Littérature

Jean Cocteau, Les Enfants terribles : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Les Enfants terribles est un roman de l’auteur français Jean Cocteau publié en 1929. Il s’agit d’une histoire complexe et intense qui traite de l’amour, de la haine, de la rivalité et de l’isolement entre un frère, Paul, et une sœur, Elisabeth. Explorons cette œuvre ensemble.

Résumé de Les Enfants terribles de Jean Cocteau

Partie 1

La cité Monthiers, nichée entre la rue d’Amsterdam et la rue de Clichy, est un havre de silence où de petits hôtels particuliers abritent probablement des artistes. Mais ce calme est troublé chaque jour lorsque les élèves du lycée Condorcet, situé en face, envahissent la cité, la transformant en une véritable cour de récréation où ils jouent et conspirent. Ces jeunes élèves, avec leur innocence et leurs mystérieux rites, fascinent et étonnent ceux qui les observent. Lors d’une journée enneigée, ces jeux prennent une tournure tragique. Au milieu d’une bataille de boules de neige, Paul, admirateur secret de Dargelos, un garçon populaire de l’école, est gravement blessé par une boule de neige lancée par ce dernier. Celle-ci le frappe à la poitrine, le faisant chuter et saigner abondamment.

Bien que Gérard, un ami de Paul, accuse Dargelos d’avoir mis une pierre, Paul, la victime défend Dargelos en affirmant qu’il n’a été touché que par une boule de neige et qu’il a probablement fait une congestion. Dargelos quitte la scène après avoir acheté un rouleau de réglisse. Soulagé de voir que le malade sé rétablit, le censeur le confie à Gérard.

Elisabeth, aussi appelée Lise, âgée de douze ans, prend soin de son frère Paul alité. Il est confiné dans une chambre spéciale, théâtre d’événements majeurs. Cette pièce, ornée de photos de célébrités de leur époque et de brigands, est le reflet de sa vie. C’est un espace où leurs imaginations débridées prennent vie, loin du monde sérieux des adultes. Vivant comme de perpétuels enfants dans cette chambre partagée, ils y ont dissimulé un trésor composé d’objets hétéroclites, dont seul le duo connaît la valeur. Lise est attentionnée et affectueuse. La complicité entre le frère et la sœur est profonde, se complétant parfaitement. Ils jouent ensemble pour combattre l’ennui et se chamaillent constamment. Gérard nourrit en secret des sentiments pour la belle Lise. Il est l’un des rares privilégiés admis dans la chambre des deux, ayant accès à leur univers particulier.

Après le décès de la mère de Paul et Elisabeth, les deux enfants se retrouvent davantage livrés à eux-mêmes. Toutefois, plutôt que d’être abattus, ils ressentent une plus grande liberté sans sa présence. Sans parents, c’est Mariette, la femme qui s’occupait de la maison, qui veille sur eux.

Dans le milieu du mannequinat, Elisabeth fait la connaissance d’Agathe, avec qui elle noue une amitié forte. Agathe est aussi invitée à pénétrer dans l’extraordinaire chambre des “enfants terribles”. À sa première rencontre avec elle, Paul trouve qu’Agathe présente une ressemblance frappante avec Dargelos, l’élève audacieux qui l’avait autrefois blessé et qu’il admirait en secret pour son esprit rebelle. Paul s’éprend d’Agathe, mais garde ses sentiments pour lui, adoptant même une attitude réservée.

Partie 2

Elisabeth épouse Michael, un Américain fortuné de quarante-sept ans, nettement plus âgé qu’elle. Elle est sur le point de quitter la chambre enchantée pour commencer une nouvelle vie ailleurs. Cependant, le jour même de leur union, Michael perd la vie dans un accident de voiture. C’est comme si une force ou une entité veillait sur les occupants de la chambre, s’assurant que personne ne s’en détache.

Après ce tragique incident, Paul, Gérard et Agathe s’installent à l’hôtel qu’Elisabeth a hérité, pour la soutenir dans son chagrin et sa solitude. En souvenir de leur passé, Paul tente de recréer dans la grande galerie de l’hôtel une chambre similaire à celle qu’ils avaient autrefois. Pour ce faire, il utilise des paravents et des draps. Lors d’un moment d’intimité, Agathe confie à Elisabeth ses sentiments pour Paul. Lorsqu’Elisabeth tombe sur un télégramme de Paul déclarant son amour pour Agathe.

