Littérature

Marguerite Duras, L’Amant : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Résumé du roman L’Amant de Marguerite Duras

Ce roman est écrit d’une traite, sans distinction en chapitres.

Il a reçu le prix Goncourt à sa sortie en 1984. Il connait un grand succès de librairie, sur le plan national et international.

L’Amant est à la fois une biographie et un récit de fiction. S’il est en grande partie basé sur la vie de son auteure Marguerite Duras, elle y ajoute des éléments de fiction ou souligne qu’elle s’appuie sur une mémoire peut-être défaillante.
Ce récit est à mettre en relation avec L’Éducation sentimentale de Marcel Proust qui utilise ce même procédé. Marguerite Duras s’amuse au cours de son ouvrage à entrer en résonance avec cette œuvre capitale mais en s’en détachant. Elle cherche à s’en démarquer et même à s’opposer aux références classiques qui le caractérisent, notamment en termes de construction sociale ou de stéréotypes de comportement liés aux sexes et aux genres.

Le récit porte sur la jeunesse de Marguerite Duras en Indochine.

Elle est placée en pension à Saïgon par sa mère. Du haut de ses 15 ans, son maquillage et ses vêtements en font un personnage très sensuel.
La traversée du Mékong pour se rendre à la pension est un moment phare du roman, dans lequel apparait le passager d’une limousine noire observant la jeune fille. Les deux protagonistes vont vivre une liaison hors du commun.

La jeune fille assume ses tenues sensuelles comme un moyen de se détacher de son environnement familial pesant. Sa mère est un personnage ambigu.
Le climat familial est lourd suite au décès du père de famille. La cellule familiale repose sur une mère complexe, très attachée à l’un de ses fils, au détriment de ses deux autres enfants. Les relations de la jeune femme avec ses deux frères sont complexes et ambivalentes.

L’histoire d’amour entre le passager de la limousine et la jeune femme débute lors de la traversée du Mékong. L’homme est un élégant Chinois, issu d’une riche famille, de 17 ans son aîné. Il propose de l’emmener à Saïgon dans sa limousine.

Lors de leur relation, il se rend à la pension pour l’emmener dans son appartement situé dans un quartier moderne de la ville. Ce lieu est le théâtre de leur intimité et de leur passion physique. Cet élément est un point fort de ce roman initiatique.

Leur liaison dure un an et demi, malgré son incongruité sociale. La famille de l’auteure bénéficie des largesses liées à l’argent du “Chinois”, sans jamais le remercier ou penser à l’estimer.
La mère et le frère aîné forment un triangle malsain avec la jeune fille. Ils lui font ressentir le mépris qu’ils ont pour son amant, tout en la poussant à accepter ses faveurs physiques pour en obtenir des avantages financiers.
Les eux amants savent que leur relation ne peut aboutir à une liaison officielle. Pour chacune de leur famille, ils représentent l’un et l’autre un tabou. “L’Européenne” pour l’un, “le Chinois” pour l’autre, dans une société coloniale, construite sur des clivages culturels et sociaux. Cette impossibilité semble ajouter à l’ardeur de leur relation sans issue.

La narratrice donne une place particulière à la description de sa famille et aux relations entre ses membres. Elle paraît détester son frère ainé. Elle le décrit comme un escroc et un homme violent. Lui-même est cependant le préféré de sa mère qui est sous son emprise et lui voue un véritable culte. Elle ne sort de ce cercle psychologique néfaste qu’au moment de sa fuite physique, lors de son retour en France.

L’Indochine a une place capitale dans le roman. Marguerite Duras y a passé une partie de son enfance et de son adolescence et elle est marquée par la beauté de ses paysages.
La narratrice comprend au cours du roman son désir de devenir écrivaine.

La narratrice finit par rentrer en France, laissant son amant en Indochine. Sur le paquebot du retour, un jeune homme se suicide. Cet évènement dramatique lui fait réaliser la profondeur de ses sentiments pour son amant. Elle réfléchit à se suicider elle-même par amour.

Le roman termine par la réception d’un appel téléphonique de longues années plus tard. Le “Chinois”, de passage à Paris, lui avoue qu’il est toujours amoureux d’elle.

Présentation des personnages

La narratrice

Elle souhaite raconter l’histoire de sa jeunesse, 60 ans après les faits.
Le récit est centré sur la jeune fille blanche de 15 ans qu’elle était et qui découvre l’amour et la sensualité auprès d’un homme, chinois, plus âgé.
Elle insiste sur le fait que la biographie est tronquée par ses souvenirs lointains. Certains points semblent même volontairement inventés pour suppléer à la mémoire défaillante ou appuyer sur un sentiment.
L’enjeu est de trouver la réalité de cette jeune fille grâce à l’imaginaire. Les détails inventés le sont au service du récit principal qui lui conserve une trame fiable et vécue.

L’amant

Jamais son nom n’est évoqué. Il est toujours qualifié d’amant ou d'”il”. C’est un riche chinois de 17 ans son aîné. Il doit se marier quand il tombe amoureux de cette toute jeune française sur le bac qui traverse le Mékong.
Il joue un rôle primordial dans l’éveil de la sexualité de la narratrice.
Sa position sociale est sa principale caractéristique.
Pour la narratrice leur relation n’est pas seulement liée à une volonté de liberté sexuelle mais à une véritable transgression. De nombreux codes sont bousculés par leur liaison : ceux liés à l’âge, à la position sociale et à l’appartenance culturelle. Elle est “la Française” pour sa famille et lui, “le Chinois” pour son cercle familial. Chacun est rejeté par l’univers de l’autre.
Ils savent que leur relation ne peut durer et être acceptée. Les mariages mixtes ne sont pas tolérés dans l’Indochine de cette époque.
Au long de l’œuvre, Marguerite découvre la complexité de leur relation engluée entre l’amour, l’argent et les considérations sociales.

