Littérature

Jean de La Bruyère, Les Caractères (Livres V à X) : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Résumé de Les Caractères de Jean de La Bruyère

Les Caractères de Jean de La Bruyère, un auteur français, est un recueil de 420 remarques et de réflexions qui portent sur les mœurs de ses comportements. Présentées sous forme de maximes, ces remarques sont dans la continuité des réflexions réalisées par Théophraste, un auteur grec de l’antiquité, que Jean de La Bruyère a traduit. Les Caractères se décomposent en 16 livres :

  • Livre I Des ouvrages de l’esprit
  • Livre II Du mérite personnel
  • Livre III Des femmes
  • Livre IV Du coeur
  • Livre V De la société et des conversations
  • Livre VI Des biens de fortune
  • Livre VII De la ville
  • Livre VIII De la cour
  • Livre XIX Des grands
  • Livre X Du souverain et de la république
  • Livre XI De l’homme
  • Livre XII Des jugements
  • Livre XIII De la mode
  • Livre XIV De quelques usages
  • Livre XV De la chaire
  • Livre XVI Des esprits forts

Dans cette partie, nous nous concentrons essentiellement sur les Livres V à X qui sont au programme du Bac de Français.

Résumé détaillé

Livre V : De la Société et de la conversation

Dans ce chapitre, La Bruyère examine l’art d’être en société en nous décrivant comment la parole est utilisée dans les salons de conversation. Il dépeint plusieurs personnages mal éduqués dont leurs traits sont antagonistes aux valeurs d’honnêteté et de politesse. L’auteur nous montre clairement que ces hommes, en souhaitant imposer leur vision du monde aux autres, ne s’écoutent pas.
Dans ce chapitre, La Bruyère critique fermement la parole lorsqu’elle est employée pour critiquer ou pour se moquer. Selon lui, le bon usage de la parole permet aux hommes d’échanger et de s’instruire.

Les personnages fictifs que La Bruyère utilisent sont Acis, Arrias, Cléon, Euthyphron, Hermagoras, Théodecte, Troïle. À l’instar de Jean de La Fontaine qui utilisait des animaux pour ne pas froisser les gens de la cour.

Acis est un personnage qui s’exprime avec des “phrases embrouillées” un discours bien trop pompeux. Il utilise des grands mots pour ne rien dire. Pour La Bruyère, le fait qu’un homme se cache derrière un “pompeux galimatias” stipule qu’il n’a aucun esprit. Il utilise des mots compliqués pour faire croire qu’il est intelligent.

Arrias est l’homme qui “a tout lu” et “a tout vu”. Pour être intéressant et montrer qu’il sait, il est prêt à mentir. C’est un personnage qui a besoin de s’imposer pour se montrer intéressant. Lorsqu’une personne comprend qu’il n’est pas honnête et le pousse dans ses retranchements, il utilise un argument d’autorité en la qualité de Sethon, ambassadeur de France.

Cléon est un personnage qui “parle peu” ou “peu juste” toutefois, il précise “qu’il dit ce qu’il pense”.

Euthyphron est le genre d’homme qui se permet de juger la condition d’un homme tout en gagnant plus que lui. Il précise que le fait d’avoir dix mille livres de rente est quelque chose de bien toutefois cet homme a cinquante mille livres de revenus et cela ne lui suffit pas vraiment puisqu’il pense mériter beaucoup plus.

Hermagoras est un personnage qui jouit d’une bonne connaissance des civilisations anciennes. Toutefois, il n’a que très peu de connaissances sur la vie contemporaine et ne sait rien des “maisons de France, d’Autriche et de Bavière”.

Théodecte est un homme désobligeant qui n’a aucune civilité. Cet homme imposant n’a “aucun discernement des personnes”. Il abuse du respect qu’on lui doit, qu’on lui donne et on lui passe tout.

Troïle est le genre de personnage dont les autres cherchent l’approbation. C’est la “parole d’évangile”. Tout ce qu’il dit est d’or et les gens considèrent pour vrai tout ce qu’il dit. Si la nourriture est mauvaise, c’est qu’elle l’est. Si un homme est laid, c’est qu’il est vraiment moche. Les gens sont soumis à sa parole et nul homme ne peut le contredire puisqu’il a entièrement raison dans tout ce qu’il dit. La Bruyère met en garde les personnes dans le sens où ce n’est pas parce que Troïle loue une personne un jour qu’il ne va pas la désapprouver le lendemain. Les gens sont soumis à son bon vouloir.