Elisabeth décide non seulement de retenir le message, mais aussi d’entraver la romance naissante entre les deux jeunes amants. Elle persuade Agathe que Paul ne ressent rien pour elle et qu’elle devrait tourner la page. Elle orchestre même un rapprochement entre Agathe et Gérard, les poussant jusqu’au mariage. Pendant ce temps, la santé de Paul s’effrite. Désespéré, en partie à cause de l’absence de réponse d’Agathe, il souhaite en finir avec la vie. Informée de sa détresse, Agathe se précipite pour lui révéler ses véritables sentiments, mais elle arrive trop tard. En effet, Paul a mis fin à ses jours en ingérant un poison que Dargelos, croisé par hasard par Gérard, a transmis à leur ami. Ce poison évoque la boule de neige du début, symbolisant un destin inéluctable revenant hanter celui qu’il était destiné à toucher.

Avant de mourir, Paul avoue son amour à Agathe. Celle-ci comprend alors qu’Elisabeth les a trahis tous les deux. Lise, découverte, se suicide à son tour. En mourant, elle s’effondre sur le paravent, symbole de la chambre magique qui disparaît avec ses fondateurs.

Présentation des personnages

Paul n’est pas décrit avec une grande minutie physique dans le roman, ce qui laisse au lecteur une certaine liberté d’interprétation. Toutefois, sa vulnérabilité physique est suggérée dès le début du roman lorsqu’il est blessé par une boule de neige lancée par Dargelos. Cette blessure n’est pas seulement un événement narratif, elle renforce l’idée de sa fragilité intrinsèque, comme s’il était plus susceptible que d’autres de subir les outrages de la vie. Cette faiblesse est d’autant plus accentuée par la manière dont il est soigné et couvé par sa sœur Élisabeth, soulignant sa dépendance. Paul est un personnage complexe, pétri de contradictions. Sa nature rêveuse le pousse souvent dans des mondes imaginaires, où il peut échapper aux rigueurs de la réalité. Ces évasions mentales lui servent de refuge face à une réalité souvent trop difficile à affronter. Sa relation avec sa sœur, Élisabeth, est centrale pour comprendre sa psychologie. Il y a un amour profond entre eux, mais cet amour est empoisonné par une toxicité et une dépendance mutuelle. Leur univers commun, matérialisé par “La Chambre“, devient à la fois leur sanctuaire et leur prison. Pour Paul, Élisabeth est à la fois le pilier qui le soutient et la chaîne qui le retient. L’évolution de Paul est profondément liée à sa relation avec Élisabeth. Suite à sa blessure, il se replie encore plus sur lui-même, accentuant sa dépendance envers sa sœur. Cette dépendance croissante devient source de tensions. Alors qu’ils s’enferment dans leur jeu, des fissures commencent à apparaître dans leur relation. La présence d’autres personnes, en particulier celle d’Agathe, qui ressemble étrangement à Dargelos, accentue ces tensions. La dépendance de Paul vis-à-vis d’Élisabeth se transforme progressivement en une lutte pour l’indépendance et l’identité, mais les conséquences de cette lutte s’avèrent tragiques. Paul incarne plusieurs symboles dans le roman. Sa fragilité physique et émotionnelle le représente comme l’incarnation de la vulnérabilité de la jeunesse. Dans une société souvent cruelle et impitoyable, Paul est le jeune homme qui se perd, se brise et se reconstruit sans cesse. Sa relation avec Élisabeth symbolise les liens étroits, parfois destructeurs, qui peuvent se nouer au sein d’une famille. Enfin, son isolement, renforcé par sa nature rêveuse et son enfermement dans “La Chambre” représente l’isolation de l’individu face à un monde extérieur incompréhensible et menaçant.

Élisabeth possède une certaine beauté ou du moins un charme qui ne laisse pas indifférent. Cette attractivité physique peut être perçue comme une arme supplémentaire dans son arsenal de manipulation. Cela lui permet d’exercer une influence ou un pouvoir sur les autres, en particulier sur Paul. Élisabeth est sans doute l’une des figures les plus complexes et ambiguës du roman. Elle combine en elle des traits protecteurs, voire maternels, envers Paul, tout en manifestant un besoin impérieux de le contrôler et de dominer leur relation. Cette dualité crée un personnage profondément conflictuel. D’une part, elle est la gardienne protectrice de Paul, le soignant et le défendant contre les menaces extérieures. D’autre part, elle est la maîtresse des jeux, celle qui établit les règles dans “La Chambre“, l’univers qu’ils ont créé ensemble. Cette chambre est leur refuge, mais c’est aussi le lieu de leur emprisonnement, et c’est Élisabeth qui en détient la clé. Au fur et à mesure que l’intrigue progresse, la nature possessive d’Élisabeth se renforce. Elle voit en Paul non seulement un frère, mais aussi une extension d’elle-même, un objet qu’elle doit posséder totalement. L’introduction d’autres personnages, en particulier Agathe, agit comme un révélateur de cette possessivité exacerbée. Élisabeth manipule de plus en plus son entourage, pas seulement Paul, afin de renforcer son contrôle et de maintenir l’équilibre précaire de leur univers commun. Cette intensification de son comportement manipulatoire culmine dans des décisions radicales. Celles-ci auront des conséquences tragiques pour elle et son frère. Élisabeth est un puissant symbole des dynamiques de pouvoir et de contrôle. Elle incarne l’idée que l’amour et la domination peuvent souvent être intimement liés. Ainsi, la frontière entre protection et emprisonnement peut être incroyablement ténue. Sa relation avec Paul symbolise les liens étouffants qui peuvent se nouer entre des êtres proches. Ici, l’amour devient à la fois toxique et destructeur. Dans un sens plus large, Élisabeth peut être perçue comme une représentation de la tentation du pouvoir absolu, avec toutes ses séductions et tous ses dangers.