Sa mère, Marie Legrand

Ce personnage a une place centrale. La jeune fille semble écartelée entre l’amour, le besoin qu’elle a pour le seul pilier adulte de sa cellule familiale et la haine qu’elle ressent pour cette mère peu aimante.
Celle qui devrait la protéger la livre aux convoitises du monde adulte. Elle lui fournit les vêtements et attributs lui permettant de séduire. Et ensuite, elle la méprise également pour cela. Elle profite des bienfaits matériels issus de sa liaison amoureuse tout en dénigrant l’homme qui en est à l’origine.
Elle voue une admiration sans bornes à son fils ainé, au détriment de ses deux autres enfants.
Cherchant à subvenir aux besoins de sa famille après la mort de son mari, elle paraît avoir perdu une partie de sa raison en cherchant à investir dans des terres qui s’avèrent être un mauvais placement.

Son grand frère, Pierre

Pierre est décrit comme un escroc et un jeune homme violent. Il dépense l’argent de la famille en jeux, boissons et opium. Il s’intéresse peu à la narratrice, sauf lorsqu’il comprend qu’elle peut rapporter de l’argent par le biais de sa relation avec un homme riche.
Il a une forte influence sur leur mère qui lui laisse une position forte dans la famille, malgré son comportement subversif.

Son petit frère, Paulo

Il est le plus jeune de la fratrie et sa description est quasiment à l’opposé de celle du frère ainé. Il est gentil, doux et proche de la narratrice. Il meurt tôt et laisse sa sœur dans une grande tristesse.
La question d’une relation incestueuse peut se poser.

Analyse de l’œuvre

Le style d’écriture

L’auteur utilise un style qui lui est propre, reconnaissable. Le texte est clair, puis ponctué de paraphrases. La lecture en est parfois alors difficile.
Le lien apparait clairement entre la confusion des souvenirs et le style fragmenté.
Le style est au service de l’histoire et des sentiments des personnages.
Lorsque la jeune fille croit rechercher seulement un plaisir physique et vénal, il s’avère que la complexité la rattrape et que la difficulté d’identification des sentiments surgisse. La déstructuration du style accompagne celle du ressenti.

Marguerite Duras excelle dans sa capacité à jouer entre la pudeur et l’impudeur à l’aide d’un style qui lui est propre.

Parallèle avec le Nouveau Roman

Le Nouveau Roman souhaite se détacher des histoires d’amour traditionnelles. Marguerite Duras joue notamment avec le roman de Flaubert L’Éducation sentimentale qui est aussi un roman d’apprentissage.
Elle déconstruit la rencontre amoureuse en mettant en scène ici de nouveaux codes. Si l’histoire des deux rencontres se situe sur un lieu d’embarquement de navire, le personnage féminin est ici le plus jeune et ses attributs brouillent les codes masculin / féminin. Par exemple le chapeau porté par le personnage féminin n’est cette fois n’est pas un chapeau de paille avec des rubans roses mais un chapeau d’homme en feutre.

Une écriture proche d’un scénario

Certains passages peuvent être comparés à des descriptions de plans cinématographiques. L’auteur donne des indications telles qu’une caméra pourrait le faire. Tels des cadrages sur écran, certaines phrases passent d’une description générale à un véritable zoom sur, par exemple, les mains du personnage qui tremblent.

Marguerite Duras est d’ailleurs déçue par l’adaptation cinématographique de son œuvre en 1992 par Jean-Jacques Annaud, un réalisateur français pourtant talentueux. Elle décide même de réécrire son histoire avec des indications plus précises pour une mise à l’écran dans L’Amant de la Chine du Nord.

L’importance de la musique de la langue

La voix particulière de Marguerite Duras est due à la déstructuration des personnages mais aussi des phrases, de la langue en général.
Ce sont de véritables expériences d’écriture, avec une mise en scène des allitérations et des assonances.
Le style littéraire utilisé brouille les pistes de compréhension des personnages et des sentiments.

L’auteure utilise parfois la première personne, mais aussi la troisième personne pour donner une impression de détachement et d’observation. Certains sujets sont aussi récurrents comme “l’enfant”, voire “l’enfant blanche” pour évoquer le personnage principal. La narratrice est alors considérée comme un personnage, au même titre que les autres.
Elle propose également des dialogues inattendus car ils mélangent le style direct et le style indirect. Aucun guillemet et tiret ne sont utilisés. Les voix de la narratrice et des personnages se mélangent au cours d’une même phrase.
“Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c’est…original…un chapeau d’homme, pourquoi pas ? Elle est si jolie, elle peut tout se permettre.”

L’auteure utilise aussi volontairement des répétitions pour donner un rythme et une musicalité au texte, loin des règles de style classique. La manière d’écrire, les sons ont le premier rôle. Marguerite Duras déplore un écrivain qui se censure pour respecter des règles de style littéraire, elle souhaite utiliser la langue au seul service de son écrit, sans règles de bienséances stylistiques.

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