Livre VI : Des biens de fortune

Dans ce chapitre, La Bruyère montre à quel point l’argent, en plus de déstabiliser l’ordre social, crée des inégalités qui ne reposent aucunement sur le mérite. Sans argent, un homme n’est rien et pour en avoir, les hommes sont prêts à tout. À l’instar de l’adage “La fin justifie les moyens”, l’auteur évoque l’ascension fulgurante d’un domestique nommé Sosie qui obtient le statut de noble grâce à ses manigances et ses fraudes.

En plus de Sosie, La Bruyère réalise le portrait de nombreux personnages, dont Arfure, Clitiphon, Chrysippe, Crésus, Ergaste, Périandre.

Arfure est une femme dont la vertu est obscure et qui est dévouée entièrement à elle. “Son mari est entré dans le huitième denier”. Elle souhaite se confesser et tous les hommes d’église se disputent pour le faire : “le curé l’emporte”.

Clitiphon est un “manieur d’argent”, un “homme d’affaires” qui n’est jamais présent quand on a besoin de lui. Tout le jour, il s’enferme dans ses appartements, précisant qu’il ne veut pas être dérangé. Que fait-il ? Personne ne le sait. Toutefois, il est très occupé et il est très difficile de pouvoir échanger avec lui.

Chrysippe est le premier de sa famille à devenir noble en obtenant deux mille livres de rente. Toutefois, cet argent ne change pas cet homme qui, bien qu’il soit “assez avancé en âge”, continue de travailler pour s’enrichir. Nous pouvons voir ce personnage sous deux aspects différents : soit c’est un travailleur invétéré soit c’est un homme qui veut toujours plus d’argent.

Crésus est un homme qui a joui d’une immense richesse par le vol et la concussion (“perception illicite d’argent”, synonyme : escroquerie, Le Robert). Toutefois, il a tout utilisé de son vivant si bien qu’au moment où on l’amène au cimetière, il n’a pas les moyens de se faire enterrer.

Ergaste est un personnage qui serait prêt à tout faire payer pour amasser encore plus d’argent. Le moraliste précise qu’il pourrait exiger “un droit de tous ceux qui boivent de l’eau de la rivière”. C’est le genre d’homme qui aimerait déposséder les hommes de leurs terres pour les faire payer encore plus.

Périandre est un homme qui jouit d’une grosse fortune qui lui a permis de payer son rang et son autorité ainsi que de lui donner du crédit. S’il est seigneur, ce n’est nullement grâce au mérite, mais tout simplement parce qu’il avait les moyens financiers suffisants pour le payer. Il est pourtant jalousé et tout le monde aspire, en secret, sa chute.

Livre VII : De la ville

Dans ce chapitre, La Bruyère compare la ville à une représentation théâtrale dans laquelle tous les habitants ont un rôle à jouer. Les apparences jouent un rôle essentiel et les hommes sont emprisonnés par le regard de l’autre. Le “regard” est alors un instrument de comparaison, de malveillance et de moquerie.
La Bruyère vouait un culte pour les civilisations anciennes. Dans ce chapitre, il le montre clairement en abordant les mœurs des anciens Romains qui sont pour lui des modèles.

Dans ce chapitre, La Bruyère dépeint deux personnages : Narcisse et Théramène.

Narcisse est un personnage qui vit une routine ennuyeuse : toilette, messe, travail, lecture, promenade. Toutes ses journées se ressemblent et ne laissent aucune place à la fantaisie ou à l’imprévu. Il ne s’occupe que de sa petite personne.

Théramène est un homme qui jouit d’une grande richesse. L’argent qu’il a ne vient pas du mérite mais simplement parce qu’il en a hérité. Toutes les mères souhaitent que leurs filles épousent cet homme, jugeant que c’est un bon parti. Le moraliste condamne clairement ce type d’homme qui n’a aucun mérite si ce n’est l’argent qu’il possède.

Livre VIII : De la cour

Labruyère utilise la satire pour s’attaquer fermement à la cour de Louis XIV. Il nous décrit une société superficielle où les hommes sont impitoyables. Imbus d’eux-mêmes, tous les courtisans souhaitent obtenir les bonnes grâces du roi et pour y arriver, ils sont prêts à se marcher dessus.

Les principaux personnages sont Cimon, Clitandre, Théodote, Théonas, Timante et Straton.

Cimon et Clitandre ont des métiers flous. Le moraliste prétend que “l’un a du moins les affaires de terre, et l’autre les maritimes” mais il ne semble pas certain de leurs professions exactes. Tout ce qui en ressort, c’est que ce sont deux personnages qui ne cessent de courir à droite et à gauche simplement pour être vus. Étant donné qu’approcher le prince donne l’illusion d’un certain pouvoir, ces deux personnages sont comparés, par le moraliste, à des chevaux d’attelage qui vont et viennent.

