Littérature

Emile Zola, Le Ventre de Paris : résumé, personnages et analyse

Ecrit par Les Résumés
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Résumé chapitre par chapitre du roman Le Ventre de Paris d’Emile Zola

Chapitre 1

1858, une maraîchère se rend aux halles pour vendre ses légumes. Avec elle se trouve un homme maigre et efflanqué, Florent. Il a été arrêté lors de la révolte du 2 décembre 1851 pour un meurtre qu’il n’a pas commis et déporté sur l’île du Diable en Guyane.
Il revient à Paris et retrouve son demi-frère Quenu, marié à Lisa. Ils ont une fille, Pauline.
Le ventre de Paris désigne les Halles. Elles sont décrites abondamment dans ce premier chapitre. Zola insiste sur le fait qu’on y trouve tout ce qu’il faut pour s’approvisionner, même à l’excès. Les riches s’y approvisionnent en nourriture et monnaie et les pauvres y trouvent un gouffre sans scrupules.

Chapitre 2

Florent, orphelin de père très jeune, reste avec sa mère qui décède elle-même quelques années après la mort de son second mari. Étudiant en faculté de droit, il abandonne ses études pour élever son jeune demi-frère Quenu comme un fils.
Il rêve de justice sociale et est séduit par les valeurs de la République.

Quenu est employé comme charcutier. Il rencontre Lisa Macquart (fille de la branche des Rougon) qu’il épouse lorsqu’il hérite du commerce et de l’or caché par son oncle dans la cave. Le couple possède une charcuterie prospère au cœur des nouvelles Halles de Paris.

Chapitre 3

Florent accepte un travail d’inspecteur des Halles mais il a du mal à se faire respecter. Il sympathise avec Claire Méhudin, rivale de Lisa. Elle s’attache à Florent mais celui-ci garde ses distances malgré les ragots qui les disent amants.
Il complote contre l’Empire, pour la République, en se rendant tous les soirs au bar de M. Lebigre. Mademoiselle Saget les épie.
Florent ne veut rien devoir à l’Empire, il donne ainsi la totalité de sa paye à celui qu’il remplace pour cause de maladie.
Florent veut entraîner son frère dans ses réunions, cependant Lisa est prévenue par Mademoiselle Saget et s’y oppose.

Chapitre 4

Lisa est en colère contre Florent, celui-ci décide de ne plus habiter chez eux.

Marjolain et Cadine sont deux enfants abandonnés. Ils vivent dans les Halles. Marjolain tombe amoureux de Lisa. Il essaye de l’embrasser, celle-ci lui assène alors un coup de poing qui l’assomme et le laisse handicapé.
Claude Lantier prend ces deux perdus en affection et les peint régulièrement.

Florent se rapproche du peintre Claude Lantier. Ils passent une journée calme à la campagne, en opposition avec le tumulte parisien.
Claude lui explique sa conception de la lutte entre les “gras” et les “maigres”. Les gras sont symbolisés par Lisa et les riches commerçants des Halles, les maigres par Florent et lui-même.

Chapitres 5 et 6

Lisa demande conseil à un homme d’Église sur la conduite à tenir envers Florent. Celui-ci l’incite à agir selon ce qu’elle juge être moral, surtout si elle pense ainsi protéger sa famille. Elle prend alors la décision de fouiller sa chambre.
Elle découvre des traces écrites de ses projets d’insurrection.
Par ailleurs, Mademoiselle Saget apprend de la nièce de Florent, Pauline, que Florent revient de Cayenne.
La mère de Pauline, Lisa, décide de le dénoncer à la police. Cependant les forces de l’ordre lui avouent qu’elles ont déjà reçu de nombreuses autres déclarations anonymes faisant état de l’ancien statut de bagnard de Florent.
Nombre d’habitants du quartier ont déjà joué le rôle de dénonciateur.
La Police finit quand même par l’arrêter. Il est à nouveau envoyé à Cayenne.
Tout redevient calme et florissant à la charcuterie.
Le livre termine sur cette réflexion de Claude : « Quels gredins que les honnêtes gens! »

