Littérature

Charles Perrault, La Marquise de Salusses ou La Patience de Griselidis : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés

Moins connue que Cendrillon ou Le Petit Chaperon rouge, cette nouvelle en vers a été publiée en 1691. La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis a été critiquée pour sa représentation de la soumission féminine. Explorons ensemble cette œuvre.

Résumé détaillé de La Marquise de Salusses ou La Patience de Griselidis (Recueil de Contes et nouvelles en vers) de Charles Perrault

Un prince prudent en amour

Un jeune prince habite au pied de montagnes et possède des qualités exceptionnelles, comparables à celles des grands rois. Il est doté de multiples talents, tant physiques qu’intellectuels, ce qui le prédestine à une carrière militaire. Sa passion pour les beaux-arts et la recherche de la gloire, pour lui-même et pour son peuple, renforce son image héroïque. Cependant, malgré ses nombreuses qualités, il est malheureux. Il voit les femmes comme étant infidèles et hypocrites. Il préfère donc se concentrer sur les affaires gouvernementales et chasser plutôt que de se marier et risquer d’être déçu. Bien que ses sujets l’encouragent à avoir un héritier, il explique qu’il faut être prudent en mariage. Il pense que les jeunes filles sont vertueuses et sincères tant qu’elles sont sous la garde de leur famille, mais qu’elles peuvent changer de comportement une fois mariées et agir différemment en fonction de leur personnalité.

Une rencontre innatendue

Selon le Prince, il est impossible que les deux partenaires cherchent à commander. Ainsi, il conseille à ses sujets de rechercher une jeune femme obéissante, patiente et sans volonté. Après son allocution, le Prince part rejoindre ses chasseurs et leurs chiens pour partir dans la forêt. Durant la poursuite d’un cerf avec des chiens et des chevaux, le prince s’égare et découvre un endroit paisible, entouré de verdure. Il tombe sous le charme de la beauté d’une jeune bergère. Il est frappé par sa simplicité et sa douceur. La bergère lui offre de l’eau dans une simple tasse en argile. Cela lui fait réaliser que les choses les plus simples peuvent parfois être les plus précieuses. La Bergère accompagne le Prince pour qu’il puisse rentrer chez lui. Le lendemain, il est malheureux d’être séparé d’elle. Il part donc à sa recherche. Il découvre qu’elle s’appelle Griselidis et qu’elle vit une vie simple avec son père en élevant des moutons. Le Prince est attiré par la beauté intérieure de La Bergère et décide de l’épouser. Il informe son conseil de sa décision, en affirmant que cela respecte les traditions de sa famille. La nouvelle est accueillie avec joie et la ville se prépare pour le mariage.

Les doutes du prince

Le Prince surprend tout le monde en partant chasser dans la forêt voisine le lendemain matin. Après un certain nombre de détours, il tombe sur une cabane champêtre où il rencontre Griselidis. Il lui déclare alors son intention de l’épouser, ce qui surprend la bergère qui finit par accepter. Ils se marient dans un temple et le palais est le théâtre de fêtes et de divertissements en leur honneur. Les États de la province viennent les rencontrer, et Griselidis répond avec grâce et intelligence, ce qui fait d’elle une excellente princesse. Ensemble, ils ont un enfant, mais le Prince commence à avoir des doutes quant à la sincérité de Griselidis. Il décide de la suivre, de l’observer et de la mettre à l’épreuve pour découvrir la vérité.

Griselidis est mise à l’épreuve

Griselidis est prisonnière dans son palais et éloignée des plaisirs de la cour, obéissant aux exigences de son mari qui croit que la parure est essentielle pour charmer et plaire. Elle mène une vie vertueuse, convaincue que Dieu l’a choisie pour l’aider à s’améliorer. Cependant, son mari pense que sa vertu est feinte et décide de tester sa vraie nature en retirant leur fille afin de l’élever dans les vertus et dans la politesse. Bien que bouleversée, la princesse consent à se séparer de sa fille, qui est envoyée dans un monastère. Le prince ment ensuite à son épouse en lui disant que leur enfant est mort. Cependant, Griselidis montre une grande bonté envers son mari après cette révélation, le consolant de sa “fausse douleur”, ce qui renforce leur amour mutuel.
Au fil du temps, leur fille grandit et tombe amoureuse d’un grand seigneur. Bien que le prince accepte leur mariage, il profite de l’occasion pour tester sa femme en annonçant au peuple qu’il va épouser une autre femme. Griselidis capitule, comprenant qu’elle va retourner à sa vie de misère, mais son mari lui avoue ensuite que c’était en fait le mariage de leur fille. Le mariage a lieu et la vertu de Grisélidis est admirée.