Théodote est un personnage ridicule qui fait des mystères d’un rien. C’est un courtisan mielleux. Le moraliste peint un “visage comique” de ce courtisan qui s’émerveille de la “moindre vétille” pour avoir de l’importance.

Théonas est un abbé depuis trente ans et n’a pas su évoluer au sein de l’Église. Cet homme ambitieux ne se sent plus à sa place et estime qu’il peut faire une croix sur la prélature toutefois tout change lorsqu’on lui annonce “qu’il est nommé à un évêché”. Enfin, il retrouve la confiance et se dit qu’il a toutes ses chances de réussir à devenir archevêque.

Timante est un courtisan qui, bien qu’il ait su gagner des récompenses et une certaine réputation, a fini par lasser les autres courtisans. Ces derniers ont changé d’attitude à son égard et il sait que s’il souhaite obtenir à nouveau les regards et le respect, il se doit d’obtenir une nouvelle pension ou un nouveau poste. S’il ne réussit pas, il ne connaîtra plus toutes les distinctions qu’il a su obtenir des autres courtisans par le passé.

Straton est l’exemple même des courtisans de l’époque qui, en se détournant de la vie chrétienne et de la vertu, plongent dans l’illusion. Leur destinée revêt d’un caractère équivoque.

Livre IX : Des grands

Orgueilleux, imprévisibles et vaniteux, tels sont les adjectifs que La Bruyère emploient pour qualifier les membres de la haute noblesse. Les “grands” de ce monde n’hésitent pas à soumettre les plus “petits”. La Bruyère critique férocement ces privilèges qui sont acquis par la naissance et non sur le mérite personnel.

Pamphile, Théognis et Théophile sont trois portraits fictifs que La Bruyère utilise.

Pamphile est un homme qui aime se sentir “grand”. Il dédaigne les personnes plus “petites” ou ceux qui n’ont pas encore fait fortune. Si on le retrouve à échanger avec quelqu’un de moins fortunés, c’est parce qu’il n’y a pas beaucoup de public ou que cette personne discute avec une personne ayant plus de grandeur que Pamphile lui-même. Ce personnage ne jouit d’aucune connaissance, mais se plaît à faire comme s’il en avait. Pour faire croire qu’il dispose d’un certain savoir, il parle de diverses thématiques avec des personnes qui n’y connaissent rien. Il va aborder la géométrie avec un poète et parler de poésie avec un docteur. Toutes les opinions dont ils jouissent viennent d’”un homme à la mode”. De plus, ce type de personnage va agir de façon différente en fonction des personnes qu’il va côtoyer. Il est timide devant les princes, plein de confiance “avec ceux qui n’ont que de la vertu”, il se tait quand il est avec les savants et se montre hardi et décisif avec les personnes qui ne savent rien.

Théognis est un homme qui jouit d’un certain rang, mais le moraliste ne précise pas exactement quel type de profession, il exerce. Il écoute les requêtes qu’on lui fait, mais il ne les satisfait jamais.

Théophile semble être un homme d’église (“Ce n’est pas assez pour remplir son temps ou son ambition, que le soin de dix mille âmes dont il répond à Dieu comme de la sienne propre”) toutefois cela n’est pas clairement explicité. Du fait de son rang en tant qu’homme de Dieu, il s’arrange pour gouverner les plus grands. (“À peine un grand est-il débarqué, qu’il l’empoigne et s’en saisit ; on entend plus tôt dire à Théophile qu’il le gouverne, qu’on n’a pu soupçonner qu’il pensait à le gouverner.”).

Livre X : Du souverain et de la république

Dans ce chapitre, La Bruyère réalise une critique de la monarchie absolue dont les abus entraînent des conséquences désastreuses comme des guerres. Ce chapitre permet également au moraliste de réfléchir à l’état de la politique en France. Il apporte un certain nombre de conseils pour être, selon lui, un bon dirigeant. Ce chapitre est destiné au souverain, aux dirigeants ainsi qu’au peuple.

Présentation de l’auteur

Jean de la Bruyère est un écrivain littéraire du XVIIe siècle. Il est né à Paris en 1645 dans une famille bourgeoise. Après avoir obtenu une licence de droit, il achète, grâce à un héritage, un titre de noblesse afin d’obtenir une rente annuelle. Néanmoins, il sera contraint de travailler après un vol à son domicile. En 1684, il devient sous-précepteur du jeune Duc de Bourbon et s’installe sur Versailles à l’Hôtel de Condé. Lorsqu’il cesse son activité professorale, il reste vivre à l’Hôtel et devient bibliothécaire chez les Condé. Cette position lui permettra d’observer et d’écrire ses remarques qui constitueront Les Caractères.

