Littérature

Gabriel de Guilleragues, Lettres portugaises : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Les Lettres portugaises, publiées anonymement en 1669, étaient à l’origine considérées comme la traduction de cinq lettres d’une religieuse portugaise à un officier français. Pendant longtemps attribuées à Mariana Alcoforado, une religieuse du XVIIe siècle, elles ont été plus tard identifiées comme une œuvre de fiction de Gabriel de Guilleragues, un romancier français. Les lettres évoquent les sentiments d’une femme pour un homme, qui combattait aux côtés des Portugais contre l’Espagne. Examinons ensemble ce roman épistolaire.

Résumé détaillé lettre par lettre de Lettres portugaises de Gabriel de Guilleragues

CHAPITRE 1 – PREMIÈRE LETTRE

Une femme éperdument amoureuse se lamente de l’absence de son amant qui l’a trahie avec de fausses promesses. Elle exprime son désespoir, sa souffrance et son attachement à lui malgré tout. Elle supplie son amant de lui écrire et de la visiter, car elle ne peut oublier leur amour passionné.

CHAPITRE 2 – SECONDE LETTRE

La femme exprime ses souffrances et son chagrin causés par l’amour d’un homme qui l’a quittée pour aller en France. Elle se demande pourquoi il ne lui a pas écrit et se sent abandonnée et trahie. Malgré tout, elle continue à l’aimer et à justifier ses actions. Elle regrette d’avoir cédé à son amour et souhaite qu’il ait choisi quelqu’un d’autre pour lui éviter cette souffrance.

Dans cette lettre, elle exprime son amour intense et douloureux pour le destinataire et regrette leur séparation. Elle souffre de ne pas être aimée en retour et souhaite que le destinataire éprouve les mêmes tourments amoureux. Elle aimerait une réponse et lui fait part de ses craintes que son amour ne soit jamais rendu. Elle lui explique que l’Officier la presse pour terminer sa lettre et elle se demande si la longueur de celle-ci ne va pas lui faire peur. Elle termine sa lettre avec des adieux chargés d’émotions et de tristesse.

CHAPITRE 3 – TROISIÈME LETTRE

La femme exprime son chagrin face à la distance entre elle et l’homme qu’elle aime. Elle espère des lettres passionnées en vain. Elle remet en question la sincérité de son affection. Malgré son amour profond, elle craint de perturber le destinataire et souhaite qu’il comprenne la joie infinie de l’amour. Elle est déchirée entre ses sentiments intenses et le désir de ne pas faire souffrir l’homme qu’elle aime comme elle souffre. Jalouse, elle ressent des remords d’avoir sacrifié sa réputation, sa vie et son honneur par amour.

Elle regrette de ne pas être aimée autant qu’elle aime et souhaite la mort par désespoir pour attirer l’attention de cette personne. Elle exprime un amour tourmenté et désespéré, oscillant entre la douleur de l’amour non partagé et la gratitude pour les émotions intenses qu’elle éprouve. Elle se résigne à son destin malheureux tout en implorant son bien-aimé de la regretter si elle meurt de chagrin.

La lettre se termine par une déclaration poignante de l’augmentation constante de sa passion et un désir ardent de partager encore plus avec son amour.

CHAPITRE 4 – QUATRIÈME LETTRE

La femme exprime sa détresse et son désespoir face à l’abandon et l’oubli de son bien-aimé. Elle lui reproche son manque de fidélité et l’accuse de trahison, malgré son amour démesuré pour lui. Tout en se remémorant les moments heureux qu’ils ont partagés, elle reconnaît son aveuglement et son échec à prévoir l’issue tragique de leur relation. La douleur est insupportable, mais elle préfère continuer à souffrir plutôt que d’oublier son amour.

Récemment devenue portière dans un couvent, son désespoir et son amour ardent et inconditionnel ne sont pas moins terribles. Elle revendique son amour sans honte et déclare qu’elle se satisfait du simple souvenir de la personne aimée, sans attendre de retour. Elle exprime une acceptation totale de la situation, même si cela va à l’encontre de la bienséance. Elle se montre prête à pardonner toutes les fautes de l’objet de son amour.

Elle a appris que la France était en paix, après avoir parlé à un officier français. Elle exprime son désir de le voir et d’aller en France avec lui. Toutefois, elle affirme que son amour persiste, indépendamment de la façon dont il la traite. Depuis son départ, elle est malade et trouve du plaisir uniquement en répétant son nom et en regardant son portrait, même si cela lui cause de la douleur.

Elle termine en se considérant plus heureuse que lui, car elle croit que ses plaisirs sans elle seront imparfaits. Elle termine sa lettre en s’évanouissant, suppliant qu’il ait pitié d’elle.

CHAPITRE 5 – CINQUIÈME LETTRE

Dans cette lettre, la femme explique qu’elle décide de rompre avec son destinataire. Elle est convaincue qu’il ne l’aime plus. Elle lui retournera tous les objets qu’il lui a donnés, bien que cela lui fasse beaucoup de peine. La lettre révèle une lutte intérieure entre l’amour et la raison. Elle sait qu’elle doit mettre fin à cette relation qui est devenue trop douloureuse.

Une fois de plus, elle exprime sa douleur et sa frustration face à l’indifférence et au mépris de la personne qu’elle aime. Bien qu’elle ait été prête à tolérer sa haine et sa jalousie, l’indifférence lui est insupportable. Elle déteste son bien-aimé et est consciente de ses défauts. Malgré sa douleur, elle lui demande de ne plus recevoir ses lettres et cherche à oublier cette relation.

Elle exprime le désespoir de ne jamais trouver un amour véritable et fidèle, et le regret de connaître les malheurs d’un amour violent non-réciproque. Elle souligne son incapacité à se venger malgré sa souffrance et critique les distractions et les obligations du monde qui entravent l’amour sincère.

Elle évoque sa peur constante de l’infidélité et son désir insatisfait de le voir tout le temps. Elle décrit également ses inquiétudes et son anxiété à propos de leur relation, allant jusqu’à la frayeur de la guerre et le mécontentement avec sa propre apparence et sa situation. Elle rejette tout espoir de réparation. Elle lui demande qu’il cesse de lui écrire.

Elle le critique pour son insensibilité, sa perfidie, et son manque d’engagement. Elle réfléchit sur son propre aveuglement et sa naïveté. Tout en reconnaissant ses propres faiblesses et son besoin d’échapper à l'”enchantement” de l’amour, elle affirme son intention de surmonter sa douleur et de récupérer sa dignité.

Cette lettre dépeint un conflit intense entre les sentiments persistants et le besoin de guérison. Elle se termine sur une note déterminée d’auto-émancipation.

Présentation des personnages

Les Lettres portugaises sont un recueil de cinq lettres d’amour publiées pour la première fois en 1669. Elles étaient initialement attribuées à Gabriel de Guilleragues, un diplomate et écrivain français. Pendant longtemps, on a pensé que Guilleragues avait créé ces lettres, peut-être comme une œuvre de fiction.

Plus récemment, des chercheurs ont suggéré que les lettres auraient pu être écrites par Mariana Alcoforado, une nonne portugaise. Née en 1640, elle est entrée dans un couvent à l’âge de 16 ans. Il est dit qu’elle est tombée amoureuse de Noël Bouton de Chamilly, un officier français, pendant l’occupation française de certaines parties du Portugal pendant la guerre de Restauration.

Les lettres elles-mêmes sont des expressions profondes et passionnées de l’amour, de la douleur et de la solitude. La nonne exprime son désespoir et son amour inassouvi pour son amant, et la langue utilisée est à la fois touchante et belle.

Toutefois, l’attribution des lettres reste un sujet de débat. Certains soutiennent toujours que Guilleragues en est l’auteur, tandis que d’autres croient fermement en la théorie de Mariana Alcoforado. La vérité peut ne jamais être complètement élucidée, ajoutant une mystique à ces lettres déjà captivantes.

Le profil de la femme qui écrit à son bien-aimé dans ces lettres est complexe et intense. Elle est présentée comme une religieuse qui est tombée amoureuse d’un officier français. Les lettres sont remplies d’une passion ardente et dévorante. Elle exprime son amour de manière très poétique et intense. Toutefois, celui-ci est non partagé et la laisse désespérée et tourmentée. Elle se sent trahie et abandonnée, exprimant un mélange de colère, de tristesse, et de confusion.

La manière dont elle décrit ses sentiments et ses pensées est très articulée et réfléchie. Elle utilise un vocabulaire riche et des métaphores pour communiquer ses émotions. Elle s’ouvre complètement à son bien-aimé, partageant ses désirs, ses craintes, et ses espoirs les plus profonds. Elle ne cache pas sa douleur et son désespoir, ce qui rend ses lettres encore plus touchantes. Bien qu’elle soit une religieuse et qu’elle soit censée vivre une vie de chasteté, elle ne peut s’empêcher d’aimer profondément et passionnément. Ce conflit entre ses vœux religieux et ses désirs humains ajoute une autre dimension à son caractère.

Analyse de l’oeuvre

Déséquilibre émotionnel, la quête douloureuse d’un sentiment ignoré

Au centre des Lettres portugaises, on trouve un amour ardent et intense qui n’est pas partagé. La narratrice, une religieuse portugaise, exprime ses sentiments avec un abandon total. L’officier français, quant à lui, demeure distant et indifférent. La non-réciprocité de cet amour est la source de la douleur profonde de la religieuse. Chaque lettre devient un cri d’agonie alors qu’elle tente de comprendre pourquoi son amour n’est pas partagé. Elle se trouve prisonnière d’une passion qui ne la laisse pas tranquille, mais qui ne trouve pas d’écho chez l’objet de son désir.

La religieuse s’engage totalement dans cet amour, avec une honnêteté et une vulnérabilité qui sont d’autant plus poignantes en contraste avec l’indifférence de l’officier. Elle lui écrit avec un désir et une passion fervents, tandis qu’il ne répond même pas à ses lettres. Ce déséquilibre crée une tension dramatique tout au long de l’œuvre. L’amour non-réciproque n’est pas simplement une expérience douloureuse ; il devient une lutte intérieure pour la religieuse. Elle est déchirée entre son amour pour l’officier et son devoir envers Dieu. L’absence de réciprocité de l’officier l’entraîne dans un combat avec elle-même, dans lequel elle doit affronter ses propres désirs et besoins.

Dans cette œuvre, l’amour non partagé peut également être vu comme une métaphore de la condition féminine à l’époque. La religieuse, en dépit de ses sentiments profonds, n’a pas le pouvoir d’exiger l’amour en retour. Son expérience peut être lue comme symbolique de l’impuissance et de la subjugation des femmes dans une société dominée par les hommes.

L’expression de la Féminité dans une époque restrictive

Au XVIIe siècle, la littérature était largement dominée par des voix masculines, et les femmes étaient souvent représentées de manière stéréotypée ou idéalisée. Dans ce contexte, Lettres portugaises se démarque en offrant une voix féminine authentique et complexe. La religieuse parle de ses expériences avec une honnêteté crue qui était rare à l’époque. L’ouverture avec laquelle la religieuse exprime ses sentiments et désirs est remarquable. Elle ne se retient pas, même lorsque ses émotions sont en conflit avec les normes sociales et religieuses de l’époque.

Cela donne une vue intime et sans filtre de l’expérience féminine qui transgresse les attentes de la société. Elle ne se contente pas d’exprimer ses sentiments, elle le fait d’une manière qui est en opposition directe avec les rôles et comportements attendus des femmes de son époque. Elle est passionnée, désireuse, et douloureuse dans son amour non-réciproque. Cela va à l’encontre des idéaux de chasteté et de réserve féminine.

Sa douleur et son chagrin sont exprimés avec une profondeur et une intensité qui les rendent universels. Sa souffrance n’est pas simplement celle d’une femme amoureuse, elle devient un symbole de la condition féminine dans une société qui restreint et réprime les émotions et désirs des femmes.

Lettres portugaises peut également être vu comme un acte d’autonomisation. En donnant une voix à cette femme, l’œuvre lui donne un certain pouvoir et une agence. Elle choisit de parler, de ressentir, et d’agir d’une manière qui lui est propre, même si cela la met en conflit avec son monde.

Bien que le féminisme en tant que mouvement ne soit pas encore né à l’époque de Lettres portugaises, l’œuvre peut être lue comme un regard féministe précoce. Elle défie les attentes envers les femmes et offre une représentation honnête et nuancée de la féminité.

L’Art de la correspondance dans une histoire d’amour

L’utilisation de la forme de la lettre donne à l’œuvre un sentiment de réalisme et d’immédiateté. Les lettres, en tant que médium, sont associées à l’authenticité et à l’expression personnelle. En adoptant cette forme, Gabriel de Guilleragues permet au lecteur de se sentir comme s’il lisait la correspondance réelle d’une personne. Il partage ses pensées et ses sentiments les plus intimes. Les lettres ont une qualité intrinsèque d’authenticité et d’honnêteté. Elles sont censées être une communication privée, un lieu où l’on peut exprimer des vérités qui pourraient autrement rester cachées. Dans Lettres portugaises, cette authenticité est palpable. La religieuse parle de son amour et de sa douleur sans fioritures, et ses mots portent le poids de la vérité.

Le style épistolaire crée aussi une implication directe du lecteur dans l’expérience de la narratrice. En lisant ses lettres, le lecteur devient un confident, un témoin de ses émotions les plus profondes. Cette proximité peut créer une connexion forte entre le lecteur et le personnage, rendant son expérience encore plus poignante. Les lettres permettent une forme de monologue intérieur, où la narratrice peut explorer ses pensées et sentiments sans interruption ou jugement. Ce monologue donne un aperçu profond de son état d’esprit et permet une exploration nuancée de son expérience.

L’utilisation du style épistolaire souligne également l’absence de réponses de l’officier français. Chaque lettre de la religieuse reste sans réponse, un silence qui résonne à travers l’œuvre et accentue son sentiment d’isolement et de désespoir.

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