Littérature

Honoré de Balzac, L’Auberge rouge : résumé, personnages et analyse

Ecrit par lesresumes
image_pdfTélécharger cette fiche de lecture en PDF

L’Auberge Rouge est une nouvelle d’Honoré de Balzac parue en 1831 dans la « Revue de Paris ». Cette nouvelle est qualifiée de prouesse narrative. Un narrateur se raconte en rapportant ce qu’Hermann a dit à propos de ce que Prosper a narré. Plusieurs niveaux de lecture se développent autour de trois personnages : « Je », Prosper et Frédéric.

Résumé

Un banquier parisien organise une soirée en l’honneur d’un ami, monsieur Hermann, de passage à Paris. Ce dernier, négociant allemand, raconte « une histoire à faire peur », à la demande de la fille du banquier. Il s’agit d’une histoire qu’il a entendue lors de son emprisonnement à Andernach au moment des guerres napoléoniennes où il avait été arrêté par les Français.

L’histoire de M. Hermann se déroule dans la zone occupée par les armées françaises. Le 20 octobre 1799, deux jeunes soldats français, étudiants en médecine et qui ont été enrôlés en qualité de chirurgiens militaires, arrivent à une heure tardive à Andernach. Il s’agit de Prosper Magnan et d’un autre dont le nom échappe à M. Hermann et qu’il baptise Wilhem. Tous deux décident de passer la nuit à l’ « Auberge Rouge », au bord du Rhin. Ils partagent leur chambre avec M. Wahlenfer, un industriel arrivé encore plus tardivement qu’eux, qui a fui les hostilités et avoue avoir sur lui une somme importante en or et diamants. Prosper n’arrive pas à trouver le sommeil en pensant à ce que la mort de l’industriel aurait de fructueux pour lui. Des idées de meurtre l’envahissent, mais un sursaut de conscience le retient. Finalement, il réussit à s’endormir. Il est alors réveillé par des cris perçants : M. Wahlenfer a bien été assassiné, et de plus, avec un instrument chirurgical. Prosper Magnan est innocent, mais il a été arrêté et condamné à être fusillé.

C’est dans la prison d’Andernach qu’il fait la connaissance de M. Hermann. Ce dernier a été arrêté par les troupes françaises pour avoir fait partie d’un groupe de patriotes allemands en lutte contre l’occupant. Il assiste à l’arrivée de Prosper, parvient à se rapprocher de lui et comprend bien vite que le jeune homme est vraiment innocent. Prosper répète devant ses juges qu’il est innocent en actes, mais coupable d’avoir imaginé ce crime dans un premier temps. Il innocente également Wilhem qui lui semble incapable d’un tel crime, mais qui a dû fuir, horrifié par le spectacle dans leur chambre. À ce moment du récit, M. Hermann retrouve subitement le nom du jeune homme enfui : Frédéric. À l’évocation de ce prénom, l’un des convives, M.Taillefer, qui se décomposait progressivement au cours du récit d’Hermann, s’effondre. Il s’agit en fait de Jean-Frédéric Taillefer qui se trouve à la même table que lui, à son insu. C’est celui que M. Hermann avait baptisé Wilhem et qui est le véritable assassin. Il est devenu un riche financier couvert d’honneur, mais son opulence, qui est due à ce crime, n’a pas empêché de douloureux souvenirs. Après avoir appris que le jeune chirurgien Prosper Magnan a été effectivement fusillé et que sa mère est aussi morte, M. Taillefer est saisi d’une crise nerveuse dont il meurt peu après.