Dargelos est décrit comme un camarade de classe de Paul, possédant une beauté androgyne qui défie les normes traditionnelles de la masculinité. Cette ambiguïté dans son apparence contribue à son aura mystérieuse et fascinante, captivant Paul. Dargelos est un personnage énigmatique dans le roman. Bien que sa présence réelle soit limitée, son impact psychologique sur Paul est indéniable. Il est une figure d’admiration, voire d’obsession, pour Paul, incarnant peut-être un idéal ou un désir inatteignable pour lui. Même si Dargelos demeure un personnage périphérique en termes de présence réelle dans le récit, son influence sur l’histoire est profonde. Il est à l’origine de la blessure de Paul, événement déclencheur du roman. Il reste une figure omniprésente dans l’esprit de Paul, presque comme un fantôme ou un idéal inatteignable. Dargelos symbolise l’idéal, l’objet du désir et peut-être même l’interdit. Sa beauté androgyne le rend intemporel et universel. Il rappelle les figures mythiques qui transcendent le genre et les normes sociales.

Agathe est remarquable pour sa ressemblance frappante avec Dargelos, une similitude qui intrigue et fascine Paul. Cette ressemblance physique renforce le lien entre les deux personnages, bien qu’ils soient très différents dans leur essence. Contrairement à l’aura énigmatique de Dargelos, Agathe est présentée comme une figure plus douce, vulnérable et accessible. Sa sensibilité contraste fortement avec l’image presque mythique de Dargelos. Elle offre à Paul une version plus “réelle” et tangible de son obsession. Agathe joue un rôle plus central dans le déroulement de l’histoire que Dargelos. Sa proximité avec Paul et leur relation naissante deviennent une source majeure de tension entre Paul et Élisabeth. Cette tension révèle et exacerbe les dynamiques toxiques à l’œuvre entre les deux frères et sœurs. Si Dargelos est l’idéalisation du désir, Agathe pourrait représenter la réalisation concrète de ce désir. Elle incarne la possibilité d’une intimité et d’une connexion en dehors de la relation étouffante de Paul et Élisabeth. Dans le même temps, elle symbolise également les dangers inhérents à la rupture des liens établis et à la transgression des limites.

Gérard est décrit comme un jeune homme issu d’une bonne famille. C’est une figure stable et fidèle dans la vie tumultueuse des deux protagonistes. Il démontre une loyauté remarquable envers Paul, tentant souvent d’agir comme médiateur ou pacificateur dans les conflits qui surgissent. Doux et peut-être un peu effacé face à la force du lien entre Paul et Élisabeth, Gérard est souvent mis dans une position inconfortable. Il est pris entre les deux et tente de naviguer dans leur dynamique compliquée. Alors que Gérard est initialement un observateur extérieur, il se retrouve progressivement aspiré dans le tourbillon de la relation entre Paul et Élisabeth. Il devient, malgré lui, un acteur dans leurs jeux psychologiques. Il essaie de maintenir un équilibre précaire tout en essayant de les soutenir. Même s’il aspire à les aider, il est parfois dépassé par l’intensité de leur relation et par les situations qu’ils créent. Gérard représente un élément extérieur à la bulle presque incestueuse que forment Paul et Élisabeth. Il est un rappel du monde extérieur, de la normalité et de la raison. Sa présence contraste fortement avec le chaos interne de la relation frère-sœur. Gérard est un pont entre eux et la réalité. Il essaie souvent de les ramener sur terre ou de les guider vers une voie plus saine. Toutefois, sa position symbolique met également en évidence la puissance du lien entre Paul et Élisabeth, car malgré ses efforts, Gérard est souvent impuissant face à leur dynamique.