Présentation des personnages

Florent

Florent est très tôt orphelin de père. Enfant doux, il est chéri par sa mère qui se sacrifie pour financer ses études à Paris.
Lorsqu’elle meurt à son tour, Florent prend en charge son demi-frère Quenu, se sacrifiant lui aussi pour l’élever. Il devient professeur, avec de petits revenus et est peu respecté par ses élèves. Il veille sur Quenu et l’encourage à trouver sa voie. Celui-ci choisit le métier de cuisinier, puis de charcutier.
Florent se promène paisiblement dans les rues de Paris lorsque éclatent les troubles du 2 décembre 1851 qui conduisent au coup d’État de Napoléon. Il trébuche sur une femme ensanglantée, ses mains alors tâchées l’accusent malgré lui de méfaits qu’il n’a pas commis.
Après un procès bâclé, il est conduit au bagne de Cayenne, sur l’Île du Diable, tel un terrible criminel.
Il souffre de faim, de désespoir. Il subit la brutalité de l’Empire loin des yeux de l’hexagone.
Il s’évade et revient à Paris où son frère et son épouse l’accueillent.
Le personnage de Florent venu de l’extérieur atterrit aux Halles qu’il semble vite redouter en tant que véritable organisme digérant et broyant les hommes.
Il essaye rapidement de fuir ce ventre qu’il perçoit comme hostile mais celui-ci le harponne, comme tant d’autres.
Il paraît happé puis est rejeté par un monde auquel il n’appartient pas.

Quenu

C’est le demi-frère de Florent qui l’a élevé. Quand ils se retrouvent après l’épisode du bagne ils sont transportés de joie.
Contrairement à Florent qui est devenu maigre, voire famélique, Quenu, charcutier, est gras. Zola s’amuse à comparer son visage au “groin de ces cochons, de cette viande, où ses mains s’enfonçaient et vivaient ».
Il est sous l’influence de sa femme Lisa, qui symbolise les Gras décriés par Claude.
Son mariage, sa vie confortable, sa charcuterie, son égoïsme le conduisent à abandonner Florent et à ne pas s’opposer à sa nouvelle arrestation.

Claude Lantier

Claude est de la lignée des Macquart : il est le fils de Gervaise, personnage central de L’Assommoir. Un ouvrage entier de la série des Rougon-Macquart lui est consacré dans L’Oeuvre.
Il est le neveu de Lisa Quenu, mais ne l’apprécie guère. Il est décrit comme un garçon honnête. Peu riche, il souffre parfois de la faim. Il a beaucoup de sympathie pour Florent.
Il est artiste peintre. Zola semble s’être inspiré de son ami Paul Cézanne encore jeune peintre pour ce personnage.

Lisa Quenu

Lisa fait partie de la famille Macquart, c’est la sœur de la Gervaise de L’Assommoir. Elle est l’épouse de Quenu. Elle est souvent décrite comme tranquille. Elle semble aussi vertueuse, notamment quand elle trouve le trésor dans la cave, elle le remet à son mari. De même lorsqu’elle met la part d’héritage à disposition de Florent. Elle semble pouvoir se résumer à sa grasse quiétude, aussi bien physique que morale. Son confort matériel et la prospérité de sa charcuterie sont primordiaux.

Les limites de sa vertu se découvrent lorsqu’elle se considère en droit de fouiller la chambre de Florent et de le dénoncer. Florent représente une menace à sa sérénité en étant son opposé sur bien des points, tels leurs qualificatifs antagonistes de “gras” et “maigre”.

Pauline Quenu

C’est la fille de Quenu et Lisa. Son style de vie fait qu’elle est en surpoids et soignée, tout comme son petit chat. Elle aime cependant lorsque son oncle Florent lui raconte ses aventures.
Il est en opposition à son quotidien et son univers rangé et conventionnel.
Un ouvrage lui est consacré dans La joie de vivre où son personnage devient réellement positif et gai.

Mademoiselle Saget

C’est une femme méchante, une commère à l’affût des faits et gestes de son entourage.
Elle se nourrit de ragots et de mauvais esprit. Elle se veut un personnage central des Halles qui n’ont pas de secrets pour elle.
Elle ne redoute aucun commérage, bien au contraire, elle se repaît de toute mauvaise action et n’hésite pas à colporter le pire sur chacun. Elle aime attiser les jalousies, les critiques et autres médisances.
Elle est une actrice redoutable dans l’arrestation de Florent. Elle se délecte en révélant ce qu’elle sait et n’hésite pas à inventer ce qui peut nourrir plus d’éléments négatifs.

Claire Méhudin

Claire est amoureuse de Florent en secret. Lui-même ne se rend compte de rien.
Elle est l’un des seuls personnages de l’œuvre à ne pas critiquer ou suspecter Florent.
Elle est fortement attristée par l’arrestation de Florent.

Marjolin et Cadine

Marjolin a 18 ans, Cadine 16. Ce sont deux enfants perdus et recueillis.

Marjolin est un personnage pataud, peu dégourdi mais avec une grande force de travail. Il travaille dans une boutique où il doit surtout écouter son patron, en plus de tuer les volailles et de les nourrir.
Cadine a l’esprit plus vif et arrive à gagner un peu d’argent, notamment en vendant de petits bouquets.

