Littérature

Didier Daeninckx, Cannibale : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Publié par les Éditions Verdier en 1998, Cannibale est un roman qui relate les mauvais traitements réservés aux Kanaks pendant l’Exposition coloniale au bois de Vincennes en 1931. Passé sous silence pendant longtemps, l’auteur, Didier Daeninckx, remet tous ces événements au jour afin de montrer à l’univers l’enfer vécu par les populations colonisées.

Résumé de l’œuvre Cannibale de Didier Daeninckx

L’histoire se déroule vers la fin des années 90. Gocéné et Francis Carroz, un ami chauffeur, se rendent à Tendo dans un 4×4, mais des Japonais leur tendent un barrage. Gocéné descend alors de la voiture, mais son ami décide de faire un demi-tour afin de s’enfuir. C’est alors qu’il raconte à Kali et Wathiock, ce qui leur est arrivé à Paris. Il va notamment leur raconter comment ils se sont rencontrés.

Il explique comment il a été embarqué pour l’exposition coloniale de 1931 en France, logé au zoo de Vincennes sous le nom de cannibale. La façon dont leurs représentants étaient traités aurait dû éveiller les consciences de la congruente société française. Les organisateurs de l’événement dressaient les Kanaks afin de leur rendre leur soi-disant caractère agressif, originel et belliqueux. Quand les crocodiles sont morts, le directeur du zoo n’a pas hésité une seule seconde à proposer un échange contre trente Néo-Calédoniens avec un cirque en Allemagne afin que le public puisse voir les bêtes féroces s’ébattre dans les bassins.

L’unique problème vient de Gocéné : il n’acceptait pas de voir partir sa promise, Minoé, fille du chef de Canala. Le jeune homme tente de s’interposer, mais les gardiens vont l’en empêcher. Avec l’aide du cousin de Minoé, qui n’est autre que son meilleur ami Badimoin, il essaie de retrouver sa bien-aimée. Tous deux s’évadent alors du zoo de Vincennes. Pour passer inaperçus, ils se réfugient dans un café où ils se restaurent afin de reprendre des forces.

En ressortant, la pluie les oblige à s’abriter dans les couloirs du métro. Mais Gocéné n’en peut plus et veut absolument revoir sa promise. Ils décident donc de retourner au parc animalier. Sous la contrainte, ils font avouer ce qu’il allait advenir de Minoé et de ses compagnons à un gardien. Ce dernier avoue que leur destination finale était un cirque en Allemagne, mais avant, tout le groupe allait séjourner dans un dortoir à Paris.

Gocéné et Badimoin se sont donc précipités au dortoir pour essayer d’intercepter le convoi avant le départ outre-Rhin. Malheureusement, des soldats sont arrivés et les obligeaient à s’enfuir. Ils se sont alors précités à la gare. Cependant, à leur arrivée, il est déjà trop tard. Ils n’ont juste eu le temps de voir le train s’éloigner devant eux.

À leur recherche, la police tente de les rattraper, mais les deux hommes ont réussi à s’échapper grâce à la complice de Fofana, un homme qui nettoyait les couloirs du métro. Ce dernier les a cachés dans un local afin que les policiers ne mettent la main sur eux. Il leur a certainement sauvé la vie à cet instant-là.

En effet, il ne s’est pas contenté de les cacher à la vue des policiers, il leur a aussi donné à manger et à boire. Après un bon bout de temps, Badimoin et Gocéné ont décidé de retourner au zoo de Vincennes afin d’interroger les responsables. Néanmoins, lorsqu’ils pénétrèrent dans le bureau de Grimaut ainsi que de son supérieur, la police les encerclait déjà.

Les deux jeunes hommes n’avaient pas le temps de se poser des questions : ils n’avaient le choix que de se sauver immédiatement.

Le cousin de Minoé n’a pas eu le temps de fuir, car il s’est fait tirer dessus, malgré l’intervention de Caroz qui a essayé de l’aider. Badimoin s’est écroulé, sans vie. Gocéné s’est fait capturer et la justice lui a infligé une peine de quinze années de prison. Caroz, quant à lui, écopait d’une peine moins sévère.

Les principaux personnages

Dans ce roman de Didier Daeninckx, on retrouve les Kanaks ainsi que trois autres types de personnages : ceux qui adoptent une attitude raciste, ceux qui viennent en aide au héros, les neutres.

Gocéné

Né dans la tribu de Canala, Gocéné vit désormais dans la tribu de Tendo avec Minoé, sa femme. À l’âge de 75 ans, il relate sa propre histoire à deux jeunes Kanaks. Beaucoup de choses se sont passées dans sa vie, mais jamais il n’oubliera l’humiliation où il a été envoyé avec d’autres membres de plusieurs tribus à Paris. Déterminé, il met sa vie en danger afin de sauver ses camarades de voyage. Il n’hésitera même pas à aider Kali et Wathiock au prix de sa vie. Son personnage est un symbole de la lutte anticoloniale ainsi que du travail de mémoire dont on doit faire preuve.

Minoé

C’est la fille du chef de Canala et la promise de Gocéné. On la retrouve peu, cependant, elle est présente tout au cours du roman par l’intermédiaire de son époux Gocéné qui réalise son périple à travers la capitale française pour la retrouver. C’est justement à partir de leur relation que l’histoire prend forme.

Badimoin

Ce cousin de Minoé fait partie de Waito, la maison du chef de Canala. Il a promis à celui-ci de veiller sur Minoé et Gocéné au cours de leur voyage en France. Les forces de l’ordre l’abattent de nombreuses balles dans le dos pendant qu’il essaie de s’enfuir avec son meilleur ami. Il meurt avec le sourire aux lèvres. Son personnage nous dévoile l’injustice ainsi que la violence perpétrée par les blancs contre les peuples autochtones.