Analyse de l’oeuvre

Une plume poétique pour une oeuvre inscrite dans un cadre intemporel

Cocteau est avant tout un poète, ce qui se traduit dans son roman par une utilisation méticuleuse et artistique de la langue. Ses phrases sont souvent chargées de métaphores, de symboles et d’images, qui enrichissent le récit et lui confèrent une texture poétique. Le style de Cocteau dans Les Enfants terribles est caractéristique de sa prose poétique, avec une tendance à la densité et à une certaine complexité. Celle-ci n’est pas simplement stylistique, elle reflète la profondeur psychologique des personnages et la complexité de leurs relations. Parfois, l’écriture peut sembler obscure ou difficile d’accès, reflétant ainsi la complexité des émotions et des situations décrites. Elle demande au lecteur de s’engager activement dans le déchiffrement du roman.

Tout au long du roman, la notion de temps est délibérément floue. Les jours peuvent sembler s’étirer indéfiniment, tandis que certaines périodes sont racontées de manière elliptique. La frontière entre le réel et l’imaginaire est souvent brouillée. Cela est particulièrement manifeste dans les jeux des protagonistes et dans leur univers de “La Chambre“, où les règles de la réalité conventionnelle sont souvent suspendues ou réécrites.
L’intrication du passé et du présent est une autre caractéristique de la temporalité du roman. Les souvenirs, les regrets et les traumas du passé influencent et se mêlent constamment aux événements actuels. Cela crée une sensation d’intemporalité.

Bien que l’histoire soit en grande partie racontée du point de vue de Paul, il ne s’agit pas d’une narration à la première personne typique. Le lecteur est souvent amené à ressentir les émotions et les réflexions de Paul de manière intense et intime. Cocteau place régulièrement le lecteur dans une position d’observateur externe, presque comme un voyeur, permettant ainsi une vision panoramique des dynamiques en jeu entre les personnages.
Cette perspective changeante encourage le lecteur à devenir actif dans son expérience de lecture, l’invitant à décrypter, interpréter et comprendre les dynamiques complexes et parfois mystérieuses entre les personnages.

Quels sont les thèmes principaux de l’œuvre Les Enfants terribles de Jean Cocteau ?

La relation fraternelle

Le cœur de l’histoire est la relation entre Paul et Élisabeth. Cette relation est intense, parfois toxique, souvent tendre, et toujours complexe. Ils partagent une complicité profonde, mais aussi des jalousies et des rancœurs. Leur lien dépasse la simple fraternité. Il est marqué par une dépendance mutuelle, une attraction et une répulsion simultanées, faisant écho à des thèmes universels de l’amour et de la haine, de la vie et de la mort. L’interaction entre amour, dépendance, possessivité et animosité donne lieu à des moments de tendresse pure, mais aussi à des moments de cruauté.

L’isolement

La “Chambre” est bien plus qu’un simple lieu physique dans le roman. Elle est le sanctuaire des deux protagonistes, où ils peuvent échapper au monde extérieur. Néanmoins, elle devient également leur prison, les enfermant dans leur propre univers. La “Chambre” est un lieu d’évasion des réalités du monde extérieur, mais elle est aussi le lieu où les deux sont le plus vulnérables à leurs propres démons et à la toxicité de leur relation. L’isolement souligne la beauté et les dangers de l’intimité. Il montre à quel point la proximité peut être à la fois salvatrice et destructrice.

Les jeux et l’imaginaire

Les jeux sont pour Paul et Élisabeth un moyen d’échapper à la réalité, mais ils deviennent également une façon d’explorer et d’exprimer leurs émotions les plus profondes, leurs peurs et leurs désirs. Ce qui commence comme des jeux innocents d’enfants devient, avec le temps, de plus en plus sérieux et parfois dangereux. Ils reflètent la progression de leur relation et les tensions sous-jacentes. L’imaginaire se mêle et se confond souvent avec la réalité, faisant écho à la complexité de leurs émotions et à l’ambiguïté de leur relation.

La transition à l’âge adulte

Paul et Élisabeth sont à la croisée des chemins, pris entre le monde de l’enfance et les responsabilités et réalités de l’âge adulte. La transition est marquée par une multitude de tensions – désir d’indépendance contre peur de l’abandon, besoin de sécurité contre désir d’exploration et d’expérimentation. Le passage à l’âge adulte est également marqué par une perte d’innocence, où les réalités du monde extérieur commencent à infiltrer et à perturber leur univers clos.

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