Petits, ils courent à travers les Halles qu’ils connaissent par cœur : c’est leur domaine.
Claude Lantier les a pris en affection.

Monsieur Lebigre

C’est un personnage qui parle peu et qui obtient la confiance de Florent en disant qu’il s’est battu en 48. Il écoute et observe les conspirateurs.
C’est dans sa boutique que Florent suit les réunions révolutionnaires.

Analyse de l’œuvre

Une plume naturaliste

Emile Zola est un journaliste et écrivain français, figure phare du naturalisme.
Le naturalisme est un mouvement littéraire qui prend la suite du réalisme et qui cherche à peindre la réalité en se référant à un sérieux travail de documentation.
Dans ce roman, il met en scène les Halles de Paris et les gens qui gravitent autour.
À la manière d’un journaliste, il décrit minutieusement l’espace, le lieu, les situations. Il détaille les étalages de poissons, de fruits, de viandes ou de fromages…
Mais pas seulement, il œuvre de la même manière avec les personnages, leurs caractères, leurs positions sociales, leurs sentiments…
Le roman a ainsi une portée documentaire, historique et sociale.

La description a une place primordiale pour camper le décor et les personnages. Cependant, le but final n’est pas la description en soi mais la peinture d’une société à travers une description la plus factuelle possible.
Zola utilise aussi souvent des métaphores liées à la peinture, aussi bien dans la description précise faisant penser aux natures mortes flamandes que dans des références utilisées. Ainsi par exemple, Marjolin, décrit « doré comme un Rubens ».

Un roman naturaliste et anti-romantique

Zola prend le contre-pied d’un auteur comme Victor Hugo qui cherche le ravissement et le sublime. Ici, c’est la réalité, la dure réalité qui est en scène.
La réalité dans ce qu’elle a de plus banal et de plus commun. De la manière la plus objective possible. La réalité s’oppose au Romantisme, subjectif, voire fantastique. Ici, aucune idéalisation d’un personnage ou une situation.

Florent et la République

Zola utilise ici la figure du forçat évadé. Cependant, on est loin du personnage romantique de Jean Valjean dans Les Misérables.
Zola campe tout de suite la différence en faisant entrer son “héros” dans Paris sur une charrette, « couché sur un lit de légumes », sans brio.
Si Florent célèbre en mots la Révolution, il est incapable de supporter la vue du sang. Les paroles lui sont faciles mais les actes et les faits difficiles et donc idéalisés…

Émile Zola n’a pas de sympathie pour le Second Empire. Il se place du côté de Florent, des Républicains et des vaincus de l’époque.
Florent devient conspirateur face à la brutalité du régime qu’il a subie. Simple professeur sans aucune velléité belliqueuse, l’injustice encourue et l’État policier le transforment en révolutionnaire.

Les “Gras” et les “Maigres”

Emile Zola utilise le personnage de Claude Lantier pour livrer la théorie de l’opposition entre deux clans : les “Gras” et les “Maigres”.
Il élabore cette théorie en s’appuyant sur des tableaux de Brueghel l’Ancien représentant « les Gras, énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas envieux ».

La plupart des personnages de Ventre de Paris peuvent être classés dans l’une des deux catégories.
Les “Gras” sont les marchands qui vivent avec un intérêt centré sur le “ventre”. Ils sont gros. Ils vivent par et pour la nourriture.
Les “Maigres” : « Les maigres, je m’en défie. Un homme maigre, c’est capable de tout.” Florent est un “Maigre”, il perturbe les Quenu quand il arrive dans leur monde.

Lisa, personnage emblématique des “Gras”, bien en chair, arborant un sourire commercial et une honnêteté bourgeoise où prime son intérêt se méfie vite de lui.

La place capitale des Halles

Le “Ventre de Paris” est pour Émile Zola le lieu à Paris où l’on trouve toutes les marchandises nécessaires au ravitaillement et un lieu privilégié remplissant les caisses des commerçants et engloutissant les nécessiteux.

Les Halles sont décrites comme « un gigantesque ventre de métal, boulonné » et comme une chaudière « destinée à la digestion d’un peuple ».
Zola décrit à merveille l’ambiance du quartier de cette époque. Les Halles, tel un personnage, sont au centre de l’intrigue. Il est au cœur d’une lutte permanente entre les riches et les pauvres, les gras et les maigres.

Les Halles sont à l’image d’un intestin difforme, digérant les hommes les plus faibles et les anéantissant. Florent en subit les conséquences en s’en trouvant rejeté.

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