Waito

C’est le chef du village de Canala. Représentant la figure paternelle du roman, il désigne les Kanaks qui vont se rendre à Paris afin de représenter leur tribu. Il ignore les traitements qui allaient être réservés à tout son peuple, puisque Joseph Guyon, adjoint du gouverneur, avait pris des engagements à Nouméa, en ce qui concerne leur périple. Ces engagements ont été oubliés à leur arrivée dans la capitale française.

Grimaut

Il s’agit de l’adjoint d’Albert Pontevigne, haut-commissaire. C’est lui qui apprend à ce dernier la mort des crocodiles. Il est également celui qui a proposé d’échanger une trentaine de Kanaks contre une centaine de crocodiles au cirque Höffner. Pour lui, ce n’est rien d’inhumain, car il a réussi à récupérer des crocodiles, ce qui était leur plus gros souci. Avec son personnage, on se pose la question de ce qui est réellement tolérable. Il représente également la mentalité des années 30.

Albert Pontevigne

Ce haut-commissaire est un réel menteur. Il est responsable du bon déroulement de l’exposition. Son personnage a appelé à l’aide et a entraîné le décès de Badimoin. Il symbolise l’autorité raciste ainsi que le système procolonial.

Kali et Wathiock

Dans les années 80, ces deux jeunes rebelles luttent pour l’indépendance de la Kanaky, l’île des Kanaks. Ces personnages arrêtent Caroz et Gocéné au tout début de l’histoire, ce qui entraîne le voyage de Gocéné pendant l’exposition universelle. La méfiance qu’ils ont envers les hommes blancs est pressentie dès le commencement et l’histoire du protagoniste principal change leur point de vue sur eux-mêmes. L’auteur nous plonge dans l’ignorance en ce qui concerne ce qui va leur arriver.

Francis Caroz

Ce personnage apparait dans les premières pages du roman, alors qu’il accompagne son ami Gocéné jusqu’à la tribu de Tendo. Vivant dans les années 30 à Saint-Denis, en banlieue, cet ouvrier parisien s’interpose lorsque les forces de l’ordre pointent une arme sur Gocéné et qu’elles venaient de tuer Badimoin. Cela a sauvé la vie du personnage principal, mais son acte lui a valu une peine de prison de trois mois. La volonté de l’auteur est de prouver que c’est une personne ordinaire, cependant, il ne supporte pas l’injustice qu’importe la couleur de peau.

Fofana

Né en Casamance, au Sénégal, Fofana travaille à la gare de l’Est en tant qu’homme de ménage. Jouant un rôle primordial dans l’histoire, il aide Badimoin et Gocéné à fuir la police dans le métro, les nourrit et les guide jusqu’à Vincennes afin de retourner à l’exposition coloniale. Grâce à ce personnage, l’auteur nous relate une tout autre partie de l’histoire coloniale. Il s’agit des tirailleurs sénégalais dépêchés au front, à la mort, lorsque les Français ne désiraient plus y aller. On sait que la plupart des jeunes de son village sont décédés, que sa toux est persistante, que ses poumons ont été atteints, et cela risque de lui coûter la vie.

Analyse de l’oeuvre

Ce récit de 100 pages, intense, mais bref, s’inspire de faits réels. L’incroyable récit des enfants venus du bout du monde afin de servir de monnaie d’échange fait surgir des souvenirs d’un moment que plusieurs Français aimeraient voir enfouis pour toujours. L’empire colonial n’a pas transcrit les pages les plus extraordinaires de l’histoire nationale. Côté racisme, il s’agit d’une histoire horrible qui est relatée par Daeninckx.

L’auteur nous dévoile que l’exposition coloniale de 1931 était pour les politiciens une façon de prouver que les noirs étaient comme des monstres assoiffés de sang et de haine. Ignorante, la population ne demande qu’à croire ce qu’on leur raconte.

Les droits du Citoyen et de l’Homme sont facétieusement ridiculisés, en présentant des humains tels des animaux. Toute la dignité humaine est un concept dont les dirigeants sont éloignés. La couleur de peau représente une barrière insurmontable. Les forces de l’ordre préfèrent considérer que les peuples autochtones sont des barbares, des sauvages et des cannibales.

Là où ces individus d’horizons divers auraient pu apporter leur culture, des personnes influentes ont préféré les enfermer dans des cages pour en faire des bêtes curieuses. Quoi qu’il en soit, l’exposition coloniale de 1931 demeure une référence de ce qu’il ne faut plus refaire ni revoir nulle part sur cette planète.

Une histoire à la fois dynamique, incisive et brève

Bien qu’il soit court, ce roman nous incite à en faire la lecture d’une traite et à nous perdre dans le tourbillon des péripéties. Chaque lecteur est captivé dans la course-poursuite perpétuelle entre Badimoin et Gocéné d’une part et les forces de l’ordre de l’autre. Avec eux, on se perd dans la capitale des années 1930, dans les cafés, les rues, le métro, etc.

Le récit est inspiré de faits réels : l’exposition à Paris, de 1931, ainsi que de Vincennes, a vraiment exposé des indigènes dans des enclos, tels des animaux. Le roman en devient d’autant plus poignant et plus fort.

Cannibale nous induit lire le roman d’une traite, tant l’intérêt de tel ou tel lecteur se trouve titillé. Le colonialisme des années 1930 est caricaturé comme un régime totalitaire. Le racisme et l’intolérance sont monnaies courantes.

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