Hermann a aussitôt deviné la vérité. Il révèle alors être tombé amoureux de Victorine Taillefer, la fille de Jean-Frédéric Taillefer, quelques jours plus tôt au cours d’un bal. Il a des scrupules à épouser une héritière dont la fortune est couverte de sang. Il décide de ne plus la revoir et part pour Andernach dans l’espoir de résoudre le mystère de cette histoire et de la fortune des Taillefer. À son retour, il réunit ses plus proches amis pour leur expliquer l’embarras dans lequel il se trouve et leur demander conseil. Il les invite à un dîner et leur demande de voter pour décider s’il doit ou non épouser Victorine. Aucune majorité n’apparaît dans le vote. Le dilemme reste non résolu : doit-il laisser parler ses sentiments amoureux pour Victorine et écouter la voix de son coeur ? Doit-il au contraire laisser parler ses scrupules et renoncer à Victorine, sachant qu’elle n’a rien à se reprocher ?

À la fin de la nouvelle, l’ambigüité demeure sur la décision qu’il prendra.

Les personnages principaux

– Le narrateur : M. Hermann, un banquier allemand qui est présent d’un bout à l’autre du récit sous le pronom personnel « Je », mais dont on ne sait rien, sauf qu’il est amoureux de Victorine Taillefer.

– Prosper Magnan : c’est le jeune homme qui est l’un des deux chirurgiens militaires qui ont partagé la chambre d’auberge avec l’industriel assassiné. Il est l’ami de Jean-Frédéric Taillefer. C’est lui qui a raconté son histoire à M. Hermann lorsqu’ils étaient ensemble dans la prison d’Andernach. Il est injustement condamné à mort par le Conseil de guerre et fusillé.

– Jean-Frédéric Taillefer, alias Wilhem, est l’ami de Prosper Magnan, en réalité le deuxième chirurgien militaire qui a aussi partagé la chambre d’auberge avec l’industriel assassiné. Il est maintenant un riche banquier et a une fille prénommée Victorine. Il est présent lors du diner où Hermann raconte l’histoire et se sent de plus en plus mal dans sa peau tout au long du récit.

– Victorine Taillefer, fille de Jean-Frédéric Taillefer. Hermann et Victorine sont amoureux l’un de l’autre. Hermann souhaite la demander en mariage, mais lorsqu’il apprend qu’elle est l’héritière d’une fortune entachée de sang, il se retrouve face à un dilemme.

Analyse de l’œuvre

Après un somptueux dîner, un banquier allemand nommé Hermann est prié de raconter une histoire aux convives. Il choisit de raconter une histoire vraie : celle de Prosper Magnan injustement accusé de meurtre. Le meurtre s’est passé dans une auberge appelée « l’Auberge Rouge » sur un industriel qui a voyagé avec une valise pleine d’or et de diamants.

Cette affaire de l’Auberge Rouge ne devait offrir qu’une divertissante histoire pour aider à la digestion, mais a des répercussions sur le présent du narrateur. Plus le narrateur avance dans son récit, plus l’un des convives change de couleur. Que signifient ces signes de fébrilité ? Et s’il était le véritable auteur du crime ?

Cette nouvelle, qui a été publiée en 1831, fait partie des Études philosophiques de la Comédie humaine. L’auteur, Honoré de Balzac, parle de culpabilité. Est-ce que désirer la mort de quelqu’un fait de nous un coupable ? En est-il de même si on convoite la fille d’un assassin ? Finalement, qu’est-ce qui nous rend coupable ?

Est-il possible de vivre avec le poids d’un crime sur la conscience ? Peut-on profiter sereinement d’un bien mal acquis en dissimulant un lourd secret ? Est-il préférable de dévoiler un tel secret ou vaut-il mieux étouffer l’affaire ? Un mensonge est-il juste pour épargner des souffrances ?

On retrouve dans ce court récit les caractéristiques de l’écriture d’Honoré de Balzac et son regard vif sur la société de son temps. Il exprime une ironie diffuse et une étude de caractères psychologiques face à la richesse et à ses tentations.

Le narrateur est, lui aussi, impliqué et personne ne connaît le choix qu’il fera à la fin du récit. Cette nouvelle est à la fois une intrigue policière et un récit philosophique sur la culpabilité, le remords et le poids du secret.

image_pdfTélécharger cette fiche de lecture en PDF

A propos de l'auteur

lesresumes

Laisser un commentaire