En automne 1687, La Bruyère publie anonymement Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle qui rassemblent de nombreuses observations ainsi que des descriptions de personnages. Cette œuvre conséquente sera la seule œuvre de l’auteur. Ses remarques apportent le reflet des mœurs de ses contemporains. L’œuvre rencontre un grand succès, elle sera rééditée de nombreuses fois du vivant de l’auteur.

Élu à l’Académie française en 1693, il prononce un discours d’entrée qui ne fait pas l’unanimité. En effet, en défendant la cause des Anciens, il s’oppose fermement aux Modernes. À cette époque, les Anciens ou les Classiques, soutenus par Boileau, estimaient que les créations littéraires reposaient sur une juste appréciation de l’héritage de l’antiquité. Néanmoins, les Modernes, défendus par Charles Perrault, prétendaient que le siècle de Louis XIV surpassait largement les autres siècles. Par conséquent, les auteurs pouvaient largement rivaliser avec les auteurs anciens.

Jean de La Bruyère est mort à Versailles en mai 1696, à l’âge de 50 ans, à la suite d’une crise d’apoplexie. L’argent qu’il a récolté pour son succès de son œuvre Les Caractères a servi a payé la dot de la fille de son libraire.

Analyse de l’oeuvre

Dans son œuvre Les Caractères, La Bruyère tente de nous montrer sa vision de l’honnête homme. Il réalise de nombreux portraits de personnages satiriques comme un Acis qui est obligé d’utiliser un langage complexe pour “paraître” intéressant ou un Arrias qui sait tout et connaît tout alors que ce n’est pas le cas. Ces personnages sont des contres-modèles qu’il ne faut absolument pas suivre. L’honnête homme pour La Bruyère, c’est un homme mesuré et modeste qui n’a pas besoin de paraître pour être intéressant et manie l’art de la conversation.

La notion de paraître est très abordée dans l’œuvre de La Bruyère puisqu’il représente le monde comme un théâtre. À l’instar de ses scènes où les hommes et les femmes se présentaient à des événements culturels pour user de leurs lorgnettes afin de s’observer les uns et les autres, la superficialité et l’artifice règnent en maître dans le monde de La Bruyère. Le regard est très présent dans Les Caractères à l’image de Cimon et Clitandre qui courent partout simplement pour être vu ou d’un Pamphile qui ne se mêle pas, en public, à des personnes inférieures à sa condition sociale. Dans cette société, toutes les personnes de la cour sont des acteurs qui manient l’art de dissimuler le naturel.
En effet, la cour et la ville sont les deux espaces où se jouent une comédie sociale pernicieuse. Soumis à la roue du destin et de la fortune, les hommes sont esclaves de cette notion de paraître et du regard des autres (“Qui est plus esclave qu’un courtisan assidu, si ce n’est un courtisan plus assidu.”)
Les courtisans cherchent, par tous les moyens, à être intéressant pour les autres. Et tous les moyens sont bons, à l’instar de Crésus qui passe par des activités illicites (vol, escroquerie) pour gagner toujours plus d’argent. Mais dans cette quête du toujours plus, ils y perdent leur fortune.

À la cour ainsi qu’à la ville, l’argent est un instrument de pouvoir qui permet à un homme d’élever sa condition sociale et d’être intéressant pour ses pairs. N’oublions pas que La Bruyère a obtenu un titre de noblesse grâce à un héritage. Par ailleurs, La Bruyère utilise le personnage de Giton qui jouit d’une richesse colossale alors qu’il dort le jour et qu’il dort la nuit ou encore Périandre qui a su acquérir un rang élevé ainsi que des terres grâce à sa fortune. Théramène est également intéressant puisqu’il nous permet de comprendre à quel point l’argent est un critère important dans cette société. En effet, sa fortune lui donne l’opportunité de se choisir n’importe quelle femme puisque toutes les mères rêvent de lui donner la main de leurs filles. À la différence de Phédon qui, étant un homme pauvre, se retrouve en marge de cette société où l’argent prend une place importante.

Dans cette société, La Bruyère évoque l’importance d’un roi qui serait le “père du peuple”. Ce dernier doit donc être en mesure d’assurer la tranquillité et la paix du pays qu’il gouverne plutôt que de s’assurer une gloire personnelle. Le roi est donc responsable du bien-être de son pays et des personnes qui y résident.

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