses reprises, du fait de son aversion pour les chiffres. Lorsqu’elle collabore avec Monsieur Tenshi, elle dévoile des compétences qui peuvent être un réel atout pour l’entreprise. Toutefois, plutôt que de se servir de ses compétences, on la force à réaliser des tâches pour lesquelles elle n’arrive pas. Au début, elle est employée à “ne rien faire” et très vite, on l’utilise pour faire des tâches qu’elle ne sait pas faire. Finalement, au lieu de l’envoyer vers des tâches où elle pourrait mettre à profit ses compétences, on l’entrave et on lui assigne une affectation humiliante et dégradante : l’entretien des toilettes. Ainsi, en prenant Amélie comme l’instrument qui leur permet de montrer leur supériorité face aux Occidentaux, M. Omochi et Mlle Mori font tout le contraire. Ils montrent qu’ils ne sont pas capables d’évoluer leurs mentalités afin d’utiliser les compétences de leurs subalternes pour le bien-être de leur société. Ce sont des personnes “inférieures” qui prétendent agir pour l’entreprise alors qu’ils ne font que travailler pour leur propre succès personnel.

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