Présentation des personnages

Griselidis est une jeune bergère très belle qui mène une vie simple avec son père en s’occupant d’élever des moutons. Elle se distingue auprès du prince pour sa vertu. En se mariant avec le prince, elle se montre comme une femme humble, patiente et obéissante, soit toutes les qualités que recherche le prince. Si au départ, elle est aimée et choyée, très vite, son mari va douter de sa vertu. Il va la mettre à rude épreuve en lui imposant une série d’épreuves cruelles et humiliantes pour tester sa patience et sa fidélité. Griselidis va endurer toutes les épreuves, persuadé que c’est la volonté de Dieu. Sa foi chrétienne lui permet d’avoir confiance. Elle est persuadée que tout va bien se terminer pour elle. En acceptant tout avec humilité et résignation, elle est présentée comme un exemple de la femme parfaite du XVIIe siècle. Toutefois, cette représentation a été critiquée par certains pour son manque de réalisme et sa promotion de la domination patriarcale autoritaire.

Le prince (Le Marquis de Salusse est un homme ambitieux et orgueilleux, il incarne le pouvoir masculin et l’autorité patriarcale. Perrault critique clairement la cruauté de ce prince qui estime qu’une femme à marier doit être obéissante, patiente et sans volonté. Toutefois, lorsque ce personnage misogyne trouve une femme qui correspond en tout point à son idéal, il n’arrive pas à lui faire confiance. Il est persuadé que tout est faux et s’arrange pour démêler le vrai du faux en testant la loyauté de sa femme. Il lui fait subir de terribles épreuves, telles que l’abandon de leur enfant, des fausses accusations d’adultère et il la menace même de la mort.

La fille du prince et de Griselidis est une jeune enfant innocente qui se retrouve à être séparée de sa mère. Cette figure de pureté est victime de la folie de son père. Elle incarne l’espoir et la rédemption, car c’est elle qui réunit ses parents, grâce à son mariage, après les épreuves qu’ils ont traversées.

Analyse de l’oeuvre

Pour créer sa nouvelle en vers, Charles Perrault s’est inspiré d’une légende médiévale qui a été transmise oralement au fil des siècles. Celle-ci raconte l’histoire d’une femme noble de la région du Piémont en Italie, qui a été donnée en mariage au roi de Saluces pour sceller une alliance politique. Celle-ci a accepté son sort avec courage et a tout fait pour plaire à son mari. Toutefois, ce dernier était jaloux et suspicieux. Il l’a soumise à de nombreuses épreuves pour tester sa fidélité. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées, cette femme est restée loyale envers son mari et a finalement été récompensée lorsqu’il a reconnu sa vertu.
Cette légende a été popularisée par le poète italien Boccace dans son ouvrage Le Décaméron, écrit au XIVe siècle. Depuis lors, l’histoire de Griselidis a été adaptée dans de nombreuses œuvres d’art, notamment des peintures, des opéras et des pièces de théâtre, dont cette histoire de Perrault.

Dans cette nouvelle en vers, l’auteur français dénonce la cruauté de ce mari qui exerce un pouvoir tyrannique envers sa femme. Dès le départ, il dresse le portrait d’un homme misogyne qui éprouve une certaine haine envers la gent féminine. Nous avons à faire à un homme blessé qui fait une généralité. Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry, “ce n’est pas parce qu’une épine de rose nous a blessés qu’on doit en vouloir à toutes les roses“. Pour autant, le prince ne fait aucune distinction considérant que les femmes sont toutes les mêmes. Sa rencontre inattendue avec Griselidis bouleverse tous ces préjugés. Néanmoins, le doute s’installe progressivement et il va mettre sa femme à rude épreuve. Il est tellement persuadé que les femmes réagissent toute comme il le pense. Pour lui, sa femme manque forcément d’honnêteté. Son attitude est assez paradoxale dans la mesure où il la pousse à la faute persuadé qu’elle feint sa vertu. L’attitude de Griselidis force le respect. Elle arrive à rester fidèle et loyale à un homme qui lui mène une existence exécrable. À aucun moment, elle ne flanche. Toutefois, derrière cette vertu exemplaire, on peut supposer que Griselidis manque tout simplement de caractères. Elle se laisse faire et se soumet à un homme qui ne cesse de l’accuser à tort et à travers.

Il est étrange de voir Grisélidis dans la catégorie conte de fées français dans la mesure où le merveilleux et le côté fantastique n’apparaît absolument pas dans cette nouvelle en vers. Ce conte a reçu de nombreuses critiques estimant qu’il glorifiait l’obéissance et la docilité féminine. Des vertus qui étaient très appréciées à l’époque de Perrault. Outre sa jalousie maladive et ses doutes constants, le prince est décrit comme un personnage cruel et sadique, considérant que l’œuvre offre une validité à la violence masculine.
Aujourd’hui, il est souvent étudié dans les cours de littérature et de genre pour sa représentation des stéréotypes de genre et des relations de pouvoir entre hommes et